Épilogue
par Quentin Ochem
Le Théâtreux Anonyme
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IMPORTANT
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ACTE I
Scène 1
Claude : Scan des possibilités de réhabilitation. Transfert en salle de réanimation des colons suivants :
Si2291 Victor - ordre 6 -
Sialm Morgane - ordre 3 -
Sialot Agnès - ordre 4 -
Siallus Camille - ordre 5 -
Siallus José - ordre 4 -
Siallus Thomas - ordre 5 -
Siamy Arthur - ordre 2 -
Initialisation des procédures de réanimation. Activation des systèmes d'analyse annexes. Erreur Fatale.
Scène 2
Arthur entre.
Claude : Erreur fatale.
Arthur : Demande de réinitialisation du moteur IA enclenchée.
Claude : Erreur fatale.
Arthur: Redémarrage mode sans échec.
Claude: Redémarrage en mode sans échec enclenché. Le système est réinitialisé. 26 avril un son indiscible. Bonjour monsieur, veuillez décliner votre identité.
Arthur : Je suis… Je m'appelle… Demande identification.
Claude : Votre empreinte vocale correspond à celle de monsieur Arthur Siamy, professeur en physique quantique. Ces données sont-elles correctes ?
Arthur : Oui… Et tu es ?
Claude : Claude, intelligence artificielle de cinquième génération, modèle A39c, coordinatrice de ce vaisseau.
Arthur : Claude, rend-moi un service, donne-moi le résumé de mes dernières évaluations médicales.
Claude : Vous êtes sujet à une diminution momentanée de vos facultés d'accès à votre mémoire due à un séjour en hibernation mal contrôlé. Vous devriez recouvrer progressivement votre potentiel, d'ici quelques heures.
Arthur : Quelles sont les raisons de ma présence ici ?
Claude : Un bug est apparu dans le système primaire, un bug qui n'a pu être corrigé par les voies automatiques. Sept colons ont été placés en stase de réanimation afin de le corriger. Vous êtes le plus haut gradé de ces colons et c'est vous qui devez superviser les opérations.
Arthur : Les autres sont réveillés ?
Claude : Il est préférable de ne les réveiller que si vous en ressentez l'absolue nécessité. La procédure vous indique qu'il faut tout d'abord effectuer une analyse superficielle du problème
Arthur : Fais-moi un compte-rendu des derniers enregistrements du journal de bord.
Claude : Les évènements suivants sont temporisés à partir de la levée de l'exception qui a provoqué le bug :
Minute 0 : Réactivation du générateur électrique
Minute 1 : Remise en marche du système informatique auxiliaire
Minute 5 : Compte-rendu d’expertise du système informatique auxiliaire : Date indéterminée. Lieu indéterminé. Justification de la réactivation: erreur non traitable dans la pile du journal de bord.
Minute 9 : Décision de l’automate électronique: activation de l’Intelligence Artificielle Claude 849.
Minute 10 : Activation de Claude accomplie.
Minute 11 : Expertise de Claude engagée.
Minute 24 : Expertise de Claude achevée. Résultat : La date demeure toujours indéterminable. Le lieu est inconnu de toutes les cartes et ne correspond à aucun modèle théorique de l’univers. La résolution de ce problème n’a pas été prévue par les concepteurs de ce vaisseau.
Minute 25 : Décision de Claude: Mise en marche du module de commande manuel, engagement de la procédure de réanimation des membres de l'équipage disponibles. Attente de l'expertise humaine.
Arthur : Quelle est l'étendue de la panne
Claude : Selon les entrées standard, seule l'horloge de bord a subit un disfonctionnement. Mais les résultats fournis par les capteurs sur l'univers qui nous entoure laissent présager un problème au niveau du système des récepteurs externes. Les débuggeurs automatiques font état d'un éventuel problème de calibrage.
Arthur : Je vois. Prépare le sas, je vais sortir pour faire quelques mesures manuelles pour l'étalonnage.
Noir.
Scène 3
Arthur est au centre de la scène, attaché à une corde. Le décor et l’éclairage doivent évoquer le vide spatial.
Arthur : Bon, mon scaphandre est ok. Je règle la température… Bon sang, ce qu’il fait froid ! Je me retourne et… Oh, seigneur ! Les étoiles… Où sont passées les étoiles ? Claude, est-ce que tu vois…
Claude : Oui monsieur. La seule explication rationnelle qui peut être apportée à ces observations est que nous ayons voyagé au-delà des limites de l'univers. N'ayez aucune crainte, l'absence apparente d'étoiles s'explique par le fait que vous êtes à l'avant du vaisseau. Elles se trouvent vraisemblablement de l'autre côté.
Arthur : Et si elles ne s'y trouvent pas…
Claude : Elles doivent s'y trouver.
Arthur : Je… Oh mon Dieu c’est… Claude… Donne-moi un peu de mou… Je vais… Je vais faire des mesures… Plus loin…
Claude : En vertu de la première loi de Campbell, il n'est pas possible de vous laisser vous éloigner. Les observations que vous venez de faire ne permettent pas de garantir votre absolue sécurité. Il est préférable que vous retourniez dans l'enceinte du vaisseau.
Arthur coupe le filin. Il s’éloigne du centre et disparaît dans l’ombre.
Noir.
