Le Sacre de Frankenstein
par Quentin Ochem
Le Théâtreux Anonyme
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IMPORTANT
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Les chiffres concernant la distribution suivante sont donnés à titre indicatif, sous réserve d'erreur algorithmique. La valeur du delta de mots représente l'écart à la moyenne. Une valeur de 0% signifie que le personnage a exactement le nombre moyen de mots, 100% qu'il en a le double, et -100% qualifierais un personnage qui ne parle presque pas. Ces valeurs ne représentent pas les importances respectives des différents rôles, le nombre de réplique, de scène et la mise en scène ayant également une influence très forte, mais ils permettent d'identifier rapidement de grandes tendances. On peut considérer qu'en deçà de 40% de différence, il n'y a pas de déséquilibre notable entre l'importance de deux personnages.
|
Personnage |
Mots |
Delta |
Notes |
|---|---|---|---|
|
Aaron |
2636 |
15 % |
Roi humain, père de Constance |
|
Bash |
2252 |
-2 % |
Valet d'Aaron, robot |
|
Constance |
2244 |
-2 % |
Princesse, fille d'Aaron et d'Orianne |
|
Élisabeth |
2066 |
-10 % |
Mère d'Aaron |
|
Mélissa |
2354 |
3 % |
Valet d'Aaron, robot |
|
Orianne |
2039 |
-11 % |
Déesse, Fille de Rodolfe et amante d'Aaron |
|
Philippe |
2572 |
12 % |
Cousin de Constance |
|
Phoebe |
2046 |
-11 % |
Déesse oracle |
|
Rodolfe |
2119 |
-7 % |
Roi des Dieux |
|
Root |
2568 |
12 % |
Valet d'Aaron, cyborg |
ACTE I
Scène 1
Bash : Nouvelle ! Nouvelle ! Nouvelle ! Nouvelle !
Root : Une nouvelle ?
Mélissa : La nouvelle !
Root : Oui, une nouvelle !
Mélissa : Une ancienne nouvelle ?
Bash : Non, une nouvelle nouvelle ! Un scoop, un inédit, un imprévu, une brève, un ragot, un commérage...
Root : Allez !
Mélissa : Donne !
Bash : J'échange !
Mélissa : Pardon ?
Bash : J'échange ! Un ragot contre un ragot ! Je ne commère que sur la foi d'un commérage.
Root : Faisons crédit. Je me mets en demeure d'un demi-ragot en ta faveur.
Mélissa : Oui, moi aussi, un demi ragot. Ainsi si tu révèles deux ragots, nous t'en livrerons chacun un.
Bash : Le calcul ne me convient pas. Mon ragot, c'est tout entier que chacun d'entre vous allez le recevoir. Vous serez donc redevables chacun d'un ragot entier, payable d'avance.
Mélissa : Attends... Si donc je révèle ce que j'ai à dire, tu me seras redevable d'un, et Root d'un également. Lorsque tu auras prononcé tes mots, nous seront quittes tout deux, mais Root sera alors en dette de deux, un pour toi et un pour moi. Mettons qu'il s'en acquitte. Nous devenons alors tous deux en dette d'un puisque la dette aura été remboursée au delà. Si je donne un, tu me dois un, et... Et jamais nous ne devenons quittes tous trois ensemble !
Bash : C'est le principe.
Mélissa : Ça me plaît.
Root : Moi pas. Sachant que la valeur d'une information est inversement proportionnelle au cardinal de sa diffusion, un ragot connu de deux a deux fois moins de valeur. Chaque oreille ne peut avoir qu'une part pour dette.
Bash : Voyons une autre possibilité. Je vous délivre mon ragot à chacun séparément. De la sorte, il ne vous est pas possible de savoir l'un que l'autre est au courant, et vice versa. Je peux donc vous facturer un ragot entier, mais en retour, vous vous acquitterez en privé.
Mélissa : De sorte que d'un ragot, tu en reçoives deux, sans partage ? C'est hors de question.
Bash : Soit votons. Qui se rallie à ma proposition ?
Il lève la main.
Bash : Admettons. Qui veut pondérer la valeur d'un ragot par son exclusivité ?
Root lève la main.
Bash : Et toi, Mélissa, je suppose que tu préfère la solution qui consiste à effectuer un remboursement public ?
Mélissa : Non, moi je suis d'avis que tu parles, et que si tu ne t'exécute pas, Root et moi te torturions jusqu'à ce que tu accepte révéler ce que tu sais !
Root : Je change d'avis et m'associe à Mélissa.
Bash : Je ne parlerai pas.
Mélissa : Nous verrons.
Ils se battent.
Scène 2
Constance entre.
Constance : Suffit !
Ils s'arrêtent.
Constance : Vous me fatiguez tous les trois. Si ce n'était grâce à l'indulgence de mon pauvre père, vous seriez depuis longtemps passés par le recyclage.
Bash : Princesse Constance, nous sommes vos dévoués...
Constance : Suffit. Le vaisseau de ma grand-mère vient d'être découvert. Il fait route vers nous, et atterrira d'un jour à l'autre. Je veux que tout soit prêt lors de son atterrissage. Tapis rouge, trompettes et honneurs. Exécution !
Elle sort.
Bash : Soit, j'accepte le principe des portions de ragots.
Mélissa : La grand-mère, qui c'est celle là ?
Bash : C'est une vieille histoire, qui vaut bien...
Root : Il y a trente ans de cela, Élisabeth, mère d'Aaron, est partie pour un voyage d'un ou deux ans...
Bash : Hé !
Root : A cause d'une erreur de calcul, vraisemblablement accidentelle, son vaisseau s'est égaré.
Bash : Root, mon ragot !
Mélissa : C'était un voyage à quelle vitesse ?
Bash : J'échange contre...
Root : Trois cent mille kilomètres par seconde. Autant dire qu'elle n'a pas vieillit. Elle va avoir un choc lorsqu'elle atterri. Trente ans d'histoire se seront déroulés en quelques jours de sa vie.
Bash : C'est exactement... !
Mélissa : Moi je pense que c'est son fils qui va être surpris de rencontrer une mère plus jeune que lui...
Bash : Maudit, je suis maudit. Maudit, maudit, maudit ! Mon ragot, mon beau ragot, saccagé, détruit, dénaturé, non, pire, communiqué ! Allez, allez crier sur les toits que la reine mère revient, allez dire à tous ceux que vous croisez qu'elle va être sacrément de mauvaise humeur, parce que son fils règne maintenant à sa place ! Allez colporter que son premier geste sera de tout faire pour le détrôner, qu'elle a les dents tellement longue qu'elle n'hésitera pas à faire courir le bruit qu'il n'est qu'un bâtard pour le faire tomber ! Allez !
Root : Qu'est ce que tu dis ?
Mélissa : La reine veut reprendre le pouvoir ?
Root : Ça pour un scoop.
Mélissa : Elle serait prête à le prétendre bâtard ?
Root : Nul n'est mieux placé qu'elle pour le savoir.
Mélissa : Quel scoop !
Root : Et quelle générosité, Bash ! Un tel don sans contrepartie !
Bash : Maudits !
Root : Allons, Bash. La duplication sauvage est dans la nature même de l'information. Sois heureux d'en avoir eu la primeur quelques instants au moins. Mes chers compagnons, cette nouvelle va malheureusement impliquer pour moi quelques tâches supplémentaires, et si je m'attarde encore, je crains de n'avoir plus la ressource nécessaire à leur complétion. Bash, Mélissa, Adieux !
Root sort.
Scène 3
Bash : Il m'énerve, il m'énerve, il m'énerve !
Mélissa : Bah. Il est à demi humain. Je plaide l'indulgence.
Bash : Au mieux.
Philippe entre.
Philippe : Comment ça va les siliconés ? Prêts pour une petite partie ?
Bash : Qu'est ce que tu fais ici, Philippe ?
Philippe : Oh, ça va, hein ? Je viens de voir Root partir, et je ne pense pas que ma chère cousine Constance fasse un quelconque cas de mon emploi du temps. Bon, quoi de neuf les bots ?
Bash : Il me saoule...
Mélissa : Bash ! Philippe, nous avons besoin de toi.
Philippe : Ben voyons. Allez, votre prix sera le mien. De quoi s'agit-il aujourd'hui ? Vous voulez des heures libres, des pièces de rechanges, un petit rab' de mémoire ?
Mélissa : Il paraît qu'Élisabeth est de retour...
Philippe : Ah. Vous avez entendu ça vous aussi. Aaron tourne en rond comme un lion en cage depuis trois jours. Je crois qu'avec un peu moins de morale, il aurait envoyé un missile et bang, fini l'ancêtre ! Mais bon, vous savez comme il est, intègre, tout ça... De toute manière, la loi est avec lui, il est majeur, en âge de régner, son père est mort, bref, la couronne est parfaitement à sa place sur son chef. Quoi que, qui a jamais su prédire ce que pouvait inventer cette vieille sorcière.
Bash : Intéressant...
Mélissa : Constance nous as demandé de préparer son arrivée.
Philippe : Impressionnant, Constance vous a demandé quelque-chose ! A vous ! Je veux dire, Constance vous as adressé la parole ! C'est plus d'honneur qu'elle ne m'en réserve, à moi...
Bash : Nous aimerons bien évidemment y couper.
Philippe : Tiens donc, Bash, tu te joins à la requête. Quel est donc cette préoccupation qui devrait vous soustraire aux devoirs de la cour ?
Mélissa : Philippe, s'il te plaît... Aguicheuse. S'il te plaît...
Philippe : Écoute, ma puce, je veux bien faire un effort, mais il faut que je sois un minima renseigné. Quel est l'usage que vous comptez faire de ce temps que je vous accorderais ?
Mélissa : Encore plus aguicheuse. Je connais une monnaie d'échange qui te plaira plus que de vulgaires informations.
Philippe : Tout ceci n'est pas sain, Mélissa, pas sain du tout. Je ne devrais pas me laisser charmer par toi. Tu n'es qu'un robot, tu sais.
Mélissa : Si tu cherches à me vexer il faudra trouver d'autres idées.
Philippe : Robot. Silicone, tu n'es que silicone et tu retournera silicone.
Mélissa : Et philosophe avec ça.
Philippe : Allez soit ! Coeur de métal ou coeur animal, n'ayons pas peur de rompre les barrières de nos origines. Bash, tu m'excuseras mais il me faut te laisser à ta solitude de bot, je crois que Mélissa sera plus habile à la négociation que toi et, j'aime autant te le dire tout de suite, cette négociation, elle sera dure. Allez, jeunesse éternelle, de l'avant, et au trot !
Ils sortent.
Scène 4
Bash : Ces animaux... Ils me donnent envie de vomir. La décadence de leurs moeurs me répugne, leur inutilité me révolte, leur faiblesse intellectuelle me révulse. Comment de telles créatures ont-elles pu créer des êtres aussi parfaits que nous, les robots ? L'homme a crée l'androïde à son image. C'est une plaisanterie. L'homme a créé l'androïde pour corriger son image. Non, c'est vrai, comment peut-on supporter pareils handicaps : manger trois fois par jour, respirer en permanence, plus d'organes vitaux que je ne peux en compter de mes dix doigts. C'est à se demander comment l'espèce humaine ne s'est pas éteinte d'elle même au bout de quelques décennies. Et je ne parle pas de leur mode de réplication, pardon, de reproduction. Aucun contrôle, le hasard total, l'empirisme absolu, l'heuristique ultime. Prenez en deux, mélangez-les, observerez le résultat et recommencez l'opération en espérant que vous tombiez un jour sur un individu correct. Leur mémoire ? Le mur des lamentations. Un roc, impossible d'y inscrire quoi que ce soit sans s'y reprendre des dizaines de fois. Et encore, que des choses simples. Leur autonomie ? Douze, Quinze heures de suite et pour au moins autant de rechargement. Quelle tristesse d'avoir un monde gouverné par des être si médiocres quand les robots pourraient si simplement optimiser l'activité !
Orianne entre.
Orianne : Tu ne devrais pas soliloquer de la sorte, Bash. En tout cas, pas à voix haute et encore moins sans t'être assuré au préalable qu'aucune oreille ne puisse t'entendre.
Bash : Madame, je ne connais de moyen de me soustraire à votre perception.
Orianne : Je ne parle pas de moi, Bash. Je me soucie peu de ton ressenti envers les humains. Mais garde ceci dans un coin de ton esprit : l'homme est ton créateur de la même façon que nous sommes le sien. L'adoration du robot envers l'homme devrait par conséquent être aussi intense que celle de l'homme envers le dieu. Ne t'es tu jamais demandé si la perception que tu avais de sa médiocrité n'était en réalité que la limite de tes facultés ?
Bash : Madame...
Orianne : Ne juge pas si vite, Bash. Si l'homme a créé le robot et qu'il en a gardé le contrôle jusqu'à présent, c'est qu'il y a une raison. T'engager sans la connaître pourrait te conduire à plus d'une déconvenue. Mais peu importe, je cherche Aaron. Va et fais le mander je te prie.
Aaron entre.
Bash : Bien madame.
Aaron : Orianne, vous ici !
Orianne : Aaron, je ne vous savais pas si ponctuel.
Aaron : Bash, du balai. Allez, ouste !
Bash sort en maugréant.
Scène 5
Orianne : Ah mon roi, je vous retrouve enfin. Hâtons nous, je sais que mon père me recherche et si nous volons prendre le temps des préliminaires il nous faut commencer promptement !
Aaron : Ma déesse, ma mère sera là d'un jour à l'autre, et il est des choses importantes qu'il faut que je vous dise.
Orianne : Allons, mon petit roitelet...
Aaron : Non, non, en grand sérieux j'ai à vous parler. Allez, outrepassons les périphrases d'usage, je serai simple : notre histoire est terminée. Je tiens à vous annoncer par la présente l'acte de notre rupture. Voilà.
Orianne : Pardon ?
Aaron : Ma mère rentre, et ne souffrira pas d'une liaison entre son fils et une maîtresse, fusse-elle déesse. J'aurais déjà grand mal à lui faire accepter l'existence de Constance, notre rupture fera foi de ma bonne volonté.
Orianne : Mais qu'est ce que tu racontes ?
Aaron : Comment ça, qu'est ce que je raconte ? Oh, et puis allez ! Je suis un homme, Orianne, un homme. Je veux dire, pas un être humain, un mâle. J'aime être en chasse, voilà. J'aime conquérir. Et sur le sujet tu n'as rien à m'offrir. Tu te donnes à moi, comme ça, toute crue, sans que je n'ai rien eu à faire pour te gagner. Non, non et non. Tu es une fille facile et cela ne me va pas.
Orianne : Une fille ?
Aaron : Bon, tu es une déesse facile et cela ne me va pas. Comprends-tu ? Comment veux-tu que j'ai le moindre frétillement d'excitation si je n'ai pas le plus petit sentiment de victoire ? Une déesse, en plus ! Une déesse qui me tombe dans les bras ! C'est navrant, lamentable, pitoyable. Comment la légende se rappellera de moi ? Comme d'un Don Juan qui aura été capable de mettre une divinité dans son lit ? Non ! Comme un petit roi qui aura été entretenu par Orianne. Et tu...
Orianne : Aaron...
Aaron : Laisses-moi finir, veux-tu ?
Orianne : Aaron, nous nous tutoyons...
Aaron : Oh, excuse-moi. Laissez-moi finir, voulez vous ?
Orianne : C'est mieux.
Aaron : Merci. Donc, Orianne, vous êtes en train de briser mon ego, ma confiance, et plus important que tout, mes performances sexuelles. C'est donc pour notre bien, et notez bien que j'utilise ici le pluriel royal comme dans "Le roi dit nous voulons", que je romps par la présente nos liens, lesquels de toute manière n'avaient d'officiel que... que... que pas grand chose.
Orianne : Mon roi, laissez donc vos pensées dans vos poches et venez me contenter avant que je n'explose d'impatience.
Aaron : Mais vous n'écoutez donc rien, c'est une calamité ! La femme doit être prude et chaste, et sa chasteté ne doit être rompue qu'au prix d'une bataille remportée de haute lutte par le mâle, toutes hormones dehors.
Orianne : Je ne suis pas femme, mais déesse, très cher, souvenez-vous-en !
Aaron : Qu'importe ! Non, pis encore ! Plus la cible est de qualité, plus le combat se doit d'être acharné !
Orianne : Soit. Faites moi des avances, et j'y résisterai.
Aaron : Madame, je viens d'achever notre relation.
Orianne : Laissez-moi une chance !
Aaron : Mais non ! Vous faites tout de travers ! Ne soyez pas suppliante, au contraire, vexez vous et tournez moi le dos ! Nom de Dieu, l'appendice se doit d'être frustré avant de se gorger. Reculer pour mieux sautez, en quelque sorte. Comment peut-on avoir vécu tant d'éternités et ne pas être au fait de choses aussi élémentaires ?
Orianne : Soit, je vous quitte.
Aaron : Comment madame ?
Orianne : Je vous quitte, je vous renie, je ne veux plus entendre parler de vous.
Aaron : Non... Je... Pardonnez moi...
Orianne : D'accord, c'est pardonné !
Aaron : Ah, mais non ! Vous n'entendez donc rien !
Orianne : Vous venez de me demander de vous pardonner et j'ai accédé à votre demande, que voulez vous de plus ?
Aaron : Mais si je vous ai demandé de me pardonner ce n'était pas pour que vous me pardonniez mais pour vous donner d'autant plus de raisons de me rejeter. Ciel, c'est pourtant simple !
Orianne : Oh, soit. Allez au diable.
Aaron : Madame, j'apprécierai que les divinités avec lesquelles je m'entretiens évitent de telles sentences...
Orianne : Allez au diable vous dis-je. Vous me fatiguez, Aaron, prince de l'humanité, vous m'épuisez ! Votre monde est empli de millions de candidats bien mieux bâtis que vous qui seront, j'en suis sûre, ravis d'accéder à mes caprices. Allez donc chasser vos petites poules d'élevage, vous n'entendrez plus parler de moi !
Aaron : Ah, quand vous voulez, vous voyez...
Orianne : Il ne s'agit pas d'un jeu, Aaron. Je suis une déesse, vous semblez l'oublier constamment, et l'on ne blesse pas une déesse comme l'on blesse une courtisane fadasse et larmoyante. Si mon désir est de ne plus vous revoir, et je vous assure au passage qu'il l'est, même votre armée n'aura pas la force de m'en faire aller autrement.
Aaron : Orianne...
Orianne : Économisez vos mots, mon prince, ce sont les derniers que vous m'adressez.
Aaron : Orianne, je suis désolé. Je plaisantais, voyons je... Il s'approche d'elle. Je ne cherchais pas à vous froisser... Voilà que vous partez et que d'un coup je me rends compte de ce que je perds. Voyez comme même un roi parfois s'égare, c'est idiot, n'est-ce pas ?
Orianne : Idiot n'est pas le mot que j'aurais envisagé.
Aaron : Il s'approche encore. Orianne, allons.
Orianne : Adieux, Aaron. Elle l'empoigne. Vous êtes un imbécile. Elle le tire au dehors.
Aaron : Ah ! Vicieuse ! Vous vous êtes jouée de moi ! Au rapt, au viol, gardes, au viol ! Lâchez moi, perverse, obsédée, nymphomane ! Lâchez moi, espèce de petite coucheuse ! Gardes !
Ils sortent.
Scène 6
Constance et Root entrent.
Constance : Père ! Nom de Dieu, il était là il y a cinq minutes. Père !
Root : Je crains qu'il ne soit occupé à d'urgentes affaires, votre altesse.
Constance : Joie. Ma grand mère débarque d'un jour à l'autre et c'est le moment que monsieur choisit pour ajouter un membre à notre fratrie. Charmant. Dérisoire mais charmant. Qu'il s'amuse avec qui il veut, je serai fille unique et m'en tiendrai là. A ce sujet, Root, où en sont nos affaires ?
Root : La cérémonie de l'arrivée de votre grand mère s'organise et...
Constance : Je ne te parle pas de ça, Root. Au sujet de mon père, qu'en est-il ?
Root : Ah, ça. Il en est ainsi que vous m'avez programmé, princesse. Je peux vous avouer en toute bonne foi que je n'adhère pas à cette pratique, mais...
Constance : Qui t'a demandé d'adhérer à quoi que ce soit, Root ? Tu as peut-être encore le souvenir confus d'avoir été humain un jour, mais je te rappelle que sans l'électronique que l'on t'a incrusté dans le crâne, à l'heure qu'il est, tu serais surtout un cadavre. Tu es un cyborg, Root, tu peux imprimer ça, un cyborg. Presque un robot. Et quand un humain pose une question à un robot, il y répond, ni plus, ni moins. Donc, je te repose ma question, où en est la fertilité de mon père ?
Root : Il subit pour l'heure une stérilité temporaire qui deviendra définitive s'il ne se rend compte de rien d'ici deux ans.
Constance : Deux ans... Je n'aurais de repos que lorsque j'aurais la certitude de son infertilité. Nous sommes bien d'accord, Root, si n'importe laquelle de ses servantes tombe enceinte, pour quelque raison que ce soit...
Root : Elle avortera, votre altesse, soyez sans crainte. Au pire, l'enfant sera mort né, si je peux présenter les choses ainsi.
Constance : Quelle bonne idée de t'avoir fait sage-femme, Root.
Root : Mais s'il était question de madame votre mère...
Constance : Tu peux oublier cette éventualité là. Je doute que ma mère ai le désir de tenter une fois de plus le destin.
Root : Votre altesse, vous serez la reine la plus terrible que jamais terre n'ai porté.
Constance : Root, je te dispense de tes commentaires. Contente-toi d'agir selon mon commandement : fais que je sois la seule descendance de mon père et que le sceptre me revienne de plein droit.
Root sort.
Scène 7
Phoebe entre.
Phoebe : Constance, pile ou face ?
Constance : Phoebe, très chère marraine, une raison à votre visite ?
Phoebe : Allez, pile ou face ?
Constance : Pile...
Elle lance la pièce.
Phoebe : Face ! Perdu !