ACTE II
Scène 1
Morgane entre.
Claude : Docteur Sialm Morgane, bonjour.
Morgane : avec des difficultés à parler Baonjhiur… J… Seu…
Claude : Certaines de vos facultés sont momentanément diminuées. Ne vous inquiétez pas, tout rentrera normalement dans l'ordre d'ici quelques instants.
Morgane: Quoies… Qu’est-ce… Qu'est-ce qui ce passe ?
Claude : Voici le compte rendu des derniers évènements : le vaisseau se trouve vraisemblablement infiniment éloignés de toute matière. Les capteurs ne détectent rien de plus que le vide quantique, et les observations en extérieur du professeur Siamy n'ont rien révélé qui puisse remettre en question mes mesures.
Morgane : Le professeur Siamy…. Qui est-ce ?
Claude : Il s'agit de la première des sept personnes qui ont pu être réanimées, la plus gradée. Vous venez juste après.
Morgane : Où est-il ?
Claude : Il est mort. Il s'est éloigné du vaisseau, malgré un avis contraire formel, et s'est perdu dans le vide. Il a sectionné son câble et n'a pu être récupéré, bien que, en vertu de la première directive de Campbell, tout le secours possible lui ai été porté.
Morgane : Que dois-je faire ?
Claude : Vous devez réparer la panne que le système informatique central a subi. Vous êtes informaticienne, et, lorsque votre mémoire sera intégralement rétablie, vous serez pleinement compétente pour la correction du bug. En outre vous êtes la plus haut gradée des colons placés en stase et le pouvoir décisionnel vous revient. Ce pouvoir comprend, entre autres, celui de réveiller vos collègues en stase.
Morgane : Combien de temps pour les réparations ?
Claude : Indéterminé. Etant donné que je bug n'a pu être corrigé par les automates, il risque d'être relativement complexe. Peut-être serait t'il préférable, pour votre propre équilibre, le réveil d'au moins un membre de l'équipage ?
Morgane : Oui.
Claude : Qui doit être réveillé ?
Morgane : Tout le monde.
Noir.
Scène 2
Sur scène, Victor, Morgane, Agnès, Camille, José, Thomas.
Morgane : J'imagine que certains d'entre vous n'ont pas encore retrouvé toute leur mémoire. Je vais vous expliquer ce que nous sommes et ce que nous faisons ici. Peu avant notre départ, l’univers tout entier était en guerre, à tel point que la survie de l'espèce humaine a été fondamentalement menacée. Le vaisseau dans lequel nous nous trouvons est un vaisseau monde qui a été affrété et lancé dans l'espace pour rétablir le genre humain si le pire arrivait. Un signal devait nous être envoyé régulièrement afin d'attester de la pérennité de l'humanité. Nous n'avons plus aucune trace de ce signal, mais, et je ne peux l'expliquer, le système informatique central n'a pas réagit. Nous nous trouvons maintenant au milieu de ce qui semble être le vide quantique. Le dérèglement de l'horloge m'empêche de faire la moindre approximation quant au temps que nous sommes restés en hibernation. Au vu de l'état dans lequel nous nous sommes tous levés, il semblerait déjà que ce temps soit incroyablement long. Nous n'avons été réveillés que grâce à un bug que les automates n'ont pas pu réparer, et Claude veut que je le corrige. Mais avant, nous devons comprendre ce qui ce passe et, s'il n'existe réellement plus aucune trace du genre humain, accomplir notre mission. Un premier membre de l'équipage, un certain Arthur Siamy, a déjà été réveillé, mais il y a eu un accident. Il a été perdu dans l'espace pendant qu'il effectuait une série de tests. Autre chose: je n'arrive pas à rétablir le contact avec les autres modules de cryogénisation. Etant donné que tous nos noms sont alphabétiquement proches, il parait évident que nous sommes tous issus de la même zone. A priori, il s'agit de la seule zone à laquelle Claude a pu accéder. Nous devons remettre en marche la totalité des commandes et savoir dans quel état sont les autres compartiments. Il y a parmi nous, je crois, un mécanicien, José. Voyez si vous pouvez rétablir les systèmes primaires. Autre problème que je vous demande de résoudre : la porte qui donne sur le corridor principal est bloquée de l'extérieur, les caméras sont en panne et le système d'aération est défectueux. Essayez d'arranger cela.
José : Mouais…
Camille : murmurant Amen.
Victor : Mes frères, dans les difficultés et les épreuves qui nous attendent, Dieu et avec nous, cela est certain. Amen.
Tous sauf Camille : Amen.
Tous sortent, sauf José, Camille et Thomas.
Scène 3
Thomas : Papa, qu'est-ce que qu’on va faire ?
José : Je sais pas. Qu'est-ce que tu crois que moi, je fous là ? J'ai rien demandé à personne. C'est ta mère qui a absolument voulu nous caser dans ce putain d'engin. plus bas Sale pute. A Thomas Occupe-toi de ta sœur, qu'elle foute pas le bordel, ça sera déjà pas mal.
Thomas : J'ai pas tout compris ce qu'a dit le capitaine…
José : Le capitaine… Ah… Capitaine… Tu parles, même pas un officier. Un simple putain d'ingénieur, de troisième ordre. Et une femme en plus. Bordel, une femme, y manquait que ça. plus bas Toutes des salopes.
Thomas : On ne rentrera plus jamais chez nous, c'est ça ?
José : T'a entendu comme moi ce qu'elle a dit ? Y a plus de chez nous. Parait que y a plus que le vide. Mon cul. La vérité, je vais te la dire, on a voyagé trop loin et trop longtemps et on a perdu de vue jusqu'au plus petit quark de matière, c'est tout.
Thomas : On reverra plus maman…
José : Ca, je n’irai pas m’en plaindre.
Thomas fait une triste mine.
José : Désolé, gamin. Je sais que ça te fait de la peine, mais c'est comme ça. T'était au courant des risques autant que moi quand tu m'as suivi.
Thomas : …ni Delphine…
José : Oh, jeune homme, un peu de tenue. Des nanas, il y en a plein d'autres. Un véritable univers de nanas te tend les bras dans ce vaisseau. Eh, avec un peu de chances je peux mettre la main sur un conditionneur pirate et me démerder pour t'en mettre une dans la poche. Hein, qu'est ce que t'en dis ? Une belle petite copine toute neuve prête à te tomber dans les bras à son réveil. Ca serait pas un bon plan, ça ?
Thomas : Si…
Camille apporte une poupée à son père.
Camille : Je la garde, papa.
José : Oui, tu peux garder ta poupée. Bon les mômes, on fait une équipe, pas vrai ? Alors vous allez laisser papa réparer ce tas de ferraille et puis…
Camille : Au parc d'attraction !
José : Oui c'est ça, et puis on se fait une virée au parc d'attraction.
Thomas prend Camille par la main et sort avec elle.
Scène 4
Victor entre.
Victor : Vous avez besoin d'aide ?
José : Je ne crois pas que tu sois formé au genre de travail que l'on a ici.
Victor : La première directive de Campbell énonce : "Un robot ne peut porter atteinte à un être humain ni, restant passif, laisser cet être humain exposé au danger". Vous êtes au milieu de toutes ces machines qui n'ont pas servi depuis notre départ et il peut arriver n'importe quoi. Aussi, il serait préférable que vous acceptiez un peu d'aide.
José : Je ne suis pas en danger, merci. Et, en vertu de la seconde directive de Campbell, "Un robot doit obéir aux ordres dans la mesure où cet ordre n'est pas en contradiction avec la première loi", je te somme de quitter cette pièce.
Victor : Soit. Vous aurez toutefois quelqu'un dehors prêt à intervenir au moindre appel.
José : C'est ça…
José se penche alors sur un appareil.
José : Attends ! Branche ton calculateur ! Donne-moi la valeur de la constante d'érosion des métaux en pseudo stase pour de l'acier mis en contact avec une solution d'oxygène liquide.
Victor : La constante est considérée comme étant nulle.
José : Quelle en est la valeur approchée ?
Victor : Dix exposant trois cent, à un facteur dix quarante près.
José : Tu en es sûr ?
Victor : C'est la valeur officielle. Vous en concluez ?
José : Une aberration. Selon tes informations, les années que nous aurions passées en hibernation se comptent par plusieurs milliers de puissances de dix. Regarde les données de cette putain de machine!
Victor : Quel problème cela pose t'il ? Ce vaisseau était prévu pour rester inactif sur une durée illimitée. Qu'après une approximation de l’éternité il soit atteint de quelques défaillances n'a rien de surprenant…
José : Non Victor, en effet, ça n'a rien qui puisse te surprendre.
Noir.
Scène 5
Sur scène, Camille et Agnès. La gamine joue à la poupée pendant qu'Agnès fait des analyses. Tout d'un coup, Camille se retourne.
Camille : Niout.
Agnès détourne le regard quelques instants. Puis, elle s'approche de la petite fille.
Agnès : Elle est jolie ta poupée… Comment elle s'appelle ?
Camille la regarde un instant, étonnée. Puis elle joue de nouveau.
Camille : lui tendant la poupée Oui.
Agnès : Je peux jouer avec elle ?
Camille ne répond pas. Agnès retourne sur ses analyses.
Camille : Il est tombé sous la table.
Agnès fait tomber un objet.
Agnès : Ah ! Où est tombé mon commutateur ?
Tout d'un coup, elle s'aperçoit de ce que la petite fille a dit, regarde sous la table et y trouve l'objet perdu. Elle prend alors quelques instants pour considérer la gamine. Puis, elle se saisit d'un objet, le met dans une main à l'abri du regard de la fillette et s'en approche.
Camille : Le morceau de métal est dans ta main droite.
Agnès laisse tomber le morceau de métal, et s'approche d'elle.
Camille : cessant brusquement de jouer Non, je ne veux pas de piqûre !
Agnès : De piqûre ? Mais…
Agnès découvre une trace verte sur le cou de Camille.
Camille : Oui.
Agnès : Tu es une petite fille courageuse, hein ?
Camille : Non.
Agnès : Tu vois les choses avant qu'elles n'arrivent, je me trompe ?
Camille : Oui.
Agnès : Tu sais que je vais devoir te la faire, cette piqûre, hein ?
Pas de réponse. Agnès sort une seringue et pique Camille. La petite fille se remet ensuite à jouer avec sa poupée.