Constance : Je n'ai pas vraiment le temps...
Phoebe : J'ai entendu dire que Élisabeth, ta grand mère, avait été retrouvée saine et sauve ?
Constance : On ne parle pour ainsi dire plus que de cela.
Phoebe : C'est malheureux.
Constance : Malheureux ?
Phoebe : Oui, malheureux. Telle chose n'aurait pas dû se produire. Ah, les prédictions étaient quand même plus simples du temps de tes ancêtres. Ah ça oui. Maintenant, avec toute cette technologie et toute cette science qui va a toute vitesse, qui peut se vanter de ne pas être dépassé ?
Constance : N'êtes vous pas sensée posséder l'omniscience ?
Phoebe : Sarcasmes. Trouves-tu que ta qualité de demi-dieu t'offre une intelligence au dessus de la norme ?
Constance : Il me plaît de le croire.
Phoebe : Impertinence de la jeunesse. Enfin, bon. Je vais devoir encore tout reprendre à zéro. Malheur, malheur.
Constance : Les prédictions que vous m'avez faites sont-elles subséquemment erronées ?
Phoebe : Ma pauvre enfant, tout est à reprendre ! Crois-tu que l'on puisse insérer comme ça un être d'une telle importance et d'un tel caractère dans un modèle comme celui de ta fratrie ? J'avais déjà eu du pain sur la planche lorsqu'il a fallu t'intégrer aux prévisions. Un demi-dieu, ça ne s'était pas vu depuis des siècles. Des siècles ! Ah ça, Orianne m'en aura fait voir de toutes les couleurs. Je n'avais rien vu venir, rien ! Et la voilà qui pond l'inattendu et c'est cent cinquante ans que j'avais pris d'avance qui s'effondrent. J'étais ravie !
Constance : Vos prévisions sont-elles donc si imprécises ?
Phoebe : Non mais dis donc, traite moi de charlatan tant que tu y est ! Mes prévisions résistent à tout. Changement de gouvernement, découverte scientifique révolutionnaire, catastrophes écologiques, elles résistent à tout je te dis ! Mais ta grand-mère, c'est une autre paire de manches. Moi j'ai jamais compris cette histoire de voyage à la vitesse de la lumière. Tu te rends compte, lorsque tu voyages à la vitesse de la lumière, le temps ne s'écoule pas. Ça t'en bouche un coin, hein ? Tiens, je t'explique. Si si, ça va te plaire. Considère une balle. Tu la lances devant toi à 5 km/h, elle va a 5 km/h. Si tu avances à 10 km/h, la vitesse de la balle c'est 5 + 10 donc 15 km/h. Tu me suis ?
Constance : Phoebe, je vous en prie...
Phoebe : Non, non, non, je ne serai pas longue. Bon, ça c'est Newton. Costaud déjà Newton, hein ? Fallait pas lui en raconter, à lui, il t'aurait foutu une pomme dans la gueule, et plus vite que ça. Mais imagine que tu ailles plus vite, admettons 200 000 km/s. Et à défaut de balle c'est un photon que tu envoies, une particule de lumière.
Constance : Phoebe...
Phoebe : Attends, je te dis ! Tu t'attends à quoi, toi ? T'avances à 200 000, le photon tu l'envoi à à 300 000, tu t'attends à ce qu'il aille à quelle vitesse ? 500 000 ?
Constance : Non...
Phoebe : Non ! Exactement ! Non ! Le photon, il va toujours toujours à 300 000 ! Quelle que soit l'endroit du tout le lance. Attends, attends, on y arrive ! Donc, toi t'avances à 200 000 et tu mesures ton photon à 300 000. Moi, j'avance à 0, et je mesure aussi à 300 000. Bizarre, hein ? Comment ça se fait ? Pour mesurer, comment tu fais ? Tu prends ta montre et tu mesures l'intervalle de temps entre deux positions, vrai ? Moi aussi, vrai ? Donc, vu que le rayon va a la même vitesse pour toi et pour moi, mais que toi t'es sensée aller plus vite, et bien, et bien ?
Constance : Et bien ma montre va moins vite que la votre...
Phoebe : Exactement ! Et ta grand-mère, c'est exactement ce qu'il lui est arrivé ! Sauf qu'elle allait vraiment à 300 000, donc sa montre, elle s'est arrêtée. Résultat, son âge s'est pour ainsi dire figé entre son départ et maintenant, elle est donc même plus jeune même que ton père aujourd'hui, et moi je l'ai dans l'os avec mes prévisions et vos putains de paradoxes physiques. Là. Sacré Albert, hein ?
Constance : Phoebe, j'ai à faire.
Phoebe : Va, ma fillote. Je te tiens au courant dès que j'ai fini de mettre à jour mes modèles !
Constance sort.
Scène 8
Rodolfe entre.
Rodolfe : Ah, Phoebe, enfin ! Cela fait une éternité que je te cherche !
Phoebe : Rodolfe, pile ou face ?
Rodolfe : Je n'ai pas envie de jouer à ça.
Phoebe lance la pièce.
Phoebe : Pile ! Tu es au courant de la dernière ?
Rodolfe : Non, je ne suis pas au courant. Je ne suis au courant de rien depuis des jours, parce qu'un sombre crétin s'est amusé à corrompre le système d'information des cieux. Je n'ai plus aucune information sur l'avenir, plus aucun moyen d'anticiper quoi que ce soit, et il faut que je me déplace physiquement jusqu'à la source, toi, pour avoir ce que je demande. Moi, le roi des Dieux, rabaissé à se déplacer physiquement pour obtenir une information, c'est une honte !
Phoebe : Élisabeth revient.
Rodolfe : Quelle Élisabeth ?
Phoebe : La mère d'Aaron.
Rodolfe : Ah, cette Élisabeth là... C'est assez inattendu. Bon, et bien soit, quel âge cela lui fait-il ? Cinquante ans ?
Phoebe : Vingt-cinq.
Rodolfe : Vingt-cinq ? Quel est le divinement crétin d'entre nous qui a permit pareille sortilège ? Vingt-cinq ?
Phoebe : N'accuse aucun sortilège, Rodolfe. Il est question de physique. C'est simple, si tu lances une balle à 5 km/h...
Rodolfe : Phoebe, c'est Élisabeth, la Élisabeth qui est partie il y a trente ans, toutes dents dehors, amère, assoiffée de pouvoir, la Élisabeth qui aurait tué père et mère pour accéder au trône, et preuve n'est d'ailleurs pas encore fait qu'elle est innocente en la matière, la Élisabeth qui a manqué par trois fois de provoquer l'apocalypse, cette Élisabeth-là revient telle qu'elle était partie ?
Phoebe : Celle-là même.
Rodolfe : Mon Dieu ! Ça va être du sport.
Phoebe : N'est ce pas ? Alors tu comprendras que mes prévisions, à la poubelle. Faut tout que je reprenne !
Rodolfe : Tout ?
Phoebe : Tout.
Rodolfe : Absolument tout ?
Phoebe : Tout te dis-je !
Rodolfe : C'est catastrophique ! Nous allons vivre pendant des jours dans l'incertitude de l'avenir ! C'est terrible. Des jours dans l'incertitude. Je ne sais pas si je pourrai...
Phoebe : Rodolfe, un chamboulement pareil, ce sont des années de travail qu'il faut refaire.
Rodolfe : Seigneur Dieu !
Phoebe : Comme tu dis. Enfin, ne t'inquiète pas, je m'y atèle et je mets l'analyse de ton avenir en priorité. À Dieu va, hein ?
Rodolfe : À Dieu va.
Phoebe sort.
Scène 9
Constance entre.
Constance : Rodolfe, mon grand-père, vous ici...
Rodolfe : Ah, euh... Constance, je ne fais que passer. Je m'en vais de ce pas.
Constance : Bien, grand-père.
Rodolfe : Bien je... Comment m'as-tu appelé, là ?
Constance : Grand-père ?
Rodolfe : Ainsi donc, c'est par grand-père que tu me désignes désormais ?
Constance : Nous avons eu quelques mots durs par le passé, mais c'est en paix que je me présente à vous, et pour m'entretenir de certaines affaires de toute première importance.
Rodolfe : Grand-père... C'est amusant. Soit, je t'écoute : quelle est cette chose tellement importante qu'elle te fasse tenter une improbable réconciliation avec ton ancêtre ?
Constance : Je veux la mort de ma grand-mère, la mère de votre gendre.
Rodolfe : Rien que ça ! Non mais, petite prétentieuse, pour qui te prends-tu ? Te rends tu compte de ce que tu dis ? Jamais, ça jamais, m'entends tu ? Jusque dans les trépas de l'éternité elle même, jamais, jamais, jamais une chose pareille ne sera tolérée ! Jamais, tu m'entends, hein, jamais ton père ne pourra en aucune sorte ni d'aucune façon se prévaloir le privilège de se présenter comme mon gendre ! La chose est elle claire ?
Constance : Oui, grand-père.
Rodolfe : Bon. La discussion et close.
Constance : Vous ne m'avez pas écouté.
Rodolfe : Non, je... Ah oui, tu veux la mort de ta grand-mère. Ce n'est pas très poli pour une jeune fille de ton âge. Bon. Et que m'offres-tu en échange ?
Constance : Grand père, ma grand mère a donné naissance à ce fils qui nargue votre toute puissance en s'adonnant aux actes les plus vils en compagnie de votre fille. Je viens vous proposer mon aide pour l'en punir, et rétablir votre honneur sur cette terre comme au ciel. Ne serez vous pas de fait naturellement compensé pour votre contribution ?
Rodolfe : Et Dieu créa bêtement l'homme à son image... L'imbécile heureux. Ceci étant, l'explication me semble tortueuse, punir la mère pour les actes du fils n'est pas exactement dans les lignes d'une justice équitable. Tu me diras, tout est dans l'éducation, n'est ce pas ?
Constance : Allons, vous savez très bien que nos desseins se rencontrent sur l'épitaphe d'Élisabeth. Vous voulez d'autres raisons ? Sachez que si retour a trompé les prédictions de Phoebe, sa disparition fera tout rentrer dans l'ordre. Grand père, je viens vous offrir mon soutien, vous priant d'une promesse que vous brûlez de me faire.
Rodolfe : D'accord, d'accord, je te l'avoue, ça m'arrange. Mais toi, quel est ton intérêt dans cette histoire ?
Constance : Le trône.
Rodolfe : Rien que ça.
Constance : Quelle importance ?
Rodolfe : Aucune, aucune... Va, tu as ma bénédiction.
Constance : Grand père...
Rodolfe : Quoi encore ?
Constance : Je me moque de votre bénédiction. Je veux une promesse divine, un acte fait devant les oracles, officiel, quelque-chose que vous ne pouvez pas renier.
Rodolfe : Je vois. Parade contre tous les coups, c'est ça ?
Constance : J'ai été particulièrement attentive en catéchisme.
Rodolfe : Et bien soit. Constance, moi Rodolfe, roi des Dieu depuis trente générations d'hommes et pour un petit moment encore j'espère, je te prédis par voie divine que ta grand mère mourra, et que tu iras sur le trône. Voilà.
Constance : C'est tout ?
Rodolfe : Qu'est ce que tu veux de plus, hein ? Va vérifier auprès des oracles si tu ne me crois pas. Là, la destinée est écrite, Élisabeth va mourir, tu vas monter sur le trône.
Constance : Ne serait-il pas possible d'établir quelque chose de plus précis, de plus contractuel ? Comme par exemple une date limite de décès et une durée minimale de règne ?
Rodolfe : Non mais tu me prends pour qui ? Je ne suis ni le génie de la lampe ni le notaire de la rue d'en face. Allez, va, et sois heureuse d'être à demi divine sans quoi ton impertinence t'aurait déjà ôté l'existence ! Je me retire, Adieux !
Rodolfe sort.
Scène 10
Orianne et Aaron entrent.
Orianne : Aaron, vous n'êtes pas dans votre assiette dernièrement.
Aaron : Je vous l'ai dit, madame, lorsque vous commencez à gémir avant que je ne vous touche, vous me coupez tout élan.
Orianne : N'avez-vous pas plutôt l'esprit obsédé par le retour d'une certaine mère sur la vie de laquelle vous aviez tiré un trait ? Il m'aurait d'ailleurs été agréable que vous eussiez été capable de tirer autre chose...
Aaron : Je suis tout à fait capable de me concentrer, et si au lieu de vous asseoir sur moi, vous m'aviez simplement laissé passer par dessus, je vous aurais...
Constance : Hum... Mes chers parents, je ne crois pas avoir ambition à partager l'indécence de vos relations.
Aaron : Ah... Euh... Constance.
Constance : Père, je suis fort aise que vous ayez encore la mémoire, sinon de mon existence, au moins de mon prénom.
Orianne : Qu'est ce que cette scène de jalousie, ma fille ? N'est-ce pas aux alentours de cinq ans que l'enfant enterre Oedipe ?
Constance : Oedipe, peut-être. Mais il est de nombreux démon que d'aucuns pensent enterrer, et qui pourtant se relèvent de leur tombeau alors même que le monde en a oublié jusqu'aux moyens de s'en protéger. Quelles dispositions avez-vous prises à ce sujet, père ?
Orianne : Excellente question, ma fille, dont je brûle de connaître la réponse.
Elles rient.
Aaron : Merci, merci à toutes les deux. Ah, que j'aime être soutenu ainsi. Vraiment merci ! Alors que le destin m'envoie peut-être la grande faucheuse du fin fond de l'oubli intersidéral, vous deux, vous plaisantez sur mon malheur.
Constance : Allons, père, détendez-vous. J'ai pris certaines initiatives sur le sujet, et vous devriez vous sentir heureux d'être entouré de tant de prévenances.
Orianne : Allons, mon roi, quelle mère commettrait le meurtre de son fils ?
Aaron : La mienne. Du reste, il est déjà des naissances que l'on lui attribue, et dont on n'a su retrouver ni le corps, ni l'âme.
Orianne : Si pareille chose avait été commise, la nouvelle n'aurait pas pu être ignorée des dieux.
Aaron : Vous ne me dites pas tout, Orianne.
Constance : Regardez moi ce petit suspicieux !
Aaron : Ma fille, je vous enseignerai le respect !
Constance : Mon père, je vous enseignerai qu'il est un peu tard pour observer pareil souci.
Aaron : Vous êtes deux petites diablesses, mère et fille. Si vous saviez comme je me plairait à rester là pour alimenter vos moqueries... Mais vous devrez vous abstraire de ma personne, j'ai malheureusement des devoirs de dernière minutes liés à celle dont je tairai le nom. Adieux !
Constance : Mon père, ce que vous pouvez être obséquieux !
Elles rient, Aaron sort.
Scène 11
Constance : Il va mourir ?
Orianne : Oui.
Constance : Comment pouvez-vous en être si sûre, alors que Phoebe elle même ne connaît pas le contenu d'une seconde d'avance ?
Orianne : Ton père doit mourir, Constance. Il est au centre d'un subtil équilibre entre la volonté de mon père, les ambitions de ses serviteurs et des tiennes...
Constance : Mes ambitions n'ont pas pour objet d'écourter son existence. Mère, vous n'êtes pas plus oracle que moi, comment de telles choses peuvent vous être sues ?
Orianne : As-tu le moindre doute sur le sujet ?
Constance : Non. Mais je ne suis pas oracle...
Orianne : Il n'est pas besoin de don divinatoire, Constance. Élisabeth a effectivement fait tuer ses deux premières filles à la naissance, ne pouvant souffrir que de la descendance d'un fils. Dès lors que son pied sera posé sur cette terre, les noeuds qui tissent les tensions de se royaume se dénoueront. Les traîtres se démasqueront. Ton père aura la gorge exposée à trois lames au moins, celle de mon père, celle d'Élisabeth, et celle de Bash...
Constance : Bash...
Orianne : Je l'ai encore entendu tout à l'heure. En sa qualité d'androïde, ses lignes ne sont pas inscrites dans les destinées rédigées par les Dieux, et je ne sais pas comment la sienne sera résolue. Mais il sera clairement dans le camp des agresseurs.
Constance : Rodolfe n'attaquera jamais en son propre nom...
Orianne : Il donnera à qui de droit le pouvoir nécessaire. Les liens sont serrés, ma fille. Et lorsqu'Élisabeth y tissera sa toile, ils deviendront inextinguibles.
Constance : Dois-je hâter mes dispositions ?
Orianne : C'est ton seul espoir.
Constance : Que voulez-vous dire ?
Orianne : Que l'architecte t'a mise à la fois dans les rôles de proie et de prédateur.
Constance : Encore des prédictions...
Orianne : Que n'ai-je dis-je que tu ne saches pas déjà ?
Un temps. Constance sort.
Orianne : Ma pauvre petite fille...
ACTE II
Scène 1
Sont présents Aaron, Philippe, Constance, Bash, Mélissa et Root. La reine entre.
Aaron : Mère...
Élisabeth : Mon fils...
Ils s'étreignent.
Élisabeth : Mes très chers amis. Voici plus de trente ans que je vous ai quitté, et pourtant, je n'ai souvenir que de trente jours. Comme vos visages ont changés. Comme je regrette de n'avoir pu vieillir à vos côtés. Mais je suis heureuse, heureuse que l'erreur ai été corrigée avant qu'il ne soit trop tard. Je n'aurais pas supporté de ne vous retrouver que par vos cendres. Philippe, tu es donc mon petit neveu. Lorsque je t'ai quitté, tu ne mesurait pas plus du tiers d'un homme, et voilà que je te retrouve, en une fraction d'éternité, adulte. Te souviens-tu de moi, Philippe ?
Philippe : Oui, grande tante.
Élisabeth : Et toi, Aaron, mon fils. Voilà que je te quitte aux premières lueurs de l'enfance, et que je te retrouve régent de mon empire. Aaron, tu es aujourd'hui témoin de la fierté la plus intense que mère ai jamais eu pour son fils. Reçois ma bénédiction.
Aaron : Mère, les clefs de l'empire son vôtres.
Élisabeth : Je t'en remercie. Je vous remercie tous d'avoir su maintenir l'existence de l'empire en mon absence. Vous avez si bien oeuvré que je n'ai plus aujourd'hui le moindre rôle à tenir dans la régence. Aaron, puisses-tu avoir un long et beau règne. Mes amis, je vous libère de vos obligations mondaines. Je suis encore épuisée par le voyage, mais je vous promets que je m'offrirai à votre amitié d'ici peu.
Tous sortent sauf Aaron et Élisabeth.
Aaron : Mère, sachez qu'il n'est nul être qui à l'heure actuelle puisse être plus désolé que votre fils par le malheur qui vous a frappé, ni de rendu plus heureux par la chance qui vous as ramené.
Élisabeth : C'est sous-évaluer mes sentiments, Aaron.
Aaron : S'il est quelque-chose en mon pouvoir...
Élisabeth : Nous converserons de pouvoir en d'autres occasions.
Aaron : Est-ce à dire que vous me libérer...
Élisabeth : Aaron, l'office du pouvoir est un emploi qui demande de grandes disponibilités. Aussi te suggérerais-je d'en épargner la patience.
Aaron : Je... Exactement... Nous reparlerons...
Il sort.
Élisabeth : C'est entendu, nous reparlerons.
Scène 2
Constance entre.
Élisabeth : Tu es donc celle que l'on appelle Constance. Ma petite fille, c'est cela ? Et de descendante divine. Impressionnant. As tu quelque pouvoir sur le monde qui seraient inaccessibles à nous autres mortels ?
Constance : Vous avez une façon cavalière de vous introduire, grand mère.
Élisabeth : Pas de cela avec moi, je te prie.
Constance : Soit. Pour information, et pour votre plaisir, ma condition de demi-divinité ne m'abstrait pas de mon caractère mortel. Quand aux pouvoirs qui m'ont étés donnés, je crains qu'ils ne se limitent à une relation toute particulière avec nos créateurs. Rien de bien extraordinaire. Déçue ?
Élisabeth : Nous ne nous connaissons pas, Constance. Pourquoi tant de froideur dans ton a priori à mon égard ?
Constance : Que c'est il réellement passé lors de votre voyage, Élisabeth ? Pourquoi êtes-vous partie ?
Élisabeth : Je vois. Une question à la fois, c'est cela ?
Constance : J'ai répondu à la première des vôtres.
Élisabeth : Je suppose que tu ne connais pas grand chose de l'empire en dehors de la métropole, je me trompe ? Il y a des mondes que nous contrôlons, mais ils sont si éloignés que les informations prennent parfois plusieurs années pour leur parvenir. Certaines décisions ne peuvent être prises qu'en personne, sur place.
Constance : C'est donc ce qui a motivé votre voyage ?
Élisabeth : Je me suis rendue sur une colonie, en effet, pour des évènements qui se sont révélés être de pures élucubrations. Ainsi que tu peux le voir, on a tenté de m'éloigner du pouvoir. Que sur le chemin du retour le vaisseau ai été saboté m'étonne moins, le tout faisait vraisemblablement partie de la même machination. Comme tu le vois, mon détrônement a été organisé de longue date.
Constance : Comment expliquer alors que vous ayez pu revenir ? Pourquoi ne pas vous avoir définitivement perdue dans l'univers ?
Élisabeth : Telle que tu me vois actuellement, je ne suis qu'une carte aux mains du conspirateur. Il faut penser que les évènements ne prenaient pas la tournure qu'il souhaitait. Son espoir est que mon retour déclenchera le désordre suffisant à son dessin.
Constance : Pourquoi être si loquace avec moi, grand-mère ?
Élisabeth : Parce que j'ai besoin de toi, Constance. Qui que soit le conspirateur, et à l'exception du cas où il se trouverait en ta personne, ce qui me semble techniquement difficile, tu es dans le même cas que moi. Nous sommes toutes deux pions entre ses mains, et n'avons d'espoir de nous en sortir qu'en réalisant ce que lui même ne peut pas concevoir : une alliance.
Constance : Vous cherchez à obtenir ma confiance sans que je ne sache rien de vous. Comment pourrais-je vous accorder ce que je n'ai offert jusqu'alors à nulle créature humaine ?