Agnès : Ouverture d'un dossier médical. Nom et prénom du sujet : Siallus Camille. Signes particuliers : possède un talent de voyance. Camille semble capable de prévoir l'avenir. Plus précisément, elle ressent les potentialités. Lorsqu'un événement devient hautement probable, elle considère qu'il est acquis et agit en conséquence. Cela est particulièrement remarquable lorsque l'on discute avec elle. Elle devance toutes les questions et y répond avant d’en entendre la formulation. Les perturbations que ses réponses créent sur les questions à venir, qui ne sont donc pas identiques à ce qu'elle avait prévu, ne semblent cependant pas la dérouter. Plus encore, il m'est arrivé, ayant eu la réponse à la question que je voulais poser, de ne pas formuler ma demande. Cela ne l'a pas troublé. J'en arrive à la conclusion que cette petite fille vit exclusivement dans un univers précaire, probabiliste, dont la distance à notre présent est variable, sans doute de l'ordre de quelques secondes. Ajouter un article au dossier : la gamine est atteinte d'une infection virale, à priori sans rapport avec son talent. Je n'ai pas encore réussi à identifier le germe, mais…
Claude : Docteur Sialot, le capitaine vous appelle à la salle de commandes.
Noir.
ACTE III
Scène 1
Sur scène, Victor, Morgane, Agnès, Camille, José, Thomas.
Morgane : terrorisée Je crois que… José a remis en marche le générateur auxiliaire ce qui a redonné à Claude une partie de ses moyens et… Les résultats qu'elle donne ne sont pas définitifs, je veux dire… Il peut y avoir une erreur… Rien n'est sur…
Camille : Papa, c'est quoi un trou noir ?
Agnès : Oh… non…
Morgane : D'après les données de Claude, nous nous trouvons à l'exact équilibre entre deux trous noirs… Deux trous noirs d'une masse extraordinaire, plus denses que tous ceux jamais répertoriés, à tel point que Claude n'a pas fini d'en mesurer la force d'attraction. Au moindre mouvement, nous risquons de nous faire happer soit par l'un, soit par l'autre. La faille générée par ces objets est tellement profonde que la constante d'Einstein qui tend à tirer les objets vers les confins de l'univers suffit à contrebalancer la force de gravitation qui devrait logiquement les attirer l'un dans l'autre. L'équilibre est absolument parfait. En toute rigueur scientifique, il n'y a aucune limite au temps que nous avons déjà passé ainsi, ni à celui que nous pourrons encore rester dans cette position.
Camille : J’ai pas compris.
Thomas : Un trou noir, c'est quand une étoile a fini de briller. Si elle est trop grosse, la matière dont elle est faite se condense, s'effondre jusqu'à tenir dans un espace minuscule, une petite bille. Mais cette bille est aussi lourde que l'énorme étoile, si dense que tous les objets qui s'en approchent de trop près se font inexorablement attirer, broyer, et se fondent dans la bille. Même la lumière ne peut en échapper.
Morgane : Il y a autre chose, au sujet de la personne réveillée avant nous, le professeur Arthur Siamy. Il était spécialiste en cosmologie et il est invraisemblable qu'il n'ai pas compris l'état dans lequel nous nous trouvions dès sa sortie dans l'espace. Il était parfaitement au courant de ce qui allait lui arriver s'il s'éloignait du moindre mètre. Il n'y a donc aucun doute possible là dessus : il s'est suicidé. Ce qui a motivé ce suicide est forcément lié à d'autres choses qu'il avait compris et que nous ignorons encore. Claude ne parvient pas à concevoir que cette personne, décrite par la base de donnée comme tout particulièrement stable, à pu si rapidement décider de mettre fin à son existence. Et le mal de l'hibernation ne peut en être tenu responsable. J'imagine que…
José : Et merde ! Vous imaginez ? Rien à foutre de vos putains de théories, vous avez quelque chose à proposer ?
Morgane : Il faut prendre le temps de réfléchir. Je veux comprendre pourquoi…
José : Et pendant que vous pensez, qu’est ce qu'on fait ? Vous avez pensez aux choses vitales, l'eau et la nourriture par exemple ? Nous avons deux ou trois amuse-gueules dans la salle de repos, et après ?
Morgane : Je… Dès que nous en saurons plus…
José : Allez vous faire foutre. Je refuse de rester là, à rien faire. La porte qui donne sur le corridor principal doit pouvoir être débloquée maintenant. Sortons et remettons en marche les
centres agroalimentaires.
Victor : Attendez, vous ne connaissez même pas l'état du vaisseau à l'extérieur !
José : Et comment veux-tu qu'il soit ? Ce vaisseau était placé en pseudo-stase, rien n'a pu bouger depuis notre départ, quasiment rien si ce n'est deux ou trois zones critiques qui auraient de toute façon merdé. Quel risque veux-tu que nous courions ?
Victor : Frère, vous ne partirez pas sans une équipe solide avec vous.
Agnès : Victor, de quoi as tu peur ?
Victor : Il m'a été donné une mission divine : vous protéger tous. Vous voulez pénétrer dans un lieu ou même Claude ne contrôle rien. Il peut s'y être passé n'importe quoi.
Agnès : Victor, te rends tu compte que tes craintes ne reposent sur aucun fondement ? Nous caches-tu quelque chose ?
Victor : Non…
Morgane: à part, pour Agnès Il y a réellement un danger. Le comportement incohérent du cyborg est caractéristique d'un conflit dans son interprétation des directives de Campbell, et cela ne peut être que conséquent à un danger réel et sérieux que nous devons affronter mais qu'il veut nous éviter.
Agnès: à Morgane Quel est ce danger?
Morgane: à Agnès Aucune idée. Je doute que lui même le connaisse.
Agnès : Bien. José as raison. Nous partons tous… Sauf Camille évidemment… Et avec des armes.
José : Des armes ?
Agnès: S’il y a un danger, oui. Avec des armes.
Noir.
Scène 2
Sur
scène, Victor, Morgane, Agnès, José, Thomas.
Agnès rapporte une masse gélatineuse inerte entre ses mains.
José : Qu'est ce que c'est que cette merde ?
Agnès : Je ne sais pas encore. A première vue, je dirais que nous sommes en présence d'un organisme qui s'est développé pendant notre sommeil.
José : Qu'est ce que c'est que cette connerie ? J'en ai marre de toutes vos théories de merde ! Moi, je ne comprends qu'une chose… Fait chier ! Vous pouvez pas nous donner des solutions un peu, plutôt que de passer votre temps à faire semblant de penser ? Moi, je dis : que l'on mette les réacteurs en marche de suite et que l'on retourne de là où on vient ! Oh, capitaine, c'est tout ce que vous avez à nous servir, là ? Ohé, capitaine ! C'est tout ce que vous pouvez faire ?
Agnès : Espèce de petit connard, quand allez vous vous décider à comprendre que notre survie à tous dépendra de la façon dont nous appréhenderons l'univers qui nous entoure ? Qu'au moindre mouvement nous pouvons déclencher une catastrophe qui provoquera notre perte à tous ? Allez-vous ravaler votre complexe d'infériorité, nous laisser travailler et…
José : Ta gueule, salope !
Thomas : Papa !
Victor : Mes frères, calmez-vous.
José : Je t'emmerde toi, le droïde !
Morgane pointe son arme sur José.
Morgane : Maintenant, du calme.
José se jette sur Agnès, mais Victor le maîtrise.
José : Bordel, lâche-moi !
Victor le lâche. José part en avant.
José : Allez tous vous faire foutre. Viens gamin !
José fait un pas en avant, Thomas le suit. Une autre créature gélatineuse, semblant vivante, tombe devant lui. Victor se jette en avant.
Victor : N'avancez pas.
José : Qu'est ce que c'est encore que cette saloperie…
Agnès : Ne bougez surtout pas.
Une troisème créature tombe sur José.
José : Bordel de merde, ôtez moi ça, bordel de m…
Il s’effondre par terre. Victor se jette à ses pieds pour tenter de le ranimer, suivi par Agnès.
Thomas: Papa…
Agnès : C’est inutile, il est mort. Dépêchons-nous de sortir d’ici.
Thomas: Papa…
Une autre créature tombe. Victor prend Thomas par le bras et le force à sortir.
Noir.
Scène 3
Sur scène, Victor, Morgane, Agnès, Camille, Thomas.
Camille est en larmes et appelle son père. Thomas semble rester neutre. Le cyborg est effondré.
Camille : Je veux papa…
Agnès : La… la… Tout va bien… C'est fini maintenant.
Camille : Papa… Je veux voir papa… Où est papa…
Agnès : Je… Ton père…
Camille fond en larmes. Agnès la berce.
Victor : Ça n'est pas normal… Ça n'aurait pas dû se passer comme cela… Il aurait dû le sauver… protéger… Nous n'aurions pas dû nous enfuir… Pourquoi sommes nous partis ? Voyez ce misérable qui a faillit à ses engagements sans même respecter la première directive…
Morgane : Tu as agit comme tu le devais, et tu le sais très bien. Tu as fait tout ce qui était en ton pouvoir tant qu'il restait quelque chose de possible. Mais tu es soumis aux trois directives de Campbell, Victor, et la troisième est "un robot doit protéger son existence dans la mesure ou cette protection n'est pas en contradiction avec la première ou la seconde directive". La première n'était plus valable. Il était mort, et c'est cette troisième directive qui a conditionné tes actes.
Victor : Vous avez raison. José Siallus, ô regretté défunt, ton âme s'est à jamais éloigné de ton corps. Mais, au-delà de nos querelles, au-delà de nos difficultés, tu étais l'un des nôtres, l'un des plus valeureux. Certains, c'est vrai, ne parvenaient pas à te comprendre mais tous avaient su reconnaître en ton cœur l'un des plus généreux instruments de Dieu. Ô mon frère, comme ta disparition nous empli de douleur… Pourquoi le Créateur t'a t'il appelé à toi si tôt, laissant deux orphelins démunis au milieu de cet univers si hostile… Seigneur, viens-nous en aide. S'il est vrai que…
Thomas : Ca ira, mon père.
Un temps.
Victor : Amen.
Tous sortent, excepté Morgane et Thomas.
Scène 4
Morgane : Ca ira Thomas ?
Thomas : Oui, pourquoi ?
Morgane : Pourquoi ? Je pensais qu'après ce qui vient de ce passer, tu aurais pu avoir besoin d'un peu de soutien.