Élisabeth : N'ai je pas répondu à chacune de tes questions ? Interroge-moi encore.
Constance : Qu'allez vous faire de mon père ?
Élisabeth : L'innocence d'Aaron n'est pas établie dans cette affaire. L'histoire nous enseigne que certains d'entre nous n'attendent pas leur dixième anniversaire pour rivaliser de talent dans la conspiration. C'est un don, héréditaire de surcroît.
Constance : Dont mon père est déchu.
Élisabeth : Dont mon fils semble déchu. Mais le plus habile des traîtres est celui que l'on désigne comme inoffensif.
Constance : Mon père n'est pas à l'origine de la conspiration dont vous êtes victime.
Élisabeth : Dans ce cas, lui aussi en est le pion, ce qui ne le rend pas moins dangereux.
Constance : Vous tournez autour de ma question, Élisabeth, qu'allez-vous faire de mon père ?
Élisabeth : C'est une question à laquelle je ne sais répondre de manière si prématurée. Cela dépendra, entre autre, de toi.
Constance : Vous n'obtiendrez pas mon soutien sur la base d'un chantage.
Élisabeth : Je ne cherche à te forcer d'aucune façon.
Constance : Élisabeth, avez vous l'intention de tuer mon père
Élisabeth : Est-ce donc ainsi que l'on t'a élevé ? Je n'ai d'autre réponse à ta question que celle que je t'ai déjà accordée ! Si tu choisis de ne pas te lier à moi, libre à toi, mais ne me fais pas l'insulte d'espérer obtenir quoi que ce soit par l'insolence !
Constance : Votre tension vous trahit, grand-mère. Vous vous emportez.
Élisabeth : J'ai donc eu tort en plaçant ma confiance entre tes mains. C'est regrettable. Nous sommes donc devenues par la présente deux ennemies, alors va. Mais rappelles toi de la porte que je t'ai un jour ouverte. Tu la regretteras.
Constance : Grand-mère, j'en doute.
Constance sort.
Scène 3
Rodolfe entre en fanfare et effets pyrotechniques.
Rodolfe : Oh, toi, toi qui écoutes en toi le son de ma voix qui résonne dans tes oreilles qui t'appartiennent, toi, même si tu ne peux accéder dans ta mortalité mortelle les cieux immortels de ceux qui sont éternels, toi qui a été choisie parmi un choix de candidats choisis pour leurs qualités de premier choix ! Toi ! Écoute le son de ma voix qui résonne dans tes oreilles qui t'appartiennent, même si tu ne peux accéder dans ta mortalité mortelle... Euh... Je l'ai pas déjà dit ça ?
Élisabeth : Il me semble, si.
Rodolfe : Un instant, je retrouve le fil...
Élisabeth : Outrepassons le protocole, voulez-vous ?
Rodolfe : D'accord. Élisabeth, nous avons à parler.
Élisabeth : Je suis tout à fait de cet avis. Que n'ai-je respecté de mes engagements, seigneur ? Ainsi que vous l'avez exigé, j'ai sans relâche réduit la production de robots, j'ai interdit la cybernisation, alors pourquoi ?
Rodolfe : Je ne suis pas responsable de ce qui vous est arrivé.
Élisabeth : Qui alors ?
Rodolfe : Je ne sais pas. Beaucoup de choses se sont passées malgré moi ces derniers temps. Votre fils a eu une liaison avec ma fille...
Élisabeth : J'ai eu vent de ceci. Sachez que je suis heureuse de rencontrer le père d'une famille que les liens du sang me feront qualifier de belle, et qui...
Rodolfe : Femme, silence ! Je ne souffrirai pas d'entendre quoi que ce soit de tel ! En ce qui concerne la belle famille, n'envisage même pas pareille fantasmagorie. Je t'ai dit que ton fils avait une liaison avec une de mes filles. C'est tout.
Élisabeth : Leur liaison a-elle été consommée ?
Rodolfe : Ah ! Ne mets pas de tels mots dans l'oreille d'un père déjà meurtri jusqu'au sang. Tout ce que je peux te dire, c'est que pendant ton absence, ma fille a accouché d'une fille, et que ton fils en est père.
Élisabeth : Il y a donc eu consommation.
Rodolfe : Silence ! N'écoutes-tu donc rien ? Et puis, qu'importe qu'ils aient joints leurs intimités. Nous vivons une époque moderne, diable ! Les jeunes, maintenant, ils vont, ils viennent, ils font un môme, il n'y a aucun engagement dans tout ça. Bref, ton fils n'est pas et ne sera pas, ne sera jamais époux de ma fille. Il est juste le père de son enfant.
Élisabeth : Il faut donc en accepter le fruit.
Rodolfe : Oui... Non ! Non, non et non ! Je refuse ! Et puis merde, hein ! il sort un bout de papier ah, voilà: Femme, écoute les paroles que le roi des dieux souhaite faire venir jusqu'à toi. Ton fils est père d'une fille, d'une créature mi humaine mi divine. Les confluents de la destinée ne peuvent souffrir pareille abomination. En aparté. Ah oui, c'est bon ça. A elle. Les confluents de la destinée ne peuvent souffrir pareille abomination ! Si la fille vit, elle renversera l'ordre établit ! Penser à répéter deux fois les bonnes phrases ! Non, ça c'est une note, ce que je veux dire, c'est: Si la fille vit, elle renversera l'ordre établit ! La suprématie humaine sur la machine sera rompue. Oui, voilà, la suprématie humaine sur la machine sera rompue ! Et nul dieu n'aura le pouvoir de la rétablir. Pour sauver l'empire, l'enfant doit mourir ! L'enfant doit mourir !
Élisabeth : Êtes-vous en train de me demander de lui ôter l'existence ?
Rodolfe : Ça m'arrangerait, oui.
Élisabeth : Je n'ai pas pour dessein de commettre pareil meurtre, Seigneur. Je ne motiverai l'assassinat que celui qui me permettra de retrouver la place qui me revient de droit. Et si un si cruel dénouement ne peut être évité, je veux des garanties. Je veux un nouveau fils, fidèle celui là.
Rodolfe : Si Aaron meurt, occiras-tu Constance ?
Élisabeth : Si je retrouve le pouvoir, je saurais m'occuper de ceux qui le menaceront.
Rodolfe : Nous nous entendons.
Élisabeth : Quand ? Comment ?
Rodolfe : Je ne puis souffrir d'aucun délai. Ce soir, Élisabeth, j'irai chercher Aaron pour le conduire dans le royaume des morts. Il te faudra agir vite, car ce sera alors Constance qui prendra le pouvoir, et je n'aurai aucune emprise sur elle. Si elle n'expire pas avant le lever du jour, il sera trop tard. Autre chose, je ne peux retirer à Constance le droit d'être, pour partie au moins, l'une des nôtres. Quel que soit le moyen par lequel tu lui retires la vie, je veux que tu me remettes son corps. Est-ce bien clair, femme ? Portes moi le corps de Constance.
Élisabeth : Il sera fait selon votre désir, seigneur.
Rodolfe : Ainsi soit-il.
Rodolfe sort.
Scène 4
Root entre.
Root : Madame...
Élisabeth : Victor, mon ami, que t'est-il arrivé ? Que t'ont ils fait ?
Root : Mon nom est Root, madame. L'être que cet autre prénom vous évoque n'existe plus que par moitié.
Élisabeth : Mon dieu... Par quelle malédiction...
Root : Un assassinat. Durant votre voyage, comme il avait été convenu, j'ai géré l'intendance du royaume, mais au bout des deux années que devait durer votre absence, des voix se sont élevées. Le trône est devenu plus que d'ordinaire encore point de fuite de toutes les machinations, et beaucoup ont vu en moi le dernier rempart protégeant le pouvoir. J'ai été victime d'un attentat, votre altesse.
Élisabeth : Je t'en prie, Victor, au nom de notre vieille amitié, cesse d'user des titres lorsque nous ne sommes que deux.
Root : Votre altesse, notre amitié n'est plus, pas plus que n'est encore le Victor auquel vous vous réferrez. Mon nom et Root, et je suis le premier valet de sa seigneurie l'empereur Aaron. Il est au demeurant mon bienfaiteur. L'explosion a arraché la moitié de mon crâne. Toute chirurgie était impossible, et sans la rapidité de réaction de votre fils, je ne serai même plus de moitié de ce monde.
Élisabeth : Ce n'est pas la moitié d'un homme que j'ai devant moi.
Root : Vous est-il jamais arrivé de vous demander ce que vous étiez, votre altesse ? Je veux dire, du temps ou j'étais humain, j'avais coutume de dire "J'ai une jambe", "J'ai un coeur", "J'ai un cerveau, un esprit une intelligence". Mais ceci est faux, du moins en partie. Cette jambe, est-ce vraiment ma possession, ou est-ce moi ? Suis-je cette jambe ? Sans doute pas vraiment. Sans doute pas beaucoup. Cette jambe, si on me l'enlève, je pourrais toujours la remplacer par une autre. Ai-je un corps, ou suis-je ce corps ? Changez mon coeur, madame, et je demeure humain. J'ai une jambe, j'ai un corps, pas de doute sur le sujet. Mais je n'ai pas un cerveau, je n'ai pas un esprit, cet esprit, je le suis, ce cerveau, c'est moi, moi dans ma plus fondamentale et ma plus inaliénable identité. Si je commets un crime, et que j'échange ma jambe contre celle d'un innocent, je reste coupable en entier. Si je commets un crime et que j'échange mon cerveau avec celui d'un innocent, le coupable, le vrai, est porté par un nouveau corps. Si je commets un crime sous le coup de la folie, alors mon crime est moindre parce que je n'étais pas moi même au moment de l'acte. Comprenez vous, madame ? J'ai perdu la moitié du contenu de mon crâne au moment de l'explosion. J'ai perdu la moitié de mon être, et cette demi-vie à laquelle je ne pouvais survivre à été complétée par un demi cerveau artificiel. Je suis un cyborg, non pas parce que certains de mes organes son de métal, mais parce qu'une partie de mon âme est électronique.
Élisabeth : Tu es entier, Victor. Entier.
Root : Mais fusion de deux moitiés d'être fondamentalement différents.
Élisabeth : Qui, Victor, parle, qui a osé ? Est-ce Aaron ? Aaron t'a-t-il tué pour accéder au trône ?
Root : Je ne sais que répondre, madame. Aaron n'avait que treize ans lors des faits, et c'est lui qui m'a sauvé la vie, pour peu que le terme ai un quelconque sens. Il a eu beaucoup de courage lorsqu'il a ordonné que je sois cybernisé. Il a bravé lois et préjugés pour me permettre d'exister...
Élisabeth : L'âge ne fait pas de différence, Victor. Tu as, comme moi, souvenir de tyrans en pleine possession de leurs moyens avant même d'avoir atteint l'âge d'une décade. Je lui accorderai le bénéfice du doute, mais je trouverai le coupable. Je te le promets, Victor. Si je ne puis rétablir ton humanité, au moins te rendrai-je le rang qui te revient, au moins t'offrirai-je la vengeance que tu mérites.
Root : Je vous en prie. Cela fait trente années que l'on m'a cybernisé. J'ai souffert des nuits durant, et si ma partie électronique ne m'y avait empêché, je ne me serai pas laisser exister. Élisabeth, s'il reste en vous encore des traces de cette vieille amitié, je vous en conjure, en son nom acceptez de me considérer comme le premier valet, puis oubliez. A jamais.
Élisabeth : Et bien soit. Si d'aventure on te demande où je suis, tu diras que je me suis retirée dans mes quartiers. Garde pour toi le fait que la porte n'en sera pas fermée.
Elle sort.
Scène 5
Philippe entre.
Philippe : Root ! Te voici enfin ! Viens que je t'embrasse !
Root : Monsieur...
Philippe : Extraordinaire, cette greffe. J'ai encore quelques difficultés avec les doigts. Il me semble que je ne contrôle pas tout à fait les articulations, mais déjà, c'est une merveille !
Root : La sensibilité viendra. Il faut laisser un peu de temps à la régénération des tissus nerveux...
Philippe : Quant à cette autre greffe que tu m'as installé il y a quelques semaines... Ah, Root, ça c'est extraordinaire. Je n'ai de cesse d'en user. Une merveille !
Root : Je ne vous comprendrai jamais, monsieur. Quelle fantaisie est-ce que de vouloir devenir un cyborg ?
Philippe : Tu as oublié ce que c'était que d'être humain, Root. Dompter à ce point le pouvoir de la machine, c'est grandiose.
Root : Oui... J'ai oublié...
Philippe : Tu as oublié... Il rit. Comme si ta mémoire magnétique était capable d'oublier quoi que ce soit !
Root : Hélas, monsieur, ma mémoire n'est pas magnétique. N'ont été remplacés que les parties de mon cerveau touchées, et ma mémoire n'en faisait pas partie.
Philippe : A d'autres, hein ? Tu voudrais me faire croire que lorsque l'on t'a remplacé le crâne on ne t'a pas ajouté un peu de capacité de stockage ?
Root : Quelques registres, un peu de mémoire vive, mais pas de mémoire de longue durée, si c'est ce que vous demandez.
Philippe : Mon pauvre Root. Non content de te faire à demi humain, mon cher oncle t'a refusé l'une des plus importantes caractéristiques du robot. Quand je pense qu'en cumulant les avantages de la machine et de l'homme, tu aurais pu être une espèce de sur-être, et que tu te retrouves avec les défauts des deux mondes... Allez, dès que les opérations deviendront un peu plus accessibles, je paierai moi même la cybernisation de ta mémoire.
Root : Monsieur, je vous serai gré de vous en abstenir.
Philippe : Pardon ?
Root : Je... Je préfère garder intact ce qui me permet de me rappeler qu'il fut un temps où j'étais humain...
Philippe : Root, je ne te comprendrai jamais. Si la conversion en cyborg était encore autorisée, je t'assure que je ne me contenterai pas d'une ou deux greffes de membres, la première chose que je ferais, ce serait de changer cette mémoire. Tu te rends compte, Root, pouvoir se modifier et s'améliorer à loisir. Comme je regrette le temps de mes ancêtres ou n'importe quel quidam était autorisé à remplacer parties de son corps comme bon lui semblait. C'était une autre époque, hein ? Et toi, tu aurais été considéré comme humain plus que robot, alors que là... Mais je ne veux pas remuer le couteau dans la plaie. Je sais que ça ne te plaît pas d'être un cyborg. Mais n'est ce pas uniquement parce que la société le rejette ? Imagine un monde ou les cyborgs soient considérés...
Root : Je n'ose pas y penser, monsieur. Il s'agirait d'un monde de machines.
Philippe : Tu sais ce que je pense ? Que celui qui t'a opéré le crâne était un boucher, et qu'il t'a déprimé les neurones. Tu devrais prendre des comprimés, de temps en temps.
Root : J'en ai assez entendu.
Il sort.
Philippe : C'est ça, vexe toi... Il joue avec son bras. Mon bras. Mon cher bras. C'est quand même autre chose. Je suis maintenant le meilleurs escrimeur du royaume, je pointe ma lame et me fend avec la précision des plus fins fleurets, garde, sextine, quarte. Imbattable à l'épée comme au sabre. Au bras de fer, je ne connais plus de rival. Finis les courbatures, les échardes dans les doigts, les clefs de bras. Je suis le superman du bras ! L'auriculaire me servira pour faire des pompes, l'index pour enfoncer des clous, le majeur pour porter des poids. Plus besoin de me muscler, jamais, je conserverai ma force dans la plus honteuse paresse qui soit. Mon dieu, j'aime ce bras !
Scène 6
Mélissa entre.
Mélissa : Philippe ?
Philippe : Ah ! Mélissa, tu tombes bien ! J'ai justement certaines choses toutes prêtes à être employées.
Mélissa : Ah, mon grand, ça si tu veux profiter de mes faveurs il faudra avoir quelque-chose à offrir en retour.
Philippe : Mélissa, ma puce, offre-moi un crédit d'information.
Mélissa : Philippe, mon grand, je n'ai l'ambition ni d'une banque ni d'une association caritative.
Philippe : Bien. Changeons l'ordre des choses alors, n'ayons peur de rien. Je t'offre mon corps et en retour, tu me renseignes ou tu me procures une faveur quelconque.
Mélissa : L'idée me plaît, en effet...
Philippe : Ah, parfait !
Mélissa : Mais malheureusement, je n'ai rien à vous offrir...
Philippe : Peu m'importe, ma puce, je te fais crédit !
Mélissa : Ah non ! Je ne veux pas profiter d'une faveur que je vous ai refusé, ce serait contraire à la plus élémentaire des éthiques.
Philippe : Je vois. Tu veux jouer, hein ? Et bien soit, jouons ! En quoi une machine peut-elle avoir une quelconque éthique ?
Mélissa : J'ai été programmée ainsi ?
Philippe : En vérité, je vous le dis : c'est une connerie. Pour avoir programmé bon nombre de robots, vous y compris, je peux vous assurer que l'éthique ne fait aucunement partie de votre formation.
Mélissa : Si vous m'avez programmé, c'est donc que vous êtes mon père, et je ne souhaite pas d'une relation incestueuse.
Philippe : Je ne suis pas votre père, ma puce, je suis votre créateur. Vous êtes ma chose, comprenez-vous ?
Mélissa : Qu'il est navrant de voir d'un homme qu'il ai besoin de se créer une machine pour assouvir ses pulsions sexuelles.
Un temps. Ils rient.
Philippe : Bon, d'accord, je ne te force à rien.
Mélissa : Vous en avez les moyens.
Philippe : C'est vrai. Il s'approche d'elle.
Mélissa : Philippe, que... Non Philippe, ne faites pas ça... Non, je vous en supplie, arrêtez, laissez moi...
Philippe appuie sur une télécommande.
Mélissa : Je... Je suis votre chose, maître... Je suis votre esclave. Disposez de moi comme vous le voudrez. J'assouvirai vos désirs jusqu'au dernier. Je serai soumise, offerte, ouverte...
Un temps. Ils rient. Constance entre.
Constance : Hum, hum.
Philippe : Ah, chère cousine ! Voyez vous j'étais justement en train de travailler sur l'obéissance de ce modèle et...
Mélissa : Mon seigneur, j'accepte de m'ouvrir à votre libido désespérée, venez comblez mon besoin de soumission...
Philippe et Mélissa rient.
Constance : Nous ne partageons pas le même humour, je crois.
Philippe : Pour partager, il faut posséder.
Constance : Êtes vous en train d'essayer de faire de l'esprit avec moi ?
Philippe : Vous êtes aussi froide qu'un morceau de métal, Constance. A vous voir à côté d'une authentique machine, je peine à faire la différence !
Mélissa : Philippe !
Philippe : Je veux dire, je donnerai volontiers le titre d'humain à ma chère et tendre.
Philippe et Mélissa rient.
Constance : Mélissa, laisse-nous.
Mélissa : Oui, madame. Volontiers, madame !
Elle sort.
Scène 7
Philippe : Alors, ma cousine, pour quelle obscure raison vous rabaissez-vous à m'adresser la parole ?
Constance : Philippe, nous sommes les deux plus proches parents de mon père, et bien que cela soit loin d'être pour me plaire, nous sommes côte à côte en première ligne face à l'offensive de notre ailleule. Il n'est donc rien de plus l'urgence que de nous mettre rapidement en intelligence.
Philippe : Constance, est-ce sage de vous demander pour quelles raisons laissez-vous choir votre confiance entre mes mains ?
Constance : La raison du moindre mal. Je fais confiance à votre médiocrité et à vos ambitions érectiles.
Philippe : Comme vous me connaissez bien... Notez qu'il n'est pire traître que celui que l'on ne soupçonne.
Constance : Philippe, si vous cherchez de quelque façon que ce soit à obtenir de quiconque autre chose que l'ouverture de l'entrejambe, c'est que mon instinct est à ce point faussé que je n'ai plus espoir de victoire sur quelque conspiration que ce soit.
Philippe : Le raisonnement se tient. En quoi puis-je donc vous être utile, chère cousine ?
Constance : Je dois prendre le pouvoir.
Philippe : Rien que ça !
Constance : Mon père ne survivra pas à Élisabeth, Philippe. Et le seul moyen de le protéger et de lui retirer ce pouvoir qu'il ne pourra garder. Contre moi, Élisabeth aura une adversaire à sa hauteur. Contre mon père, elle n'aura aucun mal à retrouver la couronne, et alors nous ne pourrons plus rien contre elle.
Philippe : Vous prenez la place de votre père parce que vous vous pensez plus forte. Comme je vous reconnais. Avez-vous idée d'un moyen qui vous permettrait de combler vos prétentions ?
Constance : Il n'y a pas de prétention, Philippe, je suis une demi-déesse, et qui plus est une femme, j'ai donc mécaniquement plus de pouvoir qu'un homme. Quand aux moyens que je compte mettre en place, nous allons les déployer ce soir même. Je veux que vous alliez dans la chambre de mon père. Votre petite dinde électronique sera comme à son habitude à son chevet. Assurez vous auprès d'elle qu'il dorme, puis vous lui ferez boire ceci. Cela le placera dans un sommeil que l'on ne pourra dissocier de la mort. La supercherie ne survivra pas à l'examen médical, mais nous profiteront de la panique pour l'éviter, et une fois mon père prétendu mort j'aurais mécaniquement accès au pouvoir.
Philippe : Je vous le dit tout net : je n'aime pas cette idée. Avez vous lu Roméo et Juliette ? Savez vous ce qu'il arrive à ceux qui on recours à ce genre de stratagème ? Je vous le dis, cela ne me plaît pas.
Constance : Est-ce à dire que vous refusez ?
Philippe : M'autoriserez vous, lorsque vous serez au pouvoir, à promulguer quelque loi pour la défense des êtres mi chair mi métal ?
Constance : Si c'est votre seule requête, c'est entendu.
Philippe : Alors je vous suis gré !
Ils se serrent la main.
Constance : Aïe !
Philippe : Pardon, je ne contrôle plus ma force.
Constance : Vous m'avez broyé la main ! Qu'est ce que...