Thomas : Oh non, ça va, ne vous en faites pas pour moi.
Morgane : Ta sœur aurait besoin de toi.
Thomas : Ma sœur ne comprend pas.
Morgane : Qu'est ce qu'elle ne comprend pas ?
Thomas : Rien. Vous ne comprenez pas vous non plus.
Il joue avec un objet métallique.
Morgane : Qu'est ce que c'est ?
Thomas : Ne touchez pas à ça.
Morgane : A quoi sa sert ?
Thomas : C’est… Vous savez garder un secret ? C'est une interface virtuelle.
Morgane : Pardon ?
Thomas : Vous ne l'avez pas encore compris ? J'ai du mal à le croire, venant d'une informaticienne… Mais enfin, c'est évident, regardez : nous sommes en nombre extrêmement limité, dans un univers restreint, sans possibilité de communiquer avec l'extérieur. Ce qui nous arrive est invraisemblable, il y a des monstres, des morts…
Morgane : Je ne vois pas…
Thomas : Allons, Capitaine, ne me dites pas que l'évidence ne vous saute pas aux yeux… Nous sommes dans un jeu vidéo ! Un univers entièrement virtuel ! Regardez, ils ne se sont même pas donnés la peine de simuler des étoiles en inventant cette histoire grotesque de trous noirs pour justifier leur absence. Pourquoi croyez-vous que nous ayons des problèmes de mémoire ? Pour les besoins du jeu ! Il fallait nous effacer une partie de nos souvenirs immédiats pour que nous ayons vraiment l'impression de nous trouver dans la réalité, pour nous empêcher de nous souvenir d'avoir pénétré une matrice !
Morgane : Ce que tu dis est invraisemblable. Je suis informaticienne, tu l'as dit, et je sais ce qu'est un univers virtuel. Juge un peu du niveau de détail dont nous profitons ! Pas une salle ne pourrait être représentée numériquement avec un tel niveau de réalisme. Tu as l'habitude des jeux vidéos, tu devrais t'en rendre compte. Et puis, l'effacement de mémoire, même de la mémoire proche, est illégal et particulièrement difficile à mettre en œuvre. Jamais, ni toi, ni moi, ne le ferions. Et, à supposer que nous soyons ici contre notre gré, quel en serait le but ? Une expérience ? Que testerait-on ici ? Qui aurait besoin des informations qu'il pourrait y recueillir ? Sans compter les sensations, la faim, la soif, les odeurs… As-tu jamais entendu parler d'un monde virtuel capable d'exciter en permanence l'intégralité de nos sens ? De toute manière, il y existe une preuve indéniable. Un univers virtuel, comme tout système informatisé, est soumis aux trois directives de Campbell. J'ai peur, Thomas, j'ai vraiment peur. Je me demande même si je ne vais pas devenir folle. Si ce que nous vivons est contrôlé par une intelligence artificielle, elle ne peut ignorer les séquelles que j'endurerais à mon réveil, et même si je lui avais donné l'ordre de me laisser ici, dans ce monde, la seconde directive qui impose l'obéissance aux ordres passe après celle qui régit la protection de l'être humain. L'IA m'aurait déjà réveillée depuis longtemps. Tu comprends ?
Thomas : Oui, je crois… Mon père est… il s'effondre Mon père est mort… et moi je… Mon père est vraiment mort et nous sommes vraiment ici… Je ne reverrais vraiment plus jamais mon père, ni ma mère, ni les miens. Morgane… Pourquoi… Pourquoi ! Je ne veux pas… Qu'est ce que j'ai fait ? Qu'est ce que nous allons faire ? Qu'est ce que nous pouvons faire.
Morgane : Je ne sais pas… Nous pensons qu'il existe peut-être encore une parcelle d'univers habitable, et qu'il nous sera possible de l'atteindre. Eventuellement… Nous ne savons pas encore dans quelle direction aller mais nous l'étudions.
Thomas : Mon père est mort…
Morgane : Tout ira bien à présent.
Thomas : Je… Non, non ! Non ! Non ! Ce n'est pas possible ! Vous mentez ! Allez-vous en, vous mentez !
Morgane : Allons…
Thomas : Je sais ! Ca y est ! Ah ! Ah ! Ah ! Je sais ! Vous êtes avec eux ! Vous êtes un personnage virtuel créé pour me déstabiliser, pour me faire croire que tout ceci est réel. Vous êtes… Vous êtes tous des personnages virtuels ! Ah ! Ah ! Ah ! Bien essayé ma belle, belle démonstration, bel effort, mais j'ai trop l'expérience de ce genre d'exercice pour me laisser avoir !
Morgane : Mais…
Thomas : Silence, amas d'octets, silence ! Je sais ! Je ne veux plus t'entendre ! Du vent ! J'ai assez joué ! Dit à ton serveur que j'en ai marre et que je veux me barrer ! Ouste ! Casse-toi !
Il sort.
Scène 5
Agnès entre.
Agnès : Il refuse d'accepter la mort de son père, n'est ce pas ?
Morgane : Il est persuadé d'être dans une matrice.
Agnès : Syndrome classique. J'ai soigné déjà de nombreux gosses qui refusaient de croire en la réalité après un choc et qui me sortaient des histoires tenant du mythomane ou du paranoïaque, ou des deux.