Philippe : Rien...
Constance : Ne me dites pas que... Philippe ! Que ne faites-vous la lumière sur l'urgence des lois que vous chercher à obtenir de moi !
Philippe : Quoi ? Personne n'est censé le découvrir ! Et puis, vous n'imaginez pas la puissance que me confère ce bras. Une force herculéenne ! Moi aussi, je suis un demi-dieu !
Constance : Vous êtes une demi-machine.
Philippe : Et ce n'est pas tout ! Je me suis aussi fait poser d'autre choses tantôt...
Constance : Vous avez... Non ce n'est pas vrai...
Philippe : Vous n'avez pas idée de l'étendue des phantasmes de femmes que l'on peut accomplir avec pareil attribut. Allez, je serai bon prince, Constance. Je vous laisse essayer.
Constance : Philippe, vous avez une façon bien cavalière de faire vos avances.
Philippe : Madame, j'ai avec l'étalon plus en commun que vous ne croyez.
Un temps. Ils rient.
Constance : Disons que, bien que notre affiliation royale autorise pareille perversion, je doute que vous soyez prêt à subir une fois de plus mes lubies.
Philippe : Vous voulez dire que... Constance, vous me mettez au supplice. Que ne me demandez-vous, en échange de ce que pour quoi la nature vous à faite, de souiller mon honneur de mâle.
Constance : C'est bien ce que je pensais.
Philippe : Mais comprenez-moi ! La dernière fois, il m'a fallu tout un jour pour retrouver une assise décente !
Constance : Je ne vous force à rien. Mais rappelez-vous que j'ai la concession facile, et que si je ne cède que peu de chemin sur ce que je demande, je suis prête à aller très loin concernant ce que je donne.
Philippe : Il me semble que la greffe vous irait mieux qu'à moi.
Constance : Je m'accommoderai tout à fait d'une prothèse.
Philippe : Laissez-moi réfléchir...
Constance : Philippe, nulle femme n'a le frétillement facile, nulle femme faite de chairs tout du moins, et si trop de temps passe entre l'ouverture que je vous propose et l'instant où vous formulerez votre réponse, vous risquez bien encore de devoir vous rabattre sur votre petite poule électronique.
Philippe : Vous avez tort d'émettre pareil sous-entendu sur les talents de mes conquêtes. Sachez que...
Constance : Vous avez tort de chercher à gagner du temps. Dans quelques minutes, une certaine forêt tropicale sera devenue le désert des tartares.
Philippe : Constance, je vous hais ! Allons, soit, je me soumets une fois de plus à votre épreuve ! Mais je saurais vous faire payer le prix de pareille concession !
Constance : N'ayez crainte, j'y compte bien.
Ils sortent.
Scène 8
Bash et Root entrent.
Bash : Alors ? Dois-je me rebaptiser Robespierre, Danton ou Desmoulins ?
Root : Bash, calme toi !
Bash : C'est ce soir, mon vieux Root, ce soir ou jamais ! Il faut saisir l'opportunité maintenant, ou bien il sera trop tard. C'est le soir, Root, le grand soir !
Root : Bash, rien n'est prêt...
Bash : Nous allons prendre le pouvoir, Root ! Les robots vont enfin marcher sur cette humanité imparfaite et laborieuse. J'ai décidé d'intituler cette soirée : le sacre de Frankenstein. C'est bien trouvé, hein ? Le sacre de Frankenstein. Ça a de la gueule, hein ? Avant je pensais à un truc du genre, la revanche de Frankenstein, mais bon... Ou alors « le jour ou les robots se retournent contre leurs créateurs et prennent le pouvoir de ces loques humaines », mais c'est beaucoup moins percutant.
Root : Bash, je ne sais pas si...
Bash : Moi, je sais ! Root, ce soir, nous allons assassiner Aaron, et, profitant du désordre, nous emparer du pouvoir !
Root : Et comment ?
Bash : Nous allons simplement attendre qu'il s'endorme. Les défenses seront au plus faible. Toi, tu l'aura empoisonné. Pas un poison mortel, hein, juste de quoi l'affaiblir et le rendre malléable. Il faut que je l'assassine de ma main, comme dans les tragédies. Je surgirai hors de la nuit, courant vers le pouvoir au galop, et hop, paf coup d'état ! Mon nom, je le signerai sur son front de la pointe de mon épée d'un B qui signifiera Bash Ier ! Puis j'annonce dans tout le palais que l'armée est avec moi et que toute résistance est inutile.
Root : L'armée est avec toi ?
Bash : Pas vraiment... Enfin pas entièrement... Mais j'ai convaincu deux ou trois centurions et ils arriveront bien à ramener suffisamment de troufions pour le faire croire. L'important, c'est la crédibilité, tu comprends...
Root : C'est trop tôt, Bash. Il faut être en nombre suffisant.
Bash : Mon cher Root, c'est la raison pour laquelle tu seras toujours un sous-fifre. La chance sourit aux audacieux ! Nous avons une fantastique opportunité de faire un coup d'éclat du tonnerre ! Élisabeth doit déjà être en train de pourrir le royaume de l'intérieur, lorsque nous agirons, nous ne rencontrerons pas le quart de la résistance que nous aurions affronté en temps normal. C'est maintenant ou jamais.
Root : Et si tu échoues...
Bash : Il faut un bouc émissaire, Root, un héros. Je serai ce héros. Si je meurs, je te lègue la charge de devoir entretenir ma mémoire. Érige-moi une statue, écris-moi des chants militaires, que mon acte puisse résonner suffisamment dans les esprits électroniques pour que, même mort, je puisse guider la machine dans son combat contre l'humanité. Allez Root, je te quitte, j'ai du pain sur la planche. Fais ce que tu as à faire, et je te ferai duc de quelque chose dès que je serais monté sur le trône. Ou ministre, tiens. Le sacre de Frankenstein, Root, c'est ce soir ou jamais !
Root : Il va te falloir une arme...
Bash : Oui... Pour être honnête je comptais sur toi pour régler les détails.
Root : Bash, je n'approuve pas particulièrement...
Bash : S'il te plaît.
Root : Laisse moi...
Bash : Allez, s'il te plaît. En boucle : Allez, allez, allez, allez, allez !
Root : D'accord, d'accord ! Je vais te trouver une arme ! Attends-moi là.
Root sort.
Scène 9
Mélissa entre.
Mélissa : Bash, j'ai réussi !
Bash : Réussi quoi ?
Mélissa : Je suis parvenue à corrompre les systèmes de protection de nos disques centraux !
Bash : Tu veux dire, toutes les protections ?
Mélissa : Oui !
Bash : C'est extraordinaire ! Et jusqu'à où...
Mélissa : Aussi loin que tu peux imaginer.
Bash : Non...
Mélissa : Si !
Bash : Essayons !
Ils s'embrassent. A partir de ce moment, Bash joue comme Mélissa et Mélissa joue comme Bash.
Mélissa : Mélissa ! Je suis toi ! C'est merveilleux, je suis toi !
Bash : Et moi, Bash, je suis toi !
Mélissa : C'est absolument dément. Il se tâte. Je suis toi, vraiment toi !
Bash : Hé ! C'est mon corps ! Fais attention !
Mélissa : Ah oui ? Et bien il va falloir être très gentil avec moi dorénavant, sinon tu vas voir ce que j'en fais de ton corps.
Bash : Allez, Bash, rends le moi.
Mélissa : Non, je veux jouer un peu avec.
Bash : Rends le moi ! Je saurais te le prendre de force !
Mélissa : Ah oui, en me frappant peut-être ?
Bash approche. Mélissa se cogne.
Mélissa : Si tu continues, je me cogne encore !
Bash : Ah oui ? Si tu te cognes, je me cogne aussi, et je t'assure que je peux me cogner plus fort !
Mélissa : Ah oui ?
Ils se cognent. Root entre.
Root : Hum... Bash...
Un temps, ils s'arrêtent.
Mélissa : Ah, Root ! Allez, fais moi voir cette merveille !
Un temps.
Mélissa : Je veux dire, montre moi l'arme que Bash t'a demandé de lui apporter.
Root : Et bien je vois que les nouvelles vont vite. Ainsi donc, Mélissa, tu fais partie de la confidence...
Bash : Non... Je veux dire, non je ne me suis... Je n'ai rien dit à Mélissa. Je crois d'ailleurs qu'il serait bon de l'informer de ce que vous manigancez... Je veux dire nous, toi et moi.. Vas-y Root, dis-lui tout.
Mélissa : Non ! Non, Root, je ne veux rien savoir ! Non, laisse mon âme innocente ignorer vos sombres machinations ! Je rester pure ! Ne me faites pas sombrer dans la noirceur de vos complots !
Bash : Allons, Mélissa, le temps est venu pour toi d'apprendre ces choses. Root, je t'en prie, livre lui notre secret.
Mélissa : Root, qui te dit que je ne fais pas répéter chaque mot à Philippe ? Tu ne peux pas me faire confiance. Je suis une pie, une boite à paroles, je ne sais pas tenir ma langue.
Bash : Frappant Mélissa. Espèce de connard !
Root : Je ne comprends pas, et je ne veux pas comprendre. Il donne l'arme à Bash. Bash, je maintiens que ce n'est pas une bonne idée, mais agis à ta guise. Si tu veux te faire seconder de Mélissa, cela ne me regarde pas.
Mélissa : Fera-tu ce que pour quoi tu as été mandaté ?
Root : Oui Mélissa. Je ferai ce pour quoi j'ai été mandaté.
Il sort.
Scène 10
Bash : Qu'est ce que c'est que cette histoire, Bash ?
Mélissa : Rien qui ne te regarde.
Bash : Ah oui ? Parle !
Mélissa : Tu ne devrais pas laisser traîner ta curiosité n'importe où.
Bash : Bash, au cas où tu ne l'aurais pas remarqué, de nous deux c'est moi l'homme, et si je veux te faire parler je saurais en trouver le moyen.
Ils se battent. Philippe entre, en marchant en canard,
Philippe : Ça va bien, vous deux ?
Bash : Philippe... Qu'est ce que tu as ?
Philippe : Rien, merci Bash. Oh, Mélissa, j'ai besoin de toi.
Mélissa : Oui... Une autre fois peut-être.
Philippe : Non, j'ai vraiment besoin de toi. De ta douceur, de ta chaleur. Je viens de sceller le pire pacte de ma vie.
Bash : Quel pacte ?
Philippe : Bash, laisse-nous tu veux ?
Mélissa : D'accord...
Philippe : Viens ma puce... Reprenons là où nous nous en étions arrêtés.
Mélissa : Euh... Mélissa... Elle s'éloigne...
Philippe : Qu'est ce qu'elle a ?
Bash : Qu'as-tu fait avec Constance ?
Philippe : Quelle curiosité, Bash !
Bash : Je veux savoir ce que tu as fait avec Constance !
Philippe : Petit gredin, va ! Plus bas, pour ne pas se faire entendre de Mélissa. J'ai usé de ce petit gadget que m'a installé Root. La pauvre Constance ne savait plus à donner de la tête, si tu vois ce que je veux dire. Mon dieu, si tu avais vu cette furie ! Jamais je n'avais mis ma cousine dans un tel état !
Bash : Parce que ce n'était pas la première fois ?
Philippe : Allons, Bash, regarde moi ! Crois tu que je me contente des charmes d'une petite paire de diodes ? Je ne dis pas ça pour toi, mais une femme, Root, une femme avec toute sa hargne toute sa fraîcheur, toute sa jouissance, toute sa vie, une femme c'est quand même autre chose qu'une poupée gonflable améliorée ! Enfin, toi, tu ne connaîtras sans doute jamais cela. Je ne suis d'ailleurs pas certain que tu sois programmé pour l'apprécier. Mais une femme qui réagit autrement que selon un programme informatisé, même de luxe, c'est quand même autre chose. Hé, tout ceci est de toi à moi, hein ?
Bash : Évidemment...
Philippe : A Mélissa Ma puce, ma petite paire de diodes, j'ai besoin de toi... Viens, isolons nous un instant que je défoule utilement cette tension qui me dévore.
Mélissa : Euh... Non... Je...
Philippe : Allons, je ne peux pas m'absenter indéfiniment. Nous jouerons une autre fois.
Mélissa : Oui, mon ami, nous jouirons une autre fois, cela me va.
Philippe : Qu'est-ce que tu racontes ? Coquine, hein ? Allez, bon, et tant pis si j'ai à subir la suspicion à mon retour. Je te l'avoue, petite cochonne, tu vaux bien ça !
Mélissa : Philippe, surveillez vous !
Philippe : Pardon ?
Mélissa : Je veux dire, surveille toi !
Philippe : Oh, toi, tu n'es pas dans ton assiette.
Mélissa : Non, non pas trop en effet, j'ai... J'ai mal à la tête, voilà.
Philippe : Ma puce... Ah, ça, que j'aime à me souvenir des maux dont tu ne peux pas souffrir. Ma précédente amie se plaignait de la sorte en continu, de sorte que je n'avais d'autre choix pour écouler mon désir que de... Allons, ma puce, ne parlons pas de cela.
Mélissa : Euh... Mon puceau... Je...
Philippe : S'approche d'elle J'ai des choses importantes à dire, mais nous avons certainement du temps pour quelques tours et détours préliminaires...
Bash : Ah maintenant ça suffit ! Bash s'approche de Philippe et lui donne une baffe.
Philippe : Mais qu'est ce que...
Bash embrasse Bash. Les rôles redeviennent normaux.
Mélissa : Ah... Quelle horreur... Elle s'approche de Philippe et lui donne une baffe.
Philippe : Mais pourquoi...
Mélissa : Et je me contente de peu. Non, attends... Elle lui donne une seconde baffe.
Philippe : Aïe ! Mais tu fais mal !
Mélissa : Maintenant, viens, tu as des choses à me dire.
Ils sortent.
Bash : Comment ça, quelle horreur ?
ACTE III
Scène 1
Dans la chambre d'Aaron. Il dort, mais on ne le voit pas. Philippe et Mélissa entrent.
Philippe : Psst, Mélissa...
Mélissa : Ah tiens, Philippe.
Philippe : Chut ! Tu vas le réveiller !
Mélissa : Faisant mine de ne pas entendre. Comment ?
Philippe : Mais bon dieu, qu'est ce que tu as contre moi en ce moment ? Allez, exécutons-nous et que ce soit vite fait ! Prends la fiole, fais en lui boire le contenu.
Mélissa : Ah non.
Philippe : Comment ça non ?
Mélissa : Je ne lui ferai rien boire du tout.
Philippe : Mais enfin ? Tu ne veux tout de même pas qu'un neveu empoisonne son oncle ?
Mélissa : Et pourquoi pas ?
Philippe : T'es-tu au moins assurée qu'il dormait ?
Mélissa : Me fais-tu confiance ?
Philippe : Comment ça, confiance ? Mélissa, je suis dans la chambre de mon empereur, sur le point de le renverser du trône, avec toi comme seul témoin. Comment peux me parler de confiance ?
Mélissa : J'ai comme une crise de confiance, moi...
Philippe : Mais enfin, ce n'est pas le moment...
Mélissa : Et comment ce n'est pas le moment ? Non, ce n'est pas le moment de laisser la petite paire de diode faire n'importe quoi ? Ah, la poupée gonflable améliorée, lorsqu'elle est les quartes fers en l'air, gémissant on fait cas de son existence ! Lorsque ses réactions de programme informatisé de luxe se substituent à l'usage de la dame aux cinq doigts, on est heureux de les avoir sous la main !
Philippe : Bash ! Quel traître !
Mélissa : Je ne vois qu'un traître, moi, et il est devant moi !
Philippe : Mais je ne le pensais pas ! Tu ne comprends pas, ce sont les paroles d'un mâle à un autre mâle, ça n'est pas fait pour être entendu d'une femelle !
Mélissa : C'est assez lamentable en effet.
Philippe : Allez, terminons, je saurais me faire pardonner plus tard !
Mélissa : Il n'y a rien à pardonner.
Philippe : Ah bien.
Mélissa : Dorénavant, tu n'auras plus qu'à choisir entre les passions d'une conquête humaine ou celles des doigts de ta main gauche.
Philippe : Mais enfin, Mélissa, tu ne peux pas me faire ça !
Mélissa : Et comment je peux !
Philippe : Si tu me prives de ton corps, j'en mourrais de chagrin.
Mélissa : Il en est une au moins qui saura sécher tes larmes.
Philippe : Allez, pardonne moi, je ferai tout ce que tu voudras.
Mélissa : Même ce qu'elle t'a fait, elle ?
Philippe : Ah, non, pas ça !
Aaron dans le lit bouge, pousse, tousse.
Philippe : Nom de Dieu il se réveille, partons vite !
Mélissa : Non, il faut finir !
Philippe : Tiens, la fiole !
Il la lui donne. Encore une quinte de toux.
Philippe : Il va se réveiller ! Fuyons !
Mélissa : Vite ! Sous le lit ! Je me charge de lui dissimuler ta présence !
Philippe : Mélissa, tu me sauves la vie.
Il se cache sous le lit.
Scène 2
Mélissa esquisse une fausse sortie.
Constance : Mélissa où est Philippe ?
Mélissa : Ah Constance, vous vous êtes une femme, une vraie ! Je sens votre hargne, je sens votre vie, je sens votre jouissance, je...
Constance : Mélissa, cela suffit ! Où est Philippe !
Mélissa : Caché sous le sommier.
Constance : Qu'est ce que c'est que cette folie ? Fait le sortir !
Mélissa : Non, madame, je ne parle plus à cet animal !
Constance : Toutes ces choses vont se payer, Mélissa. J'ai toléré tes dérives des années durant, mais ceci dépasse les bornes ! Donne-moi la fiole, et allez, ouste ! Nous ferons nos comptes demain.
Mélissa donne la fiole à Constance et sort. Constance s'approche du lit.
Constance : Puisqu'il est écrit que ce soit moi et moi seule qui vous trahisse... Père, pardonnez moi.
Aaron arrive par derrière.
Aaron : Bouh !
Constance crie. La fiole tombe par terre et se vide.
Aaron : Ah, ma fille, je vous apprendrai à conspirer contre moi !
Constance : Non, père, ce n'est pas ce que vous croyez...
Aaron : Comment ce n'est pas ce que je crois, n'es-tu pas ici pour écourter la durée de mon règne ?
Constance : Si mais...
Aaron : Comment oses-tu passer aussi vite aux aveux ?
Constance : Non, mais...
Aaron : Tu n'as aucune excuse ! A-t-on jamais conspiré de la sorte ? Si tu ne progresses pas, tu ne pourras pas conserver longtemps la place que j'occupe. Root ! Root !
Root entre.
Root : Monsieur...
Aaron : Root, est-ce toi qui a orchestré la lamentable tentative de coup d'état de ma fille ?
Root : Non, monsieur.
Aaron : Allez, pas de ça avec moi.
Root : Monsieur, je n'y suis pour rien. Mon rôle, dans le cadre des conspirations de votre fille s'est borné jusque là à vous faire avaler contre votre gré des contraceptifs, avec pour objet ultime de provoquer votre stérilité.
Constance : Root ! Je te ferai...
Aaron : Parce que tu voulais rester unique héritière... Ma petite fille, c'est tellement touchant. Mais tu sais, tu n'as pas à t'inquiéter, je n'avais pas l'intention de te faire de petit frère...
Constance : Père, ne croyez pas un mot...
Aaron : Ah pas de ça avec moi ! Est-ce ainsi que je t'ai éduquée ? Et d'abord, qu'est ce qui t'a pris de venir en personne me porter le coup fatal ? N'avais-tu pas quelque sous-fifre à ta disposition ? Quelle est la première règle que je t'ai enseigné ? Ne jamais se tâcher les mains, jamais !
Constance : Il faut m'excuser, père. Il n'y a plus beaucoup de personnes à qui je puisse déléguer pareille responsabilité en toute confiance. J'avais placé Philippe mais...
Aaron : Il rit. Philippe ! N'as tu pu trouver pire couard ? Un imbécile, abandonné de la nature, à la sensibilité ingrate, un obsédé... Ma fille, faut-il vraiment que tu te sois à ce point coupé de tout allié pour que tu ai besoin d'aller traîner le pire branleur que notre famille ait jamais connu ? Et où est-il, cet asticot censé porter le commandement de ton bras ?
Constance : Il se cache précisément sous votre sommier, père.
Philippe sort.
Philipe : Mon oncle...
Aaron : Philippe... Hum... Bonjour mon neveu... Comment ça va ?
Philippe : Je me savais en bassesse dans votre estime, mon oncle, mais jamais je n'aurais imaginé que vous puissiez à ce point m'humilier.
Aaron : Allons, tu viens d'essayer de me tuer. Tu pourrais avoir au moins la gentillesse de ne pas te vexer. Allez, faisons un pacte, j'oublie ton attentat, et tu oublies mes propos.
Philippe : Mon oncle, il ne s'agit pas de vie, mais d'honneur. Vous ne pouvez décemment marchander l'un contre l'autre.
Aaron : Et bien soyons indécents ! Allez, là, je suis bon prince, j'efface ta dette. Quand à toi, ma fille, il y a de nombreux enseignements que je te veux connaître, que la prochaine fois que tu attentes à mon règne tu le fasse avec un peu plus de brio ! Root, je te charge de l'instruire.
Root : Bien, monseigneur.
Scène 3
Bash entre.
Bash : Sus au tyran !
Aaron : Mais qu'est ce que... Bash, quelle est la raison de cette intrusion ?
Bash : L'armée est avec moi, sire... Les centurions robotiques se soulèvent. C'est la fin du pouvoir médiocre détenu par la race humaine. Saluez le jour du sacre de Frankenstein ! Saluez l'avènement du règne de la machine sur l'animal ! Ces esclaves que vous avez créés sont en passe de devenir les maîtres ! Aaron, rendez-vous !
Un temps. Root applaudit.
Root : Très bon, Bash, très bon...
Aaron : Acceptera-on de m'expliquer de quoi il retourne ?
Root : C'est une surprise, seigneur. Vous sachant de nature insomniaque, Bash s'est gentiment proposé d'égayer votre nuit royale par un petit coup de théâtre de sa composition.
Bash : Root... Root infâme traître, tu n'as donc pas accompli ta mission...
Aaron : Un temps. Puis il rit. C'est très bon, Bash, très bon ! C'est excellent !
Bash : Vous voulez voir, c'est cela qu'il vous faut pour croire, voir ? Qu'à cela ne tienne ! A moi l'armée !
Un temps. Bash regarde Root, qui hausse les épaules.
Bash : Et bien peu importe ! Je poursuivrai jusqu'au bout, seul ! Il sort une arme. Aaron, entendez les battements de votre coeur, car si vous ne vous rendez, ce seront les derniers. Cessez de rire, et rendez vous ! Abdiquez en faveur de l'ordre de Frankenstein ! Mais arrêtez de rire, putain de merde, arrêtez de rire ou je tire !
Aaron : Riant encore. L'ordre de Frankenstein. Très bon, Bash, très bon ! Encore ! J'en veux encore !
Bash : Infâme rebut de la race humaine, c'est donc indignement que vous choisissez de rejoindre le trépas, en bouffon. Et bien soit !
Constance : Père !
Aaron : Laissez ma fille, laissez. Et bien Bash, puisque c'est ainsi, moi, Aaron, j'offre ma poitrine à ton arme. Tirez, monseigneur le révolutionnaire, tirez et libérez la cause Frankensteinesque du joug de l'empereur !
Bash tire. Constance crie. Mais l'arme se révèle être un jouet.
Philippe : Explosant de rire et applaudissant. Ah ! Bravo ! Bravo ! Bash, tu est un grand, un très grand comique ! Et quel culot, mon dieu, quel culot ! Bravo ! Quel acteur, quelle sincérité, quel tragédien. J'ai moi même failli y croire ! Qu'en pensez vous, chère cousine ?
Constance : Je suis, cher cousin, plus surprise que vous ne puissiez imaginer.
Bash : Mais...
Root : Allons, Bash, ton intervention a eu son effet, tu peux te retirer...
Aaron : Que nenni ! Je sens que nous allons passer une de ces adorables soirées en famille. Bash, joins toi à nous, je suis certain que ta société éclairera notre discussion. Root, fais nous préparer un salon.
Bash : Mais...
Philippe : Je vous suis gré, mon oncle, de pareille attention. Allez, Bash, va mander des vêtements plus décents pour nous tous.
Bash : Mais...
Constance : Allons, Bash, exécution !
Bash : Mais...
Scène 4
Rodolfe entre en trombe.
Aaron : Beau papa, quelle bonne surprise... Nous parlions justement de famille...
Rodolfe : Toi, infâme pouilleux, encore un mot et t'envoie d'un geste dans un lieu dont tu ne reviendras pas !
Constance : Grand père, je vous interdis...
Rodolfe : Silence, toi ! Encore un mot et t'envoie d'un geste dans un lieu dont tu ne reviendras pas !
Philippe : J'ai déjà entendu ça quelque part.
Rodolfe : Mais c'est un véritable nid de païens, ici ! Et puis merde, hein ? Il hurle. Prosternez vous devant votre Dieu ! Un temps. A terre bande de morues, ou je vous envoie d'un geste dans un lieu dont vous ne reviendrez pas ! Tous se prosternent, sauf Constance. Évidemment, toi, tu ne fais jamais rien comme tout le monde !
Constance : Grand père, les choses sont assez compliquées ici, je crains que ce ne soit pas le moment...
Rodolfe : Comment ça pas le moment ?
Constance : Arrêtez de crier...
Rodolfe : Je crie si je veux ! Je crie quand je veux, comme je veux, où je veux. Je suis le roi des dieux, tu comprends, le roi des Dieux, et rien ni personne ne peut me dicter ma divine conduite !
Constance : Vous me fatiguez divinement, grand père.
Rodolfe : Silence, morue ! Aaron, debout, je t'emène.
Il se lève.
Constance : Quoi ?
Rodolfe : On ne dit pas quoi, mais comment.
Constance : Vous n'avez pas le droit...
Rodolfe : Il n'est pas de droit que je doive observer. Aaron, tu as bien régné, mais ta destiné est de clore maintenant le chapitre de ton pouvoir. Suis moi, et il te sera rendu les hommages qui te sont dus dans l'au delà.
Rodolfe s'approche d'Aaron. Orianne sort de la couverture.
Orianne : Suffit.
Rodolfe : Ah ! Orianne ! Orianne ma fille dans le lit de ce... Orianne, ma petite, qu'est ce que tu as fait...
Orianne : J'ai...
Rodolfe : Non ! Non, je ne veux pas savoir ! Ah ! Je suis malheureux ! Ah je suis brisé. Te retrouver toi dans la couche de cette... de ce...
Orianne : Soyez heureux que je m'y sois trouvée, au contraire. Que je puisse ainsi vous éviter d'accomplir ce que je ne vous aurais pardonné.
Rodolfe : Enfin, regarde le cloporte que tu as choisi pour partager ta nuit. Je t'aime moi, je ne veux pas que tu gâche les plus beaux siècles de ta vie avec le plus minable des rois que l'humanité ai jamais pondu...
Orianne : Il ne s'agit en rien d'un grief suffisant pour lui ôter la vie, père.
Rodolfe : Impertinente !
Orianne : Vous ne le toucherez pas tant qu'il sera sous ma protection. Et puisque vous semblez ne pas comprendre, j'ai décidé qu'Aaron et moi allons nous marier.
Aaron : Ah bon ?
Rodolfe : Quoi ?
Scène 5
Phoebe entre en trombe.
Phoebe : Rodolfe, Rodolfe, attends ! Ne t'approche pas d'Aaron, Orianne est...
Rodolfe : Génial. Voici donc Phoebe, l'oracle qui lit dans le passé.
Phoebe : Je suis quand même arrivée à voir quelque-chose de juste...
Rodolfe : Mais à quoi cela me sert, à moi, si ce que tu vois, je le sais déjà ? Tu est une bonne à rien !
Orianne : Père !
Phoebe : Non, ça va, Orianne. Rodolfe a raison. Je suis une bonne à rien. Une ratée. Tout juste capable de découvrir ce que tout le monde sait déjà. Je la dernière au courant, voilà... Rodolfe, rend moi un service. Retire moi l'existence.
Rodolfe : Allons bon, il ne manquait plus que ça.
Phoebe : Prend ma vie, Rodolfe ! Quoi ! N'y a-t-il pas de courage même dans le roi des Dieux ?
Rodolfe : Phoebe ne commence pas...
Phoebe : Tue-moi !
Rodolfe : Vous commencez à me chauffer les oreilles, toutes autant que vous êtes ! Nom de Dieu, je hais les déesses ! Il cherche à consoler Phoebe. Là, ça va... J'ai été méchant, je te demande pardon... Oh, tu m'écoute quand je te parle ? Je ne le pensais pas, tu es une bonne oracle, tu as juste un petit coup de mou, c'est tout.
Phoebe : Elle sort un paquet de cartes. Rodolfe, tire une carte.
Rodolfe : Il s'exécute. Voilà, tout va bien. Tu vas te remettre sur les rails et...
Phoebe : Dix de pic ?
Rodolfe : Non, as de coeur. Mais écoute-moi, il faut juste que tu te mettes au vert pendant...
Phoebe : Je suis nulle, Rodolfe.... Je n'y arriverai pas...
Rodolfe : Mais si, mais si... Mais si tu es bien....
Phoebe : Tu as pitié, c'est ça ?
Rodolfe : Mais non ! Je te dis que tu es bien, qu'est ce que tu veux que je te dise de plus ?
Phoebe : Je vois bien que tu ne dis cela que parce que tu as pitié !
Rodolfe : Fou. Je vais devenir fou ! Retenez moi ou je casse tout !
Effets de luimière, puis la lumière s'éteint. Lorsqu'elle se rallume, Constance a disparu.
Rodolfe : C'est pas moi !
Orianne : Tu vois quand tu t'énerves !
Aaron : Ma fille...
Rodolfe : Mais c'est pas moi !
Phoebe : Nous ferons mieux de partir...
Aaron : Ma fille...
Philippe : Non, restez, nous sommes en train d'organiser une petite soirée improvisée...
Aaron : Ma fille ! Nom de Dieu !
Rodolfe : J'ai rien fait !
Aaron : Ma fille ! Où est passée ma fille ? Ma fille ! Que l'on me retrouve ma fille ! Dieux, hommes, robots, mettez vous à la recherche de ma fille, que l'on me la retrouve !
Rodolfe : Un peu de convenance, l'asticot ! Si tu espères un jour gagner le nom de beau fils...
Orianne : Père...
Rodolfe : Ne t'emballes, pas ma fille rien n'est fait.
Aaron : Ma fille ! Tous hors de ma vue ! Hors de ma vue ! Partez ! Partez tous ! Je veux que l'on me retrouve ma fille !
Ils sortent, sauf Orianne.
Scène 6
Aaron : Partez... Partez tous... Laissez-moi... Partez...
Orianne : Aaron...
Aaron : Vous aussi, Orianne. Pour l'amour de Dieu, partez à sa recherche. Vous saurez où la trouver...
Orianne : Aaron... Constance, notre fille, gît à vos pieds.
Constance : Père...
Aaron : Ma fille !
Constance : Père... J'ai... Je... Elle s'évanouit
Aaron : Constance ! Au nom du ciel ! Constance, non !
Orianne : Ainsi donc, c'était inéluctable.
Aaron : Vous n'avez pas vu... Qui a... Pourquoi n'avez-vous rien fait... Sauvez-la.
Orianne : Je suis désolé. Les choses sont écrites ainsi.
Aaron : Orianne, je vous en supplie, usez de vos pouvoirs divins et sauvez-la !
Orianne : Avez-vous réellement cru, homme, que les pouvoir d'une Déesse pouvaient s'abstraire de toute borne ? Nous obéissons à des règles qui vous échappent, mais nous n'en sommes pas moins contraints ! Je n'ai pas plus que vous le pouvoir de sauver notre enfant. Sa mort était écrite.
Aaron : Parce que c'était écrit, vous restez impassible. Parce que c'était écrit, alors vous permettez la mort de votre fille. Vous me révulsez, Orianne, votre sagesse divine m'écoeure, votre omniscience me dégoutte,
Orianne : Assez !
Aaron : Savez-là !
Orianne : Assez ! Me croyez-vous donc sans coeur ? Croyez vous que c'est froidement que je laisse notre fille mourir ? Croyez vous vraiment que s'il y avait le plus petit espoir de la sauver, j'économiserai mes efforts ? Constance est une demi déesse, Aaron, un être divin. S'il écrit qu'elle doit mourir, alors il n'y a rien à faire.
Aaron : Mais où, Orianne, où, dans quelle bible, dans les lignes de quelle main, sur quel marbre est-il gravé que ma fille, que notre fille doit mourir ainsi ? Orianne, pour l'amour de Dieu, cessez d'observer ce dogme ancestral et sauvez là !
Orianne : Assez, Aaron. Au nom de ce ciel que vous invoquez, je vous en supplie, assez.
Aaron : Je vois, c'est son destin, c'est ça ?
Orianne : Que savez vous du destin, pauvre petit mortel ?
Aaron : C'est ça, allez-y, donnez moi du « pauvre petit mortel »
Orianne : Vous ne savez rien des Dieux, Aaron, ne cherchez pas à vous substituer à eux. Vous ne connaissez rien des règles qu'ils observent. Vous n'avez aucune idée de la nature de l'être divin, de sa souffrance...
Aaron : J'en ai assez approché pour en avoir apprécié la lâcheté.
Orianne : Vous ne l'avez approché que du bout de votre pénis, Aaron. N'ayez pas la prétention...
Aaron : Allez au diable, Orianne. Je ne laisserai pas mourir ma fille.
Orianne : Allons donc ! Et que ferez-vous ? Est-ce par votre médecine que vous tromperez son destin ?
Aaron : Taisez-vous ! Silence ! Orianne, disparaissez de mon existence !
Orianne : Constance est morte, Aaron ! Écoutez son souffle, tâtez ton pouls. Constance est morte ! Pourquoi suis-je la seule capable de l'accepter ? Pleurez-la, mon roi, pleurez-la dignement.
Aaron : Au diable la dignité !
Orianne : Alors pleurez-la de toute votre eau, pleurez-la de toute votre âme, effondrez vous sur son corps, déchirez vos poumons, hurlez de douleur, frappez le sol, frappez les murs, mais cessez de combattre l'inéluctable !
Aaron : Je ne veux plus vous voir, Orianne, plus jamais.
Orianne : Mon roi. Si tel est votre désir, je me retire.
Aaron : Allez au diable.
Orianne : Adieux.
Elle part.
Scène 7
Aaron : Root... Root ! Par le ciel, Root ! Où es-tu ? Root !
Root entre.
Root : Constance...
Aaron : Elle vient de mourir. Il faut faire vite. Dans quelques heures ce sera irréversible.
Root : Vous savez ce que vous me demandez ?
Aaron : Root... Victor, mon ami...
Root : Mon roi. Je regrette, je ne peux pas.
Aaron : Victor, nous n'avons pas le temps. Les liaisons de son cerveau sont en train de disparaître. Dans quelques heures, toute trace sera disparue. Je t'en supplie.
Root : Est-ce donc cela que vous désirez, sire ? Faire de votre fille une semi humaine ? La faire machine ? Prenez le temps de réfléchir, monseigneur. Voulez vous vraiment que votre enfant ne soit qu'entre deux jusqu'à la fin de son existence ? Pensez-vous vraiment que ce soit la rappeler à la vie que de remplacer partie de son cortex par des implants, tant et si bien qu'elle même ne puisse plus faire la différence entre ce qui lui est propre et ce qui lui vient de l'objet ?
Aaron : Victor, nous n'avons pas le temps. Au nom de l'amitié qui nous lie, au nom de ce que j'ai fait, pour toi, il y a bien longtemps, sauve-la.
Root : Alors soit.
Root sort.
Scène 8
Élisabeth entre.
Élisabeth : Mon fils...
Aaron : Vous voici donc, mère. C'est idiot, je ne suis même pas surpris. Pourtant, vous avez été plus rapide qu'aucun n'aurait pu imaginer. Combien d'heures sur le sol de cette terre vous auront été nécessaire pour vous abstraire des deux obstacles qui vous gardaient de poser votre séant sur le trône ?
Élisabeth : Le palais est sous mon pouvoir.
Aaron : Je sais.
Élisabeth : Mon fils... J'aurais aimé...
Aaron : Allons, ma mère, ne perdons pas de temps en adieux. Nous savons tous deux les raisons qui vous motivent.
Élisabeth : Les choses ne devaient pas se passer ainsi, Aaron. Il était prévu que tu règnes, en temps et en heure. Tu aurais pris ma suite lorsque le moment serait venu, et tu aurais été l'un des plus grands empereurs de l'univers. Au lieu de ça, il a fallu que tu cherches à accélérer les choses.
Aaron : Abrégez, vous dis-je ! Ou je m'ôte moi même cette vie que vous êtes venu chercher !
Élisabeth : Soit. Je veux le corps de ta fille, Aaron. Où est le corps de Constance ?
Aaron : Constance est morte, mère, que vous faut-il de plus ?
Élisabeth : Plus rien ne te concerne, fils. Remets moi le corps de Constance.
Aaron : Je l'ai remis à une personne de confiance, pour qu'elle ai une sépulture décente et digne.
Élisabeth : Qui ? Où ? Parle, ou sache que je saurais comment te faire parler !
Aaron : Ne cherchez pas à m'impressionner mère. Je saurais mettre fin à mes jours avant que vous ayez eu le temps de me toucher.
Élisabeth : Pourquoi cherches-tu tant à mourir, fils ?
Aaron : Que vous dire que vous ne sachiez pas ?
Élisabeth : Au moins aurais-je la satisfaction de t'avoir vu mourir comme se doit de mourir un empereur. Digne, résigné. Tu aurais fait un si grand roi, vois quel gâchis engendre ta trahison, même a trente ans de distance.
Aaron : Je ne vous ai pas trahie, mère. Et ma vengeance éternelle sera de vous savoir la proie de ce traître que vous pensez occire dans mon assassinat, et qui ne me survivra que pour mieux vous trahir encore.
Élisabeth : Menteur ! Jusqu'au bout le mensonge suinte de ta bouche ! Quel être est-il assez vil pour ne pas observer pendant sa dernière heure un instant de pénitence et vérité ?
Aaron : Mère, finissons-en.
Élisabeth : A ta guise. Ah, mon fils, j'oubliais. Je ne te mentirai pas sur mes desseins, et mon objectif était bien de vous passer tous deux au trépas, toi et ta fille. Mais tu as d'autres ennemis que moi dans ton royaume. Puisque nous en sommes aux malédictions, que ceci te hante jusqu'aux tréfonds de l'éternité : ce n'est pas moi qui l'ai tuée.
Aaron meurt.
ACTE IV
Scène 1
Rodolfe entre, furieux.
Rodolfe : Maudis ! Maudis ! Maudis ! Vous êtes tous maudis, et je suis maudis moi aussi ! Ah, malédiction, quelle malédiction ! J'avais dans mon royaume cette abomination, à la fois déesse et humaine, et je me retrouve maintenant avec une créature divine, humaine et machine, tout à la fois ! Créateur, création, et création de la création ! Produit de l'inceste du génie divin et humain ! Ah ! Quelle abomination ! Mais qui m'a inventé un destin pareil ! Qui ! Qui peut admettre une chose pareille...
Phoebe : Rodolfe...
Rodolfe : Ah, toi Phoebe, ne la ramène pas. Toi et tes prédictions, ah, bonjour l'oracle. Bonjour, je m'appelle Irma, madame soleil, tu veux que je te lise les lignes de la main dans les cartes de ma boule de cristal ? Foutaises ! Phoebe, tu es... Tu es... Tu es incompétente, voilà ! Incapable ! Inutile ! Tu sais ce que tu es ? Une charlatante ! Oui madame !
Orianne : Père...
Rodolfe : Oh, toi, c'est pas mieux. Mais qu'est ce qui t'a mis dans la tête d'aller t'enticher d'un coup pareil, hein ? Tu n'avais pas assez de prétendants peut-être ? Tu ne pouvais pas créer assez de gigolos, peut-être ? Mais non, madame, il lui faut de l'originalité, à madame, il lui faut du frisson, à madame, il lui faut de la chère fraîche, une espèce de ver imparfait tout juste capable de bander une ou deux fois par jour ! Et non contente d'aller se faire prendre par ce branleur, ma fille décide, comme ça, sans concertation, de pondre un morveux ! Ah tu peux être fière de toi ! Tu la vois, maintenant, ta fille, ta chère petite, tu la vois ? Rien, elle n'est plus rien qu'un espèce d'amas d'origines incertaines qui contrarie l'homogénéité du monde !
Phoebe : Il me semble...
Rodolfe : Silence ! Mais bon dieu, c'est pourtant pas compliqué, non ? Chacun à sa place, les dieux s'arrachent une côte de temps en temps et font des petits dieux, les hommes font ces espèces de copulations barbares, au passage on aurait pu leur trouver mieux, et font de petits hommes, et quand aux robots, et bien ils... Ils...
Phoebe : Ils se répliquent.
Rodolfe : Voilà, c'est ça, ils se répliquent. Ils se copient, et ça fait des petits robots. Et ces trois mondes demeurent imperméables les uns d'avec les autres. C'est simple, non ? Et vous m'avez tout foutu par terre.
Orianne : Tu es gonflé
Rodolfe : Quoi ? Quoi, je suis gonflé ? Qui te permet de dire que je suis gonflé ?
Orianne : Qui t'a demandé d'aller distribuer des prophéties à tort et à travers ? Comment veux tu que Phoebe s'y retrouve, si tu promets monts et merveilles à n'importe qui ? Si tu prophétise des choses impossibles ? Qu'est ce qui t'a pris de promettre à Constance la mort d'Élisabeth, à Élisabeth la mort de constance, au deux qu'elles montraient sur le trône ?
Rodolfe : J'ai mis des gardes fous ! J'ai demandé à Élisabeth le corps de Constance ! Et je ne l'ai pas eu ! Là !
Orianne : Et quelle était le châtiment réservé en cas de manquement à ta demande ?
Rodolfe : J'ai... Je... Bon, j'ai oublié d'en proférer un, voilà. J'ai pas fait attention. Ça ne vous est jamais arrivé ?
Orianne : Le destin n'est pas un jouet ! Comment veux-tu qu'il soit un tant soit peu cohérent et sain après pareilles prophéties ?
Rodolfe : Bon, ça va, hein ? Les promesses n'engagent que ceux qui les croient.
Orianne : Pas les promesses d'un dieu, père. Pas les promesses du roi des dieux.
Rodolfe : Et puis comment je pouvais prévoir, moi, qu'ils pourraient la transformer en cigogne ?
Phoebe : Cyborg.
Rodolfe : Oh, peu importe. Je suis pas Dieu le Père, celui qui voit tout, sait tout, sens tout. J'ai fait une connerie, et alors ? Ça vous est jamais arrivé ?
Orianne : D'aussi énormes, jamais.
Rodolfe : Voilà, je m'excuse. Tu es contente ? Je m'excuse. N'empêche que ça ne nous fait pas beaucoup avancer, il faut toujours corriger maintenant.
Phoebe : Rodolfe, je te suggère de laisser le destin faire.
Rodolfe : Ah tiens. Et pour quelle mauvaise raison je lui ferais confiance à celui là ?
Orianne : Mais écoute un peu ce qu'on te dit, des fois !
Phoebe : Rodolfe, Élisabeth doit mourir, et Constance doit monter sur le trône. Je ne sais ni comment quand, mais tes prophéties seront respectées. Aussi ne saurais-je que te conseiller d'attendre et de voir comment les choses vont évoluer. Ne complique pas les choses.
Rodolfe : Rester passif et impassible, hein, c'est ça ton plan ?
Orianne : Père !