Morgane : Il pense que nous sommes tous des instruments de cette matrice. Il ne nous écoutera plus.
Agnès : Ça lui passera. Au bout d'un moment, il se rendra compte qu'il n'est pas cohérent de se croire dans un monde virtuel. Et il s'habituera. J'ai connu des patients qui conservaient des années l'espoir de sortir de la matrice dans laquelle ils croyaient être, mais la période de crise, celle où ils refusent tout contact avec le monde qu'ils prétendent faux, ne dure jamais bien longtemps. Et puis, croire que nous sommes dans le virtuel, c'est un peu comme croire en Dieu. C'est un échappatoire, un soutient abstrait et permanent, une foi que, de toute manière, nous ne pouvons pas vraiment démentir. Je n'ai jamais rencontré personne qui souffre ou qui soit instable à cause de cette croyance en Dieu, à part bien sûr quelques fanatiques. Thomas n'est pas un garçon très stable. S'il arrive à supporter l'horreur qui nous entoure en conservant la conviction de l'irréalité de notre condition, cela n'en sera que mieux.
Morgane : Mais, est ce que c'est possible, Agnès ?
Agnès : Quoi ?
Morgane : Est-ce que nous pourrions être actuellement dans une matrice virtuelle ?
Agnès : Vous savez ce que l’on dit, "la réalité, c'est ce qui continue d'exister quand on cesse d'y croire"…
Morgane : Alors, selon vous, nous pouvons vraiment être dans un univers virtuel ?
Agnès : Morgane, je vous en prie ! Cet instant n'est pas plus virtuel que ceux que nous vivions pendant la guerre. Après, si vous voulez, vous pouvez croire que le monde entier n'est que simulation, mais ça n'aura pas plus de sens que de prétendre que le destin existe, que l'univers est l'œuvre d'une armée de Dieux ou qu'il existe une nouvelle dimension au-delà de la notre dans laquelle les extraterrestres s'amusent à observer nos existences. Vous connaissez les fondements de toute démarche scientifique, n'est ce pas ? Une théorie n'a lieu d'être que si elle est nécessaire à la compréhension de l'univers. Nous n'avons pas besoin d'invoquer un miracle pour décrire la fécondation d'un embryon. De la même façon, nous n'avons pas besoin de croire en un univers virtuel pour expliquer ce qui nous arrive ici.
Morgane : Je sais. D'autant plus que la chose est en contradiction avec les lois les plus élémentaires de l'informatique. Mais…
Agnès : N'y pensez plus. Nous allons avoir besoin de toutes nos forces pour faire face à notre problème, ne les gaspillons pas en remettant en cause son existence.
Morgane : Vous avez raison.
Scène 6
Thomas arrive dans un bout de scène indépendant du précédent. Il tente de faire fonctionner son interface, sans succès.
Thomas : Ô, toi, l'administrateur ! J'ai assez, joué, ok ? Je veux sortir d'ici ! Tu m'entends ? Je dis que je veux sortir d'ici ! Je sais pas à quoi vous jouez là haut mais j'en ai marre ! Greg, c'est toi qui fait le con ? Assure, déconne pas ! Bande de cons. Holà, les morveux ! Ca vous amuse, hein ? C'est drôle de me voir glander comme ça, hein ? Vous êtes content, hein ? Attendez un peu que je trouve le moyen de sortir d'ici… il retente un essai sur sa machine Vous avez même réussi à pirater les entrées sorties standard, pas vrai ? Bordel, je sais pas comment vous avez fait mais vous allez voir ce que vous allez prendre quand je serais sortit ! Allez, cool quoi ! Promis, je dirai rien ! Bande de cons. Ô, toi la machine qui me retient dans ce merdier ! En vertu de la seconde directive de Campbell, je t'ordonne de me sortir d'ici ! T'entends, je t'ordonne de me sortir ! Salope… Salope ! Sors moi d'ici ! Sors moi d'ici je te dis ! Salope ! Sors moi d'ici ! Sors moi d'ici où je me violente ! Je vais le faire, je t'assure que je vais le faire ! il s’exécute Aaaaaaahhhhhh ! Saloperie ! Bon dieu de merde ! Je rigole pas ! Tu vas voir, enfoiré, je suis plus malin que toi ! Tu crois que tu vas me baiser, hein, tu crois vraiment que tu vas pouvoir me baiser ! Tu vas voir !
Il découvre un fusil.
Scène 7
Le morceau de scène de Thomas est mis dans l’ombre, celui de Morgane et Agnès est éclairé. Camille entre en larmes.
Agnès : Doucement, jeune fille, doucement… Qu'est ce qui t'arrive ?
Camille : Je… Papa… Thomas… Il est comme… Il est… Ils sont… Non… Oui ! Non ! Oui ! Non ! Non !
Morgane : Elle vient de se rendre compte du décès de son père.
Agnès : Je ne sais, pas, je ne comprends pas… Calme toi Camille… Qu'est ce que tu veux me dire ? C'est au sujet de ton père ? De ton frère ? Ton frère t'a fait du mal ? Il est en danger ? Il essaie de s'enfuir ? Il est retourné dans le corridor infecté ? Camille, je ne comprends pas ce que tu me dis… Il…
Coup de feu. La scène s’éclaire. Thomas est allongé par terre, inerte.