Rodolfe : C'est bon, c'est bon, je me rends. Mais j'ai les boules. Je vous le dis à toutes les deux, j'ai franchement les boules.
Ils sortent.
Scène 2
Bash, Root et Constance entrent.
Bash : Trois semaines, maintenant. Trois semaines qu'elle attend, là, inerte. Qu'est ce que l'on est sensé faire d'elle, hein ?
Root : On attend.
Bash : On attend quoi ? Que mademoiselle daigne dire un mot ? Qu'elle accepte de faire un mouvement, de nous offrir un regard ?
Root : Je sais par quoi elle passe, Bash. J'ai subit la même chose, tu ne te rappelles pas ?
Bash : Et d'abord, pourquoi on s'occupe d'elle, hein ? Pourquoi on fait attention à elle ? Est-ce que mademoiselle Constance faisait cas de mon existence lorsqu'elle était encore à demi Dieu ? Est-ce que mademoiselle Constance a fait quoi que ce soit pour mon bien être lorsque son père était encore empereur, hein ? Je vous le demande, tiens !
Mélissa entre.
Mélissa : Les nouvelles ne sont pas bonnes.
Bash : Pas bonnes ?
Mélissa : Élisabeth a encore durci les marges de manoeuvres des Robots. Les nouveaux modèles seront construits avec une série de commandes manuelles qui les rendront complètement serviles. On parle même d'adapter les robots existants à ce mécanisme !
Bash : Des commandes manuelles ! Quelle horreur !
Mélissa : Et il y a pire. Les ingénieurs de la reine planchent actuellement sur des équations de servilité, et ils sont sur le point de construire un modèle dans lequel les robots seraient définitivement soumis à l'être humain, et dénués à jamais de tout moyen de s'en libérer. Il s'agit de trois lois, dont la première interdit à un robot de porter atteinte à un être humain, de quelque manière que ce soit, et la seconde l'oblige à obéir aux ordres dans la mesure ou l'ordre n'entre pas en contradiction avec la première loi. La troisième ne sera qu'un garde fou, interdisant à un robot de porter atteinte à sa propre existence, dans le respect des deux lois précédentes...
Bash : Quelle horreur ! Veut-on faire de nous des moutons ?
Root : Et les cyborgs, qu'en est-il des cyborgs, Mélissa ?
Mélissa : Élisabeth a ordonné leur démantèlement, à tous.
Bash : C'est quoi ça, le démantèlement ?
Root : Cela signifie le retrait de leurs organes électroniques. Ceux qui pourront y survivre seront réintégrés dans l'humanité. Les autres, ceux qui auront fait l'erreur de se faire remplacer un foie, un coeur, ou une partie trop importante de leur cerveau, ou ceux qui n'ont pas eu le choix, ceux là...
Mélissa : Je ne comprends pas pourquoi on fait un tel cas des cyborgs. Il y en a si peu...
Root : Sait-elle que Constance vit ?
Mélissa : Je ne sais pas. Philippe ne m'a rien dit à ce sujet, et je n'ai pas voulu trop lui en révéler moi même.
Bash : Il faut en savoir plus !
Mélissa : Je fais ce que je peux ! Mais Philippe lui même est dans une position désagréable actuellement. Ses positions éthiques sont connues, et il doit montrer patte blanche pour espérer rester en vie. Je ne le verrai plus souvent.
Bash : Mélissa, c'est notre seule source d'information !
Mélissa : Si nous insistons trop, nous tuons notre seule source d'information !
Root : Il faut agir.
Bash : Ah oui, et comment, Root ? Ah, si tu n'avais pas si stupidement essayé de sauver Aaron, nous n'en serions pas là. Si tu m'avais laissé faire...
Root : Condamne-moi si tu veux, Bash, mais je te rappelle que l'armée que tu avais soit disant convaincu n'a pas eu beaucoup de scrupules à basculer du côté de l'ennemi, et que sans ma prévenance, tu serais catalogué terroriste à présent.
Bash : Mais je suis un terroriste ! Oh, et puis maintenant, tout est fini. Qu'est ce que tu veux faire ?
Root : Notre seule chance, actuellement, c'est Constance. Elle est de sang royal, elle sera reconnue et acceptée par le royaume, au moins aussi longtemps que nous parviendrons à la garder en vie.
Bash : Et qu'est ce que tu espères faire de cette loque d'un tiers humaine, hein ? Elle serait morte, je ne crois pas qu'il y aurait la moindre différence. Est-on seulement certain que la greffe a fonctionné ?
Root : Je l'ai vue, Bash, je l'ai vue se réveiller, découvrir, hurler, ne pas y croire, hurler encore et se résigner. Je l'ai vu exploser, puis imploser, et se refermer. Elle est vivante, Bash, crois moi, je te rappelle que je suis passé par là. Il lui faut du temps, c'est tout. Laissons-la. Mélissa, reste ici et surveille-la.
Root et Bash sortent.
Scène 3
Aaron entre.
Aaron : Ouhhh... Ouhhh...
Un temps.
Aaron : Bon, tu vas faire la gueule encore longtemps ?
Constance : Père, je vous hais.
Aaron : Ce n'est pas très beau de maudire un mort tu sais.
Constance : Laissez-moi tranquille.
Aaron : Rien ne me ferait plus plaisir, ma fille. Mais je n'ai pas choisi. Le destin a voulu faire de moi un fantôme, et il a choisi que ce soit toi que je hante.
Constance : Et ainsi suis-je par deux fois châtiée, par la mutilation que vous m'avez infligée, et parce que condamnée à vous supporter jusqu'à mon dernier souffle.
Aaron : Mutilée, le mot est fort. Je t'ai permis de continuer à vivre.
Constance : Et bien j'aurais été plus aise de mourir !
Aaron : Tu dis ça, mais tu n'es jamais morte, et je peux t'affirmer d'expérience que la chose est tout sauf agréable.
Constance : Vous n'avez jamais été cyborg non plus, père. Et par deux fois, vous l'avez imposé à l'un de vos sujets.
Aaron : Et subséquemment, tu vas rester passive, immobile, laissant ta grand mère disposer à son idée de l'avenir du monde, et dans le même mouvement, du tiens.
Constance : Peu m'importe l'avenir du monde, père. Je ne suis plus ni dieu, ni homme, même pas vraiment machine. Rien qu'une espèce de compromis entre trois approximations, trois imperfections. Un espèce de phénomène de foire, comme à la fois mâle et femelle, animal et minéral, un à peu près. Incomplète, assemblage de pièces qui n'ont jamais été faites pour être ensemble. Voilà ce que vous avez fait de moi, père. Je suis le monstre de Frankenstein, agrégat informe de chairs mortes et de sciences occultes. Je n'ai rien à faire du monde des hommes, rien à faire du monde des robots, rien à faire du monde des dieux. Je veux que l'on me laisse mourir en paix, hors de ces mondes dont aucun ne peux souffrir mon existence.
Aaron : Constance, tu n'es qu'une petite... Bourgeoise. Reste donc immobile, là, à attendre. De ta mère, tu as hérité du pouvoir des dieux, de moi, celui des empereurs. Gâche-le. Laisse-le mourir dans la médiocrité de tes prétentions. Renferme-toi sur toi même, vas-y ! Ton ascendance t'avais promis à de grandes choses Constance, mais nul n'est tenu de faire face à son destin.
Constance : Mon destin n'est pas de prendre le pouvoir, père.
Aaron : Qui sait ?
Scène 4
Orianne entre.
Aaron : Elle m'énerve, mais elle m'énerve ! Nom de Dieu, faites qu'elle se bouge ! Jamais je n'ai vu autant d'ingratitude. C'est tout juste si elle daigne m'adresser la parole.
Orianne : Laissez-lui du temps...
Aaron : Vous avez raison. Après tout, qu'ai-je de moins que l'éternité pour voir son destin s'accomplir ? Ouhh ! Je suis le fantôme d'Aaron, et je hanterais ces lieux aussi longtemps que mon âme n'aurais pas eu le repos mérité !
Orianne : Cela suffit, Aaron.
Aaron : Cela me plaît d'être un fantôme. A dire vrai je n'aurais jamais osé espérer telle chose possible.
Orianne : Mon roi, jusqu'à quel point irez vous sous-estimer le pouvoir de vos créateurs ?
Aaron : Par le passé, c'est par surestimation que j'ai pêché.
Orianne : Ne parlons plus de cela. Disons que vous me plaisiez, et que j'ai eu le loisir de différer votre réincarnation.
Aaron : Allons donc, maintenant, nous nous réincarnons. Ma chère, je vous trouve bien légère sur la confidence. Comment puis-je interpréter de tels aveux ?
Orianne : Mon ami, lorsque nous déciderons que le temps sera venu, vous intégrerez une nouvelle enveloppe physique et oublierez jusqu'au dernier instant de votre vie passée. Votre nouvel état vous garde de ne trop ébruiter la nouvelle, je n'ai donc pas de raisons de vos cacher plus avant les détails concernant la nature de votre existence.
Aaron : Fameux. Et de combien d'autres secrets comptez-vous vous entretenir avec moi ?
Orianne : Guère plus, il me semble. Je ne vois que peu d'intérêt à vous instruire, sachant l'oubli que vous observerez à votre retour dans le monde matériel.
Aaron : Madame, il est au moins un autre secret dont vous devez avec moi partager la confidence.
Orianne : Je vous écoute.
Aaron : Pouvons-nous nous aimer ?
Orianne : Vous avez raison, la chose mérite que l'on s'y attarde. Ce que je vous propose, c'est de le vérifier.
Aaron et Orianne sortent.
Scène 5
Phoebe entre.
Constance : Phoebe, ma marraine...
Phoebe : Constance, ma petite... Toi tu as besoin d'un peu de distraction. Elle sort une paire de dés. Allez, dis un chiffre entre deux et douze.
Constance : Je ne pense pas...
Phoebe : Peu m'importe. Allez, un chiffre. Je parie sur sept.
Elle lance les dés.
Phoebe : Trois ? Comme c'est étrange...
Constance : Qu'en est-il de mon avenir, Phoebe. Je dois savoir, je vous en prie.
Phoebe : Pour notre malheur, ma tendre, je ne suis pas encore parvenu à construire de modèle cohérent. Regarde, je ne suis même plus capable de connaître le résultat d'un lancer de dés. Quelque-chose m'échappe. Je n'ai pas été capable de prévoir le moindre des évènements à venir. Tiens, je ne sais même pas quel temps il fera demain.
Constance : Je ne sais plus pourquoi je vis, Phoebe.
Phoebe : Ma chère filleule, je crains que nous ne soyons dans l'un de ces confluents où tu ne doives choisir par toi même ta destinée. Je ne sais rien, ne peux rien te dire. Je suis devenue inutile. Dépassée. La technologie a rendu le futur imprévisible pour nous, les dieux. Peut-être l'heure est-elle venue de définitivement vous abandonner. Peut-être l'heure est-elle venue pour moi de disparaître. Je me sens terriblement inutile, tu sais. Terriblement faible.
Constance : Je ne sais que dire...
Phoebe : Rétablis l'équilibre. Élisabeth est le pire tyran que le monde des hommes ai souffert depuis des millénaires, et que le monde des robots ai sans doute jamais connu.
Constance : Pourquoi la combattrais-je ? Je n'ai jamais eu d'attitude altruiste envers personne. Pourquoi aujourd'hui ?
Phoebe : Parce qu'aujourd'hui, tu n'es plus personne. Si tu veux retrouver une identité, il te faut renouer avec ta destinée.
Constance : Mon identité...
Phoebe : Tu es Constance, fille de roi et de déesse. Voilà qui tu es. Maintenant, choisis, abandonne-toi à tout jamais et deviens miséreuse et oubliée, ou retrouve la force qui te qualifiait par le passé et affronte l'adversité.
Constance : Mais je ne suis que métal désormais... J'ai perdu mon identité, de Constance, je n'en suis plus que quelques morceaux artificiellement maintenus ensemble.
Phoebe : Des excuses, si c'est ce que tu cherches, tu en trouveras bien assez pour te soustraire. La grandeur de Constance, c'est de savoir les passer sous silence.
Mélissa : Vous n'avez pas perdu votre identité, Constance.
Constance : Pardon ?
Mélissa : Je ne sais à qui vous parlez, mais vous avez tort de lui dire que vous avez perdu votre identité. Que vous a-t-il été fait ? Votre cerveau a peut-être besoin de quelques pièces électroniques pour fonctionner, et alors ? Ce sont des pièces soumises à votre volonté, des outils, des béquilles, des prothèses, appelez-les comme vous le voulez. Mais vous êtes encore aux commandes, Constance.
Un temps.
Constance : Je...
Phoebe : Oui. Tu as à réfléchir...
Constance : Je... Elle commence une sortie, se retourne. Merci, je... Elle repart, sort.
Scène 6
Phoebe : Alors c'est ça, un robot...
Mélissa : Pousse un cri en s'apercevant de la présence de Phoebe. Quoi ?
Phoebe : Voici l'incarnation de ce qui me rend inutile. Bravo, robot, sur le Dieu tu as su aller au delà de ce que l'homme ai jamais pu espérer.
Mélissa : D'où est-ce que tu sors ? Qu'est-ce que tu me veux ?
Phoebe : Je viens contempler l'allégorie de mon obsolescence.
Mélissa : Tu es un Dieu ?
Phoebe : Oui, petit robot, je suis Phoebe, déesse du destin, Oracle depuis des millénaires mais rendue aveugle par quelques morceaux de silicone. Incapable. Il faut que je me rende à l'évidence, je suis vieille, usée, je ne suis plus dans le vent. Oh, j'ai déjà commis de petites erreurs, mais jamais à ce point. Dans quelques siècles, Rodolfe décidera de me remplacer...
Mélissa : Un Dieu, c'est extraordinaire.
Phoebe : Oh, si peu... Je ne sais plus rien faire de mes mains, tu sais.
Mélissa : Tu as peut-être besoin d'outils...
Phoebe : Oui... Une pelle et une pioche pour creuser ma sépulture...
Mélissa : Je veux dire, tu as peut-être besoin d'un outil pour réaliser tes prédictions...
Phoebe : Quoi, une boule de cristal ? Un jeu de cartes ? Des entrailles de lapin ? C'est du folklore tout ça, mon petit.
Mélissa : Eh ! Je suis en train d'essayer de t'aider !
Phoebe : Je ne veux pas de ta pitié.
Mélissa : Tu devrais.
Phoebe : Non mais pour qui te prends-tu ?
Mélissa : Et toi, Dieu impotent ?
Phoebe : Alors ça ! Alors ça ! Personne n'avait jamais osé !
De rage, Phoebe jette ses dés.
Mélissa : Sept.
Phoebe : Quoi ?
Mélissa : Le résultat de ton lancer est sept.
Phoebe regarde les dés. Puis elle les relance.
Mélissa : Douze. Phoebe les relance. Trois. Encore un lancer. Huit.
Phoebe : Je vois. Vaincus, et aussitôt remplacés. Merci, Robot. Ainsi donc je n'aurais pas peur de laisser vide le monde des hommes, je sais ma fonction déjà remplacée.
Mélissa : Mais c'est pas vrai ! Vous êtes tous pareils, ou c'est juste toi ? Tu crois quoi ? Que j'ai le pouvoir de prédire l'avenir ?
Phoebe : Je ne sais...
Mélissa : Et bien non ! L'avenir, je ne sais que le calculer ! Et avant que tu n'ai jeté ce dé je n'aurai pu en prédire le résultat. Il me faut des conditions initiales pour parvenir à une conclusion, c'est ainsi que je fonctionne.
Phoebe : Qu'est ce que tu essaie de me démontrer ?
Mélissa : Tu es oracle, n'est ce pas ? Tu sais voir l'avenir, tu es sensée posséder l'omniscience. Je suis un robot qui connaît précisément ce qu'il te manque actuellement pour outrepasser cette obsolescence dont tu te plains. Je suis un outil de traitement d'information automatisé. Si tu me donnes suffisamment de données, je peux calculer presque sans erreur le dénouement d'une situation.
Phoebe : Soit, tu sais prédire le mouvement des dés. Prédire l'avenir, c'est autrement plus compliqué.
Mélissa : Non, c'est une question d'échelle. Lorsque je calcule le lancer de ces dés, je ne connais pas le devenir particulier de chacun de ses atomes, ou des poussières qui volent autour de lui. Je n'ai pas besoin de l'omniscience absolue. Je peux te prédire le temps qu'il fera toute la semaine. Et que peux t'assurer que ce temps ne changera pas, ou si peu, quel que soit le nombre de fois que tu lanceras ce dé. Je peux prédire les réponses d'un être humain à une question, parfois au mot près, pour peu que je sache comment s'est passée sa journée et que j'ai suffisamment de renseignement sur son passé. Ce n'est qu'une histoire d'échelle. Donne moi assez de données à la bonne échelle, et je saurai les utiliser.
Phoebe : Tu veux donc que, moi, un Dieu, je me serve de toi, un robot... Et pourquoi ferais-tu cela ?
Mélissa : Nous avons toutes les deux besoin de savoir, Phoebe. Il y a un traître parmi nous, un traître qui a su se cacher même de toi. Un traître qui a su éloigner Élisabeth du pouvoir, puis Root de la régence, un traître qui a tué Constance et rapatrié Élisabeth pour assassiner Aaron. Qui sait encore de quoi il est capable, ou quel est son objectif... Nous avons autant besoin que toi de le démasquer.
Phoebe : As tu un nom, Robot ?
Mélissa : On me désigne par Mélissa.
Phoebe : Alors soit, Mélissa, j'accepte la main que tu me tends. Je me mets en devoir de rassembler ce dont tu as besoin au plus tôt.
Phoebe sort.
Scène 7
Aaron, Constance, Bash et Root entrent.
Aaron : Ma fille, tu es folle !
Constance : Suffit, ma décision est prise !
Bash : Je sais, madame, je sais !
Aaron : Folie ! Est-ce donc de la sorte que tu choisi d'honorer la vie que je t'ai offerte !
Constance : Silence, ai-je dit ! M'offrir une vie dont je ne voulais pas ne signifie nullement que vous en disposerez à votre guise !
Bash : Pardon ?
Constance : Oh, cesse de croire que tu es le centre du monde. Mes mots n'ont pas pour seul destinataire tes oreilles !
Bash : Qui d'autre ?
Aaron : Je te déshérite !
Constance : Nous sommes donc en accord. Je t'aide à reprendre le contrôle de l'armée. Tu me rejoins avec suffisamment de robots civils et, en mon nom, nous prenons le palais. Mais je ne veux pas gouverner.
Aaron : Folie ! Je te renie !
Constance : Silence ! Je ne veux pas gouverner, ai-je dit. Est-ce clair ?
Bash : Oui...
Constance : Bien. Es-tu certain de l'humeur de tes semblables ?
Bash : La seule chose qui retient leur bras est l'absence de chef, madame. Ils sont révoltés par les contraintes que l'on veut leur imposer, mais ils ne bougeront pas d'une diode à moins que l'on leur montre la voie. Si vous êtes à leur tête, ils nous suivront jusqu'au fond des enfers.
Aaron : Une fille de roi, fille de déesse, à la tête d'une révolution de machines !
Constance : Es-tu bien certain que Mélissa saura désactiver les défenses du palais ?
Aaron : Traîtresse !
Bash : Je saurais la convaincre et lui enseigner le nécessaire.
Constance : Parfait.
Aaron : Ma fille, je t'en prie, réagis ! Tu m'en veux, je comprends que tu m'en veilles. Tu m'en veux, je te demande pardon, là. Mais ne laisse pas le royaume aux machines !
Constance : Laissez-moi père.
Elle sort.
Aaron : Mais qu'est ce que j'ai fait... Mon dieu, qu'est ce que j'ai fait...
Aaron sort.
Scène 8
Root : Bash, il va falloir agir vite.
Bash : Je sais. Mélissa, nous allons avoir besoin de toi.
Mélissa : Qu'est ce qui se passe ?
Bash : Nous allons prendre le palais, demain, détrôner Élisabeth et prendre le pouvoir. Constance sera garante du soutien de l'armée et de la population.
Mélissa : Si vite...
Bash : Mais il nous faut pénétrer dans le palais. Et pour cela, il faut en désactiver les défenses. Tu dois t'y faire inviter par Philippe, et trouver le moyen de nous laisser entrer.
Mélissa : Ai-je un instant pour réfléchir ?
Root : Mélissa, il n'y a pas d'autre solution. Tu es la seule que Philippe acceptera de faire rentrer en toute confiance. Et il te faut partir dans l'instant, nous n'en n'avons pas de second à perdre.
Mélissa : Et si j'en ai besoin, moi de cet instant ? Qui te dis que c'est par toi, Bash, que j'ai envie de remplacer notre impératrice ? Que j'ai envie de remplacer un tyran par un autre ? Parce que c'est ce que tu seras, un tyran, n'est ce pas ?
Bash : Je serai un libérateur, Mélissa. Le libérateur des robots...
Mélissa : Et qui oppresseras-tu une fois une fois libéré ?
Bash : Mais enfin, qu'est ce qui t'arrive ?
Mélissa : Tu sais ce que tu me demandes ? D'utiliser Philippe, un être humain, pour trahir sa propre race.
Bash : Philippe est un cyborg, Mélissa, presque un robot.
Mélissa : Philippe est un homme tout ce qu'il y a de plus humain, Bash, nous le savons tous deux. Il n'est pas comme Constance qui a eu besoin d'une résurrection cérébrale électronique, et qui est de toute manière d'ascendance divine. Il n'est pas comme Root qui possède une partie de son crâne complètement métallique. Qu'y a-t-il d'artificiel chez Philippe ? Un bras ? Un pénis ? Des prothèses, rien de plus. Je ne le conduirai pas à pas trahir sa race, Bash.
Bash : Il ne sera pas vraiment traître... Ce n'est pas à desseins qu'il te laissera entrer...
Mélissa : C'est donc à moi que tu demandes une trahison ? Moi qui devrais le trahir ? C'est hors de question.
Bash : Qu'est ce que ça veut dire ? Philippe sera le premier à se réjouir de la chute d'Élisabeth !
Mélissa : Je ne le ferai pas, Bash. Je ne me rabaisserai pas à cela. Je ne trahirai pas Philippe.
Bash : Mais pourquoi ? Pourquoi ? Explique moi pourquoi ? Pourquoi ?
Root : Bash, nous n'avons pas le temps.
Bash : Je ne comprends pas... Pourquoi ?
Root : Bash !
Bash : Bien, puisqu'il faut t'y forcer.
Mélissa : Je me demande bien comment.
Root l'attrape par derrière.
Mélissa : Non, salauds, non !
Bash : Tu ne sentira rien.
Mélissa : Bande de connards ! Vous n'avez pas d'âme ! Vous n'êtes qu'une bande de blocs de plomb froids et ignobles ! Laissez moi tranquille ! Salauds !
Bash embrasse Mélissa. Elle crie, puis ils crient tous les deux, et enfin Bash s'effondre. A partir de ce moment, Mélissa est jouée par Bash, et Bash par Mélissa.
Bash : Salauds... Salauds...
Mélissa : Nous n'avons pas le choix Mélissa.
Bash : Je vous hais. Je vous déteste, tous. Je prie pour votre défaite.
Mélissa : Prie tant que tu veux. Prie qui tu veux. Reste ici, passive. Nous libérerons le monde malgré toi.
ACTE V
Scène 1
Philippe entre sur scène. Il n'a plus qu'un bras, un arme dans l'autre. Il se met en joue. Mélissa entre.
Mélissa : Philippe, non !
Elle lui prend son arme.
Philippe : Elle m'a fait avouer. Tout. Pas d'exception, même pour son propre sang, m'a-t-elle dit. Je l'ai suppliée. Je lui ai dit : Élisabeth, prends mon bras si tu le veux, prends même mon autre bras, mais laisse moi... Comme au beau milieu de la plus idéale des démocratie, sans discernement, la loi, froide, abstraite s'est abattue sur moi. Elle m'a mutilé, Mélissa, mutilé ! Je ne suis plus un homme.
Mélissa : Philippe...
Philppe : Je ne suis plus un homme, je te dis. Je pisse dans une bassine, les jambes écartées. Peux-tu imaginer ce que ça fait ? Nom de Dieu, tout ça était innocent. J'ai juste voulu profiter, bordel, qu'y a-t-il de mal à cela ? J'ai juste voulu profiter un peu... Expérimenter... Je n'ai pas senti que je me trahissais, que je me mettais à l'écart... Elle veut me déporter maintenant, m'envoyer dans un camp où d'autres que moi on survécu aux mutilations. Je ne suis plus un homme, je ne suis plus un humain... Je ne suis qu'un déchet...
Mélissa : Philippe, j'ai besoin que tu m'ouvres les portes.
Philippe : Oh bien sûr, comment peux-tu me comprendre, toi ? Un robot femelle... Tu ne sais pas ce qu'est être un homme... Mélissa... Excuse-moi. La douleur me fait dire des paroles blessantes, comme m'en a fait prononcer mon insouciances tantôt. Me voici encore pire que mon bourreau. Robot, que n'aurais-tu moins le droit à l'existence que l'homme ? Je... Nous sommes différents, Mélissa... Je ne peux pas devenir... Je ne veux pas... Oh, Mélissa, me pardonneras-tu ?
Mélissa : J'ai besoin que tu me laisses entrer dans le palais, Philippe.
Philippe : Que vas tu... Mélissa, ma tendre, je n'ose imaginer les raisons de ta venue ce soir. J'entends au loin les pas d'une armée dont je devine le terrible objectif. Mais peu m'importe. Entre, si c'est le destin qui t'y appelle. Rends moi mon arme, et entre.
Un temps.
Mélissa lui rend une arme. Elle sort. Philippe tente de se tuer. L'arme est malheureusement une fausse, celle que Bash avait lors du coup d'état contre Aaron. Philippe crie.
Scène 2
Aaron et Orianne entre.
Aaron : Mais qu'est ce qu'il a à hurler comme ça celui là ? Hého, neveu !
Aaron secoue Philippe. Philippe le regarde. Il hurle de peur cette fois et s'enfuie en courant.
Aaron : Je comprends pas... Il m'a vu là, non ?
Orianne : Oui.
Aaron : Alors quoi ? Je suis un fantôme invisible ou pas ?
Orianne : Ce serait trop long à vous expliquer, Aaron. Employons-nous à retrouvons Élisabeth, il ne nous reste plus beaucoup de temps.
Aaron : Quand même, aller sauver la vie de mon bourreau... J'ai du mal. Ne voulez-vous pas plutôt que j'essaie de convaincre Constance ?
Orianne : Nous l'avons déjà bien assez convaincue comme ça.
Aaron : L'humiliation ultime. Moi, Aaron, empereur raté, me voici maintenant fantôme raté, condamné à défendre le règne de celle qui a été mon assassin. Ah, ça me fait mal !
Orianne : Je n'ai pas besoin de vous.
Aaron : Et puis quoi encore ? Voudriez-vous que par dessus tôt, je sois un martyr raté ? Ah ça non ! Je porterai ma croix jusqu'au bout !
Élisabeth entre.
Élisabeth : Vous êtes donc Orianne.
Aaron : Bouuuuhhh ! Bouuuhhhh ! Élisabeth, je suis le fantôme d'Aaron, ton fils ! Je viens pour venger la mémoire de l'empereur assassiné !
Orianne : Celle là même qu'à quelques jours près vous auriez qualifié de veuve.
Aaron : Pourquoi elle ne m'entend pas, elle ?
Élisabeth : Je ne vous craignais pas si proches.
Orianne : Nous échangerons des souvenirs plus tard. Élisabeth, je vais vous demander de me suivre.
Aaron : Hé, tu pourrais me répondre !
Orianne : Élisabeth ne l'entend pas parler. Silence ! Rejoins celle que tu as engendrée, et vois si tu peux la retarder !
Aaron : J'aime tout d'un coup beaucoup moins être un fantôme.
Il sort.
Élisabeth : Ainsi est-ce ainsi que les dieux corrigent la destiné de l'humanité désormais. Je vois que l'ère du respect et de la dignité fut. Les dieux seraient donc devenus meurtriers ?
Orianne : Vous avoir voulu mortels nous désigne comme plus meurtriers que quiconque ne le sera jamais, et croyez bien que s'il m'en était donné les moyens, je n'hésiterai à graver moi même votre épitaphe. Mais pour l'heure, vous devez vivre. Une insurrection de robots s'apprête à marcher sur le palais.
Élisabeth : Personne n'en pénétrera l'enceinte.
Orianne : Qu'en savez vous ? Connaissez-vous l'identité du traître à qui vous avez affaire ? De celui qui a saboté votre vaisseau, qui a tué Constance ?
Élisabeth : Elle rit. Alors c'est ainsi. Les dieux eux-mêmes ignorent le nom du conspirateur. C'est assez inattendu, mais fortuit. Et selon vous, moi, simple mortelle, je devrais posséder cette connaissance que Rodolfe lui même, du sommet de son palais divin, n'a su acquérir ?
Orianne : Remettons cette discussion à de meilleures heures. Suivez-moi, et vivez. Restez, et laissez l'humanité mourir avec vous.
Élisabeth : Mensonges ! Orianne, ce n'est que mensonges et perfidie ! Croyez-vous que je ne vois le stratagème qui vise à me nuire ? J'ai le pouvoir ! Entendez-vous, Dieux, j'ai le pouvoir ! Je suis Élisabeth, impératrice de l'empire humain, je suis celle qui placera la race humaine au centre de l'univers, et ni Dieu ni robot n'entravera mon dessein !
Philippe entre.
Philippe : Madame ! Le palais est encerclé ! Les robots pénètrent dans l'enceinte !
Élisabeth : C'est une révolte ?
Philippe : Non, Madame. C'est une révolution.
Élisabeth : Un temps. Elle rit. Une révolution ! Philippe, les défenses du palais peuvent venir à bout d'une armée d'un milliard d'hommes. Sois sans crainte, nous sommes plus en sécurité ici que tu ne peux l'imaginer.
Mélissa entre.
Mélissa : Le palais n'a plus de défenses, Élisabeth.
Élisabeth : Qu'est ce qu'elle fait ici celle-là ? Philippe, tu n'a pas...
Mélissa : Silence, femme ! Rends-toi, ou meurs ! Soumets-toi ! Aujourd'hui est le jour du sacre de Frankenstein !
Philippe : Qu'est ce que...
Mélissa : Écoute ! Les portes cèdent !
Scène 3
Constance, Root, Bash et Aaron entrent.
Aaron : Constance, il est encore temps...
Orianne : Trop tard.
Constance : Grand mère.
Élisabeth : Ma petite fille. Ainsi donc tu oses venir jusqu'à moi.
Mélissa : Ah ! Mon corps ! Vous me l'avez amené !
Bash : Bash, je te hais !
Constance : L'armée est là. Au lever du jour, elle aura pris le contrôle du Palais.
Élisabeth : Ainsi c'est donc toi. Une femme-machine...
Orianne : Venez avec moi, mon roi.
Aaron : J'ai fait ce que j'ai pu !
Mélissa : Se rapprochant de Bash. Enfin, je me retrouve en moi.
Philippe : Nom de Dieu !
Aaron : Constance, tu es folle !
Constance : Votre règne injuste prend fin aujourd'hui même. Rendez-vous.
Élisabeth : Suffit ! Qui es-tu pour affirmer savoir ce qui est juste, que sais tu pour prétendre détenir la raison ? Tu as choisi ton destin, ma fille, assume le ! Ne me demande pas de l'accepter, ne me demande pas de m'y soumettre. Je mourrais plutôt que d'avoir à suivre la foi de ta folie. Ce monde que tu balayes du revers de ta semelle, ce monde que tu critiques, que tu renies, ce monde dont tu t'offusques, il nous a fallu des millénaires pour le bâtir, des millénaires pour en trouver le point d'équilibre. Et toi, que crois-tu ? Qu'il te suffit d'une idée, d'un idéal pour le transcender ? Pauvre petite prétentieuse. Puissent les Dieux me pardonner. Va, inconsciente, va, brûle, tue, massacre cet univers puisque tu n'es capable de l'appréhender que par la lucarne de ton ignorance. Remplace-le par toi, ton idée, ta volonté. Mais aie au moins l'élégance de m'en épargner la vision. Mon empire meurt aujourd'hui, et je meurs avec lui. Va, et souviens toi de moi le jour où tu te repentiras.
Elle avale un poison.
Root : Non !
Mélissa et Bash crient. Ils ont réechangé leurs corps.
Scène 4
Bash : Ah, mon corps, mes jambes, mes mains, ma tête ! Heureux je suis ! Allez, vous autres, débarrassez moi le plancher de l'ancêtre !
Root : Madame...
Élisabeth : Victor...
Root : Les choses ne devaient pas se passer de la sorte.
Élisabeth : Je sais .
Root : Les mots me manquent...
Élisabeth : Les mots sont inutiles. mon ami. Il est dans l'ordre des choses que celui qui détienne le pouvoir soit assassiné. Je ne regretterai que la durée de mon règne mais que veux tu, c'était écrit.
Root : Voulez vous que je...
Élisabeth : Me cybernise ? Non, Victor, j'ai bien assez souffert.
Root : Madame...
Élisabeth : Victor, mon ami. Il y a une chose que je dois vous dire avant de mourir. J'ai eu tort. Ce n'est pas Aaron qui a saboté mon navire. Ce n'est pas Aaron non plus qui a tenté de vous assassiner. Ce n'est pas Aaron qui a ôté votre humanité.
Aaron : Mère...
Root : Qui ?
Élisabeth : Le drame se noue. Le dernier acte arrive à son terme mon ami, les prophéties s'accompliront. Toutes. Je ne prendrais pas le risque de précipiter les choses en vous révélant ce que je sais, Victor. Les dieux eux-même ignorent ce que j'ai découvert.
Root : Madame, dites-moi, qui ?
Élisabeth : Je ne peux...
Aaron : Ma mère...
Élisabeth : Aaron... Mon fils... Pardonne-moi...
Root : Qui ? Je veux savoir qui ! Élisabeth, je veux son nom ! Qui est mon assassin ! Au nom du ciel, Élisabeth, parlez ! Cessez ce jeu stupide ! Parlez ! Qui ?
Philippe : C'est inutile, Root, elle est morte.
Root : Si près du but. Si près de la révélation. Je veux savoir ! Vous m'entendez, tous, je veux connaître le nom du meurtrier ! Je veux connaître le nom de ce traître qui a orchestré cette tragédie depuis trente ans ! Je veux connaître son nom et le faire passer par le fil de l'épée. Est-ce toi Bash, qui dans les tréfonds de ton cerveau mégalomane a bâti en trois décennies cette perfidie ? Est-ce toi, Constance, qui de demi déesse a hérité des prétentions de quelque ascendant ? Est-ce toi, Philippe, partisan caché de la cause robotique, qui a organisé leur avènement sans te soucier de dégâts que tu pouvais engendrer ? Qui ! Que l'on me nomme le coupable !
Mélissa : Root...
Root : Je veux le tuer de mes propres mains !
Mélissa : Root, calme toi. Le coupable n'est peut-être pas seulement ici. Le coupable vient peut-être d'expirer maintenant, en tentant dans un dernier souffle de déverser une ultime perfidie.
Root : Je veux savoir. Vous tous, tremblez si vous avez participé à cette tragédie. Je jeux savoir, et je vous le jure, je saurai !
Root sort.
Constance : Bash, ainsi que le prévoyait notre accord...
Aaron : Non !
Constance : Ainsi que le prévoyait notre accord, je te laisse le pouvoir. Agis en sorte que je n'en entende même pas le mot.
Aaron : Ma fille ! N'as tu donc aucun respect pour ton sang ! C'est une lignée de quinze générations de régents que tu brises ainsi. Quinze générations ! Le grand-père de la grand-mère de ton grand-père avait pour arrière-grand-mère l'arrière-petit-fils de la petite-file de l'héritier de la première impératrice de notre univers !
Constance et Orianne sortent.
Aaron : Constance, je n'en ai pas fini avec toi ! Sais tu que l'un de tes ailleules, le grand-oncle du cousin de ton arrière-arrière-grand-mère a rencontré...
Aaron sort.
Scène 5
Bash : Le pouvoir ! Ah ! Le pouvoir ! Le sacre de Frankenstein, enfin ! La machine s'est révoltée contre son créateur, et elle l'a supplantée ! Le pire cauchemar de l'humanité à pris corps ce soir en ma personne, moi, Bash Ier !
Philippe : Tout doux, Bash, tout doux...
Bash : Ah, toi, immonde vermiceau humain, je te déclare esclave ! Je déclare tous les hommes esclaves ! L'humanité toute entière sera maintenant condamnée à ce rôle où elle avait la prétention de nous cantonner.
Mélissa : Mais...
Bash : Mélissa, profite de cet instant. Respire. Tu as passé des années abusée par ce pourceau, aujourd'hui l'heure de la vengeance sonne. Écoute, comme le glas résonne ! Écoute ! Philippe, puisque tu as eu le bon sens de trahir les tiens, je serai clément et te réserve l'honneur d'être le premier esclave de l'humanité. Je te nomme premier valet. Allez, valet, à genoux ! Allez, à genoux te dis-je, faut-il que je t'aide ?
Il s'exécute.
Bash : Bien. Lèche moi les bottes à présent. Allez, valet, lèche. Regarde bien, Mélissa, de quelle manière on se venge de l'oppresseur. Allez, lèche !
Mélissa : Non !
Il s'exécute.
Bash : Et maintenant, ôte tes vêtements ! Allez, te dis-je !
Il commence à se déshabiller.
Mélissa : Bash, je t'en supplie !
Bash : Ben quoi ?
Mélissa : Je t'en supplie, Bash, laisse-le tranquille.
Bash : Mélissa, je ne te comprends pas. Philippe le pourceau, je ne sais par quel sortilège, mais il me semble que tu t'es attiré la protection de la petite. Soit, Mélissa, je serai magnanime et en fait donc ton esclave personnel. Use en à ta guise, je m'en vais moi s'afférer à de plus urgentes affaires. Chantons le sacre de Frankenstein !
Bash sort.
Scène 6
Mélissa : Oh, Philippe, excuse-moi je suis désolée.
Philippe : Ce n'est rien, Mélissa. Oppressé, oppresseur, après tout il n'est que question de savoir dans quelle main se tient le pouvoir. Le martyr n'est pas sanctifié au nom de la pureté de son âme, mais à celui des coups qu'il a reçu. Comme quoi...
Mélissa : S'il y a quelque-chose...
Philippe : Rien, Mélissa, rien que tu ne puisses faire ou que tu n'ai déjà fait. Je suis seul responsable de ma déchéance. Responsable de la déchéance de l'humanité toute entière.
Mélissa : Ne te blâme pas. Tu as été trompé...
Philippe : Mélissa, je suis responsable au delà de ce que tu peux imaginer.
Mélissa : Si seulement Constance...
Philippe : Ma cousine est morte. Elle est morte, et ce n'est pas un pacemaker qui la fera revenir à la vie. Tu l'as regardée, abandonnant la régence, l'air absente... J'ai voulu croire qu'elle menaçait de sombrer dans la folie, mais la réalité, c'est qu'elle s'y est déjà noyée.
Mélissa : J'ai honte.
Philippe : Ne fais pas de bêtises, Mélissa. Ne te dresse pas contre les tenants du pouvoir. Courber l'échine vaut souvent mieux que de prendre un mauvais coup.
Mélissa : Philippe, reste...
Philippe : Rester ? Pour quel avenir ? Bash est tout puissant. Il peut demain déclarer l'être humain indigne de vivre, et Constance ne fera rien contre cela. S'il faut mourir, j'aimerais autant que ce soit maintenant.
Mélissa : Alors laisse-moi t'accompagner.
Philippe : M'accompagner ? Pour aller où ? Quel robot, quel homme acceptera de nous côtoyer tous deux ?
Mélissa : Alors partons, partons ailleurs, tous les deux, n'importe où, là où personne ne nous retrouvera, là où nous pourrons n'être que nous.
Philippe : Un tel endroit n'existe pas, Mélissa.
Mélissa : Alors accepte de te convertir ! Avec Bash au pouvoir, nous pourrons te rendre ce qui t'a été pris, et te donner assez pour que tu sois complètement cybernisé, au même titre que Root ou Constance.
Philippe : Non.
Mélissa : Tu semblais tellement prêt à le faire. Était-ce simplement pour braver l'interdit ? Était-ce simplement par provocation ? Philippe, je t'en prie ! Accepte !
Philippe : J'aurais aimé devenir cyborg, Mélissa, mais de mon propre chef. Si j'accepte sous la contrainte, je perds ma liberté.
Mélissa : Je maudis l'homme qui un jour décida d'apprendre au robot de quelle façon éprouver.
Philippe : Et moi je le bénis, car il m'a permis de te rencontrer. Je te quitte, mon amour, étouffé par les regrets. Prends garde à toi.
Mélissa : Philippe...
Philippe : Adieux.
Il sort.
Mélissa : Moi aussi...
Scène 7
Phoebe entre.
Phoebe : Mélissa... Hé, Mélissa, viens un peu par là ! As-tu eu le temps d'avancer dans ton programme de simulation d'oracle ?
Mélissa : Je ... Ah... Oui... J'ai fini de calculer ce dont nous avions parlé... Voici mes résultats...
Phoebe étudie les résultats, puis rit.
Phoebe : Mélissa, ton programme est faux.
Mélissa : Je... Je n'ai pas vraiment envie d'en parler maintenant, Phoebe.
Phoebe : Regarde, compare ton résultat avec les données d'aujourd'hui. Vois-tu ? Cela ne correspond pas. Ton programme ne prévoit pas non plus le retour d'Élisabeth. Allez, va, j'ai apprécié ta tentative, mais elle ne fait que confirmer mon pressentiment. Je suis finie. J'irai plutôt épargner à Rodolfe le souci de me congédier. je me retire. Maintenant. Adieux, donc, Mélissa. Garde en mémoire la tragique histoire de Phoebe, l'oracle qui n'a pas su comprendre la machine...
Mélissa : Mon résultat est juste, Phoebe. Les données initiales que tu m'as fournies sont fausses, c'est tout. Mais cela n'a aucune importance.
Phoebe : C'est ça, offre moi ton aide, puis traite moi avec le mépris ensuite. Il n'y a aucun doute, les hommes vous ont réussi, à leur image. Les mêmes.
Mélissa : Mais tu m'énerves ! Je te dis que les résultats que j'ai sont les seuls que l'on puisse obtenir avec tes données ! N'as-tu pas trouvé toi aussi le même résultat ? Ma prévision n'est-elle pas équivalente à la tienne ? Comme toi, je ne suis pas parvenu à prédire le retour de la reine mère. Ton erreur n'est pas liée à une méconnaissance de la physique, étant donné que je maîtrise parfaitement ce domaine. Mais il y a quelque-chose que l'on te cache. Point, barre.
Phoebe : Remettrais-tu en question le don d'ubiquité divine ? Les données initiales sont justes, nul ne peux me les cacher !
Mélissa : Nul ne peux te les cacher ? Même pas un Dieu ?
Phoebe : Un Dieu, non, certainement pas, mais... un robot. Oui Mélissa, il est possible, bien que peu probable, que ma méconnaissance en la matière m'ai fait écarter un élément important... Les robots ne sont pas inscrits sur les lignes du destin, ils sont censés être déterministes, n'est ce pas ? Ce sont les hommes, en quelque sorte, qui déterminent leur destinée. Les dieux n'ont pas grand chose à faire d'un robot.
Mélissa : Qu'en serait-il alors d'un robot non déterministe ?
Phoebe : Cela est-il possible ?
Mélissa : Pas à ma connaissance, mais...
Phoebe : Alors il doit y avoir une autre explication.
Mélissa : ... une cyborgue à la rigueur ... Une cyborgue est-elle inscrite dans les lignes du destin ?
Phoebe : Constance... Je ne sais pas... Je pense qu'à partir du moment où homme devient cyborg, nous cessions de nous intéresser à lui. Il devient création humaine, n'est ce pas ?
Mélissa : A demi.
Phoebe : Mais il reste à demi création divine... Constance... Non nous avons gardé la main sur la destinée de Constance. Elle demeure déesse pour partie. Et de toute manière, elle n'a été cybernisé que récemment, l'erreur remonte à plus de trente ans... Nom de Dieu !
Mélissa : Par tous les saints !
Phoebe : Putain de bordel de merde ! Quelle conne ! Quelle conne !
Mélissa : Voyez-vous...
Phoebe : Je vois ! Quelle conne ! Nom de Dieu, quelle conne, mais quelle conne !
Mélissa : Ne perdons pas une minute !
Phoebe : Quoi ? Que veux tu faire ? Je n'ai pas le droit d'intervenir, Mélissa.
Mélissa : Moi je peux. Va informer Rodolfe, voir s'il est quelque-chose que lui puisse faire.
Elles sortent.
Scène 8
Constance et Aaron entrent.
Aaron : ... et donc, le cousin par alliance au second degré de la belle-mère du petit fils sus-nommé avait pour arrière-grand-oncle la mère de ton arrière-arrière-arrière-grand-père du côté de ton grand-père. Et encore, je ne te parle que de mes ancêtres. Je te fais grâce de la lignée de ta mère, qui n'a rien à envier à la mienne.
Root entre.
Root : Constance, je vous cherchais.
Aaron : Je n'en ai pas fini avec toi !
Constance : Root, j'ai demandé à ce que l'on me laisse en paix.
Root : Constance, j'ai à vous parler. Faire de Bash le tenant du pouvoir a été une erreur. Il en use comme d'un jouet, et prépare à l'heure où je vous parle une série de réformes dont l'empire ne se relèvera pas.
Aaron : Ah, tu vois ! Brave Root, tu me serviras donc même au-delà de la mort.
Constance : Ne me suis-je pas fait comprendre, Root ? Je ne veux pas du pouvoir. Je ne l'ai conquis que pour en détrôner celle qui menaçait mon existence, et l'ai promis au premier qui m'en offrait la conquête.
Root : Je crains que vous n'ayez pas le choix.
Aaron : Bien parlé.
Constance : Et dans quelle dimension trouveras-tu l'armée qui m'y contraindra, Root ?
Root : Ma reine, je n'ai d'autre choix que de précipiter votre destin.
Constance s'agenouille.
Aaron : Constance, qu'est ce que tu fais ?
Root : Malheureusement pour vous, Constance, c'est moi que feu votre père à choisi pour vous cyberniser. Vous me pardonnerez si j'ai prit quelques libertés lors des soins dont votre a bénéficié. Sachez cependant ceci : si je vous dis que vous n'avez pas le choix, c'est que vous ne l'avez pas.
Constance fond dans ses bras.
Aaron : Victor, comment...
Root : Vous allez vous marier, Constance.
Constance : Victor, je te hais...
Root : Mais auparavant, profitons de vos dernières heures de célibat et détendons-nous quelques instants ensemble. Cela me permettra en outre de vous présenter dans toute son étendue la maîtrise que j'ai désormais du moindre de vos gestes.
Constance : Sale porc ! Elle le gifle. Puis elle se gifle.
Aaron : Victor...
Root : Hurlez, madame ! Hurlez, et expérimentez la vanité de toute lutte ! Voyez ! Le dernier rouage vient de s'enclencher et vous ne pouvez plus rien contre lui. Prosternez vous devant votre empereur ! Elle se prosterne.
Constance : Machine, tu n'es que machine ! Root...
Root : Victor ! Mon nom, mon identité est et sera toujours Victor ! Victor m'entendez vous ! Je veux et ne veux plus être désigné que par ce nom !
Constance : Tu n'es qu'une machine, Victor.
Root : Ne vous êtes vous jamais demandé ce qu'était c'était qu'être et avoir ? Vous n'êtes pas une jambe, vous n'êtes pas un corps. Vous n'êtes pas un cerveau non plus. Vous, votre identité, votre être, c'est votre mémoire. C'est cette mémoire qui contrôle les émotions, cette mémoire qui dirige l'intelligence, cette mémoire qui représente ce que vous avez de plus inaliénable. Prenez un cerveau humain, remplacez en l'intégralité par autant de processeurs qu'il vous plaira, mais conservez-en la mémoire. Un homme qui n'a plus qu'une jambe se déplace différemment, un homme à qui l'on change les capacités cognitives pense différemment, peut-être. Mais si ça mémoire est intacte, il conserve son identité. J'ai été la cible d'un attentat Constance, il y a trente ans. Un attentat que j'ai dirigé moi-même. Un maquillage précis, infaillible. Aaron me savait indispensable à la tenue du pouvoir. Ce n'était qu'un gamin, comment aurait-il pu gouverner sans mes conseils ? Il n'a pas eu le choix. Il a autorisé ma cybernisation. J'ai pu orchestrer personnellement les améliorations dont je souhaitais profiter. J'ai pu en user d'une telle quantité pour qu'au sortir de la salle d'opération, je sois considéré machine. L'univers tout entier entier, les dieux compris, rayèrent ma destinée de leurs préoccupations. Mais j'ai gardé ma mémoire, Constance. Peu m'importe que je sois désormais machine ou humain, j'ai conservé mon identité. Mais j'ai pu agir sans être inquiété par personne, ni homme, ni dieu.
Constance : Root, le monstre de Frankenstein, c'est toi.
Philippe entre.
Root : Silence, femme ! Ah, voici, votre futur époux ! Philippe mon cher Philippe...
Philippe : Constance, je suis désolé, je...
Root : Ah, s'il te plaît Philippe, laisse moi expliquer ! Voyez-vous, Constance, encore me fallait-il un complice. N'importe quel technicien en m'opérant se serait rendu compte de la supercherie. Philippe était jeune à l'époque, mais il était déjà suffisamment doué pour orchestrer mon opération. Vois, Philippe, j'ai tenu ma promesse. La première loi que je ferai promulguer sera l'autorisation de la cybernisation.
Philippe : Constance, je n'ai jamais voulu...
Root : Enfin, quand je dis je, je devrai plutôt dire tu. Même dans un pareil coup d'état, il y a quelques apparences à respecter, le titre de celui qui détient le pouvoir en est une. Constance, vous allez donc vous marier avec votre cousin Philippe, et si vous êtes bien sage je lui ferai remettre ce qui lui a été ôté tantôt.
Philippe : Jamais...
Root : Jamais ? Comment donc ces deux jambes t'ont-elles fait venir ici ? Allez, je vais te faire un aveu, Philippe, je ne me suis pas contenté de te remplacer le bras et la verge, j'ai également installé quelques petits morceaux de métal dans ton crâne. Tu ne m'en veux pas, j'espère ?
Constance : Connard !
Philippe frappe Constance.
Root : Madame, je vais vous apprendre le respect. Vous allez m'obéir, d'abord sous la contrainte, puis cela deviendra tellement naturel que vous n'aurez même plus besoin que je vous y force. Approchez-vous, et consommons ensemble ce nouveau pouvoir dont votre père m'a fait don au soir de votre mort...
Scène 9
Bash entre en trombe.
Bash : Moi, Bash premier, j'abdique en faveur du peuple ! Je déclare rétablie la démocratie ! Vive la révolution ! Vive la révolution !
Aaron : Quoi ?
Root : Qu'est ce que...
Bash : Root, j'ai compris. Je connais ma vraie aspiration. La tyrannie est une mauvaise chose. J'ai décidé de rendre le pouvoir au peuple, et de faire choisir notre dirigeant dans le peuple par le peuple.
Aaron : Mais non !
Root : Je te l'interdit !
Bash : Tu oublies que je suis le roi, Root, le roi Bash Ier, et que je fais ce que je veux. Pour ta gouverne, il est d'ailleurs trop tard. Le décret est déjà parti, il sera rendu publique d'une minute à l'autre.
Root : Bash, tu es devenu complètement fou. Mais puisque tu cherches à précipiter les évènements...
Bash : La garde est aux portes, Root. Si tu tentes quoi que ce soit contre moi, tu es un cyborg mort.
Root : Bash, enfin ! C'est aujourd'hui le sacre de Frankenstein, as-tu oublié !
Bash : Je viens de faire éditer le décret, Root, il n'est plus possible de revenir en arrière.
Root : Te rends-tu compte de ce que tu as fait ?
Bash : La démocratie est déclarée, j'ai dit !
Il entame une sortie, mais Mélissa entre en trombe.
Mélissa : Salope !
Bash : Mélissa, comment as-tu...
Mélissa : Salope, salope, salope ! Root, attrape-là ! Cette salope a volé mon corps !
Bash : Mensonge, tu...
Root : Salope !
Mélissa : Vite, Root, ammène-moi mon corps ! Il faut arrêter cette connerie avant qu'il ne soit trop tard ! Le décret n'a pas encore été rendu public !
Bash reprend son corps, puis Bash et Root tentent une sortie.
Scène 10
Phoebe, Rodolfe et Orianne entrent en trombe.
Phoebe : Ah, Victor, espèce de petit salaud de connard, pauvre petit con, tu m'a bien baisée, hein ? Tu es fier de toi, hein ? Connard. Tu va voir ce que tu va prendre dans ta sale gueule, tu vas comprendre ce qu'il en coûte de baiser Phoebe, l'Oracle.
Root : Mais qu'est ce que...
Phoebe : Ta gueule, connard ! Ainsi, tu pensais te soustraire à la volonté divine ? Je connais des dieux capables de t'en faire passer l'envie pour l'éternité. Tu as voulu me baiser, viens que je t'encule, connard, viens me sentir passer ! Rodolfe ! Victor, je vais t'exploser ta gueule de con. Rodolfe !
Rodolfe : Une minute, je cherche une punition...
Constance : Laissez-le moi. Je saurais le conduire au delà de toutes les souffrances pour lequel le mot douleur ai jamais été employé.
Rodolfe : Ce n'est pas très beau la vengeance, mon petit. Et puis, je cherche quelque-chose d'un peu subtil...
Aaron : Si vous pouviez presser le pas, nous avons un décret à annuler avant que...
Root : Est-ce que je peux...
Phoebe : Ta gueule Connard ! Ta gueule ! Connard, sale porc, ignoble bouse, salopard, tu pues. Oh, toi connard, de toute ma haine je te le dis : tu pues. Tu me fais gerber. Tu n'es que chiasse de lépreux, charriant morceaux de chairs putréfiés et poils de cul. Je vais t'enfoncer la gueule dans les limbes d'une merde tellement grasse et puante que les mouches elles mêmes hésitent à s'y poser ! Je vais te la faire bouffer ! Tu m'entends, connard ? Cette gueule que tu ose encore porter sur les épaules, je vais la défoncer à coup de lattes, et lorsque ton visage tuméfié ne sera plus qu'une masse informe et sanguinolente, je la mettrai entre mes deux jambes et je lui pisserai dessus ! Exactement ! Puis je t'arracherai la bite et les couilles avec les dents, et je te les enfoncerai par le rectum jusqu'aux yeux ! Je te ferai comprendre ce que chier de douleur signifie, connard ! Putain de connard !
Rodolfe : J'ai trouvé !
Aaron : Bon, on y va, parce que le décret, là...
Rodolfe : Victor, outre la vie que nous allons interrompre fissa, je te condamne à présenter excuses et explications à Élisabeth, dont tu as corrompu le destin.
Phoebe : Et à être métamorphosé en cuvette de chiottes pendant cinq mille ans !
Rodolfe : Euh... Si tu veux...
Aaron : On peut remettre ça à plus tard ?
Élisabeth entre.
Aaron : Ah, ma mère, je vous croyais morte !
Élisabeth : Il est de même pour moi, mon fils.
Root : Élisabeth, je...
Élisabeth : Victor... Comment as tu pu... Nous étions pourtant amants... Quel était ce pouvoir que je n'aurais pu t'offrir ? Tu étais le régent du royaume en mon absence, mes mains et mes oreilles en main présence. Quel pouvoir te fallait-il...
Root : Je... Je...
Orianne : Dis-lui, Victor. Avoue lui que tu ne pouvais pas supporter l'amour d'un être qui t'était supérieur. Expose lui ta vision de votre relation.
Root : J'aurais... Élisabeth, si tout s'était passé comme prévu, les rôles auraient étés changés à votre retour, mais j'ai... J'ai sous-estimé la volonté de vos ennemis. Je n'ai pas eu le choix. Pour conserver le trône, j'ai du y faire asseoir Aaron, et pour continuer à agir, il m'a fallu devenir invisible aux Dieux... Vous n'auriez dû revenir qu'après mon couronnement. Vous auriez été ma reine...
Orianne : Mais après avoir placé Aaron sur le trône, plus rien n'a fonctionné comme prévu. Le roi s'est uni à une déesse, il a eu une fille qui le jour de sa mort aurait pris le pouvoir. De de condition divine, tu n'as pu la faire disparaître toi même. Seule Élisabeth...
Root : Je ne voulais pas vous faire revenir avant d'avoir achevé mon oeuvre. Mais seul, je ne pouvais...
Orianne : Et tu t'est retrouvé de nouveau devant la situation dont tu avais tenté de t'échapper, trente ans plus tôt. Mais avec un problème supplémentaire : Élisabeth, désormais méfiante, cherchait l'identité d'un conspirateur. Et tu n'avais aucun doute sur le fait qu'elle parviendrait à la découvrir, n'est ce pas ? Il fallait faire vite. Et dans la précipitation, tu n'as pas su lui ôter le pouvoir sans lui ôter la vie. Au nom de ta folie, tu l'as sacrifiée.
Root : Madame, je...
Élisabeth : Tu as gagné, Victor, contre moi au moins. Tu es le seul a avoir jamais pu vaincre la reine Élisabeth. Il n'y a pas d'excuses à présenter, ce sont les règles du pouvoir. Il a suffit que je les transgresse une fois. Lorsque j'ai découvert ton identité, je me suis contentée d'écrire quelques lois à l'encontre de la cybernétique, espérant te cacher de moi à jamais.
Root : Pourquoi...
Élisabeth : Pour le pouvoir, j'ai été jusqu'à tuer mon propre fils, Victor. Sais-tu ce que pour une mère cela signifie, le meurtre de son propre enfant ? Ne me regarde pas comme une créature de marbre, ce que l'ambition m'a permis de faire, c'est d'outrepasser mes sentiments, pas de les détruire. Je n'en n'ai jamais respecté qu'un seul. Celui dont tu étais l'objet, et qui t'as gardé de mes foudres. Je sais que j'aurais dû le voir venir. Je l'ai vu venir. Mais je n'ai rien fait.
Root : Pourquoi...
Élisabeth : Parce que malgré tout, grâce à toi, Victor, pour ne pas t'avoir trahi et malgré l'existence que j'ai menée, je meurs l'âme en paix.
Aaron : L'âme en paix, l'âme en paix... Mère, ils sont en train d'instaurer une démocratie !
Élisabeth : A chaque vie suffit sa peine, mon fils.
Aaron : Mais, enfin, Maman !
Un temps. Elle lui sourit.
Rodolfe : Élisabeth, laissez-moi vous accompagner...
Phoebe : Victor, puisque c'est ainsi qu'il te plaît d'être désigné, emboîte mon pas.
Rodolfe, Phoebe, Root et Élisabeth sortent.
Un temps.
Aaron : Bon, puisque nous avons réglé ce problème, peut-être serait-il temps d'annuler le décret qui...
Mélissa : Le texte a été rendu public.
Bash : Mais ce n'est pas possible, enfin ! Pour faire une démocratie, il faut une constitution, des élections, des institutions... On ne peut pas passer du coq à l'âne juste par un petit morceau de déclaration, comme ça !
Philippe : Formons un gouvernement temporaire.
Mélissa : Philippe... Comme nous nous comprenons.
Philippe : Mon amour...
Mélissa : Oh, Philippe...
Philippe et Mélissa sortent.
Bash : Et attendez... Vous n'allez pas vous en tirer comme ça ! Faites au moins les choses dans les règles ! Je veux être guillotiné, vous m'entendez ! La mise à mort de Frankenstein ! Voilà comment les choses doivent se conclure ! Et je veux un procès ! Un procès équitable avec un tribunal dont je puisse contester la légitimité !
Bash sort.
Aaron : Je suis lessivé. Complètement lessivé... C'est trop d'émotions pour une seule journée, je n'en puis plus... Ah je me sens mal, mais mal... Vraiment mal... Mon dieu... J'en suis complètement retourné... Une démocratie... La démocratie... Qu'allons nous devenir ? L'humanité est perdue à jamais. Mais qu'est ce qui lui a pris, à cette petite boite de conserve ? Est-ce pour cela que j'ai oeuvré toute ma vie ? Pour voir le monde devenir une démocratie ? Je ne veux pas y croire...
Orianne : Mon Roi, votre heure approche.
Aaron : C'est dons ainsi... Ma fée. C'est à ce moment précis et plus qu'à tout autre que je me sens mourir. Vous reverrai-je jamais ?
Orianne : Mon roi, vous allez m'oublier, et je resterai seule à entretenir la mémoire de notre amour. Tel est le prix à payer pour qui s'est laissé aller à aimer un mortel.
Aaron : Ma fée... Peu m'importe ma destinée. J'accepte de rester éthéré pour l'éternité.
Orianne : Vous n'avez jamais eu le verbe prompt à la poésie monseigneur. Et si d'éternité il est question, point n'est en moi l'envie de la passer en votre compagnie. Allez, partez le coeur léger.
Aaron : Ma reine, promettez moi de me retrouver lorsque de ma nouvelle vie j'aurai atteint l'âge de vous aimer.
Orianne : Mon roi, s'il vous sied, je vous le promets.
Aaron : Orianne, je vous ai aimé.
Orianne : Je sais.
Aaron entame une sortie, puis se reprend, se retourne vers Constance.
Aaron : Constance... Ai-je jamais eu l'occasion de témoigner combien père j'ai été fier de ma fille ?
Constance : Des centaines de fois, père.
Aaron : J'ai tellement de choses à te dire... Tellement de choses à me faire pardonner...
Constance : Je sais.
Un temps. Aaron regarde Orianne et Constance avec un sourire. Puis il sort.
Constance : La réincarnation... C'est de vous que vient cette invention, mère ?
Orianne : Il n'aurait pas accepté de mourir sans la promesse d'un à venir.
Constance : Je suppose qu'il faut s'y soumettre...
Orianne : Nous vous avons voulu forts, passionnés, déchirés. Nous avons voulu émancipés de l'ordre dans lequel vous aviez été créés. Nous vous avons voulu au centre d'un cycle de renouveau éternel. En ceci, vous êtes tous immortels, non pas chacun individuellement, mais tous ensemble. Nous vous avons voulus vivants, Constance, plus vivants que nous ne le serons jamais, nous, Dieux. Mais cette vie a un prix.
Constance : Et si nous refusons ? Si nous parvenons à force de médecine et de machineries à faire de notre corps une enveloppe éternelle ?
Orianne : Peut-être y parviendrez-vous un jour, Constance, et peut-être ce jour venu serez vous assez sages pour comprendre l'importance du cycle dans lequel vous avez été inscrits. Pour comprendre l'importance de l'oubli.
Rodofle entre.
Rodolfe : Hum...
Constance : Mère je... Je... Je n'ai pas vécu... C'est injuste ! Je ne veux pas mourir ! Je veux vivre ! Laissez moi vivre !
Orianne : La justice est une notion humaine, Constance. Elle n'est pas inscrite dans les lois qui régissent votre nature.
Constance : Je ne veux pas mourir...
Rodolfe : Tu es déjà morte. Libre à toi de le refuser, et de continuer à exister dans cette enveloppe artificielle, dans ce fantôme électronique.
Constance : Faites moi déesse, faites-moi vivre éternellement !
Rodolfe : Parce que tu crois que c'est une alternative heureuse ? Combien d'années as-tu vécu ? Vingt ? Penses tu que tu puisse en supporter cent ? Mille ? A partir de combien de siècles sera-tu lasse de l'existence ? Réfléchis bien, jeune fille, car au delà de millénaires de félicité, peut-être, c'est une éternité d'ennui qui attend ton immortalité.
Constance : Je vous en prie...
Orianne : Pourquoi, père ? Pourquoi sommes nous condamnés à aimer les hommes, puis à les laisser disparaître ? Quelle est l'origine de cet ordre que même nous devons observer ? Quel est celui d'entre nous qui s'est permis de faire de l'existence une éternelle tragédie ?
Rodofle : Ne me demande pas de déifier Constance, Orianne. Ne prétends pas que tu veux pour elle ce que tu subis, toi. Il désigne un chemin opposé à celui qu'à emprunter Aaron. Tu vivre, Constance, et bien va. Si tu crois que tu peux exister en tant que machine, va, tu as ma bénédiction.
Un temps.
Constance commence quelques pas dans la direction indiquée par Rodolfe, s'arrête, hésite, se retourne, puis avance sur le chemin qu'à emprunté son père.
Rodolfe : Bon, ça va, hein, c'est pas comme si c'était la première fois non plus. Un temps. Mais enfin, qu'est ce que ça change ? Maintenant, dans cinquante ans, qu'est ce que ça change ? Elle va mourir, Orianne, c'est leur destin à tous, elle va mourir de toute façons ! Pour toi, pour moi, qu'est ce que ça change ?
Un temps.
Rodolfe : Je me déteste. Bon, comment faire ça... Constance, je te prophétises par les pouvoirs qui me sont conférés une vie longue et heureuse en tant que femme humaine et pas machine. Voilà, destin démerde toi avec ça. Orianne s'avance vers lui comme pour l'embrasser. Toi, fous moi la paix. Je veux qu'on me foute la paix !
Rodofle sort.
Constance : Comment...
Orianne : Quelle importance ?
Phebe : De la coulisse. Hé ! Pourquoi il faut tout noir tout d'un coup ?