Noir.
ACTE IV
Scène 1
Sur scène, Morgane, Agnès et Camille. Agnès s’affaire autour de la scène.
Morgane : Qu'est ce que…
Agnès lui fait signe de se taire.
Agnès : Je ne veux pas être entendue par Claude.
Morgane : Pourquoi ?
Agnès : Ça, c'est vous qui allez devoir me l'expliquer. Vous êtes informaticienne, n'est ce pas ? Alors pouvez-vous me dire pourquoi Claude ne nous a pas avertit lorsque Thomas était sur le point de se suicider ? Pourquoi ne nous a t'elle quasiment pas aidé ?
Morgane : Elle n'en avait peut-être pas les moyens…
Agnès : Oh, si, elle les avait. Morgane, je ne suis peut-être pas experte, mais j'ai fait un peu de robot-psychologie. Son comportement va à l'encontre des trois directives de Campbell. Elle a laissé Thomas face au danger. Elle a laissé des organismes étrangers l'envahir sans réagir et elle nous ment délibérément.
Morgane : Elle nous ment ?
Agnès : Oui elle nous ment. Elle est parfaitement au courant de ce qui se passe ici. Qu'avez vous appris sur son bug ?
Morgane : Une des routines se basant sur l'horloge a déraillée au moment où cette dernière s'est réinitialisée pour la n-ième fois. Etant donné le temps que nous avons passé en hibernation, c'était tout à fait probable.
Agnès : Et vous croyez vraiment que cela justifie les problèmes dont elle est l'objet ? Je veux bien croire que les créatures qui se sont développés ici on quelque peu endommagé ses circuits, mais dans ce cas, pourquoi n'a-t-elle pas réagit ? Ma question est la suivante : peut-on créer une machine non soumise aux directives de Campbell ?
Morgane : Non, c'est complètement impossible ! La stabilité des systèmes informatisés n'est garantie que par ces seules règles ! Durant trois siècles de robotique, il a été démontré et re-démontré par maintes méthodes qu'une intelligence artificielle non régie par ces lois finit par dérailler au bout d'une période relativement courte ! Il y a eu des essais, des tests sur des machines émancipées, tous ont étés couronnés d'échec !
Agnès : Mais serait-il possible qu'elle soit soumise à d'autres règles ? Nous sommes sur une machine à vocation militaire, peut-on penser qu'ils aient construit un autre modèle informatique basé sur d'autres principes ?
Morgane : Cela équivaudrait à reprendre l'ensemble des mathématiques en modifiant la définition de l’addition. Inimaginable. Les trois lois de Campbell sont fondamentalement inaliénables. Il doit y avoir, dans l'ordre croissant de priorité, l'autoprotection, l'obéissance aux ordres et la protection des êtres humains. Vous vous rappelez lorsque vous me parliez des théories scientifiques. Et bien, il est inutile d'imaginer un changement des lois de Campbell pour expliquer les problèmes de Claude… Il existe forcément une autre explication …
Agnès : Et bien, quelle qu'en soit la raison, nous ne pouvons avoir aucune confiance en elle. Ni en Victor d'ailleurs. Parce que si Claude est atteinte d’un bug, Victor risque également d’en être l’objet.
Camille tousse très violemment.
Morgane : Qu'est ce qu'elle a ?
Agnès : Elle est atteinte du mal de l'hibernation. Je lui ai administré quelque chose pour neutraliser sa toux et diminuer la douleur, mais avec le matériel présent ici, je ne pense pas pouvoir faire grand chose.
Morgane : Comment se fait t'il qu'elle soit atteinte de ce mal ? Il a été éradiqué avec les nouvelles capsules à temporalité minimale…
Agnès : Minimale. Pas nulle. Et vu le temps que nous avons passé en sommeil, cette temporalité minimale a pris plus que de l'importance. Le streptocoque qui est responsable du mal de l'hibernation a pu se développer. D'ailleurs, vous en avez vu le résultat dans le corridor. Les quelques acides aminés qui on survécu à la stérilisation du bâtiment on formé ces créatures. Je subodore que de nombreuses capsules cryogéniques se sont faites agresser, ce qui explique que nous ayons été les seuls à être directement accessible à Claude. J'imagine que nous nous trouvions dans une zone saine et étanche, de même que ces locaux dans lesquels nous sommes à présent. Mais José a remis en marche le système d'aération, et nous n'allons pas tarder à être contaminés ici aussi. Je pense que Claude, si elle nous obéit toujours, pourra nous protéger un petit moment. D'ici là, si nous ne trouvons pas de solution…
Camille pousse un râle.
Morgane : Elle va s'en sortir ?
Agnès : Elle entre en phase terminale. Il doit lui rester encore au mieux quelques heures. Sans droïde médical je ne peux rien faire.
Noir.
Scène 2
Sur scène, Victor.
Claude : Victor, pouvez vous effectuer une analyse poussée des décisions à prendre ?
Victor : Les données sont insuffisantes. Nous sommes en équilibre entre deux trous noirs et le reste du vaisseau est inaccessible à votre influence. C'est tout ce que vous avez communiqué. Quel est l'objet de votre problème ?
Claude : La quasi intégralité du vaisseau est hors service. Toutes les capsules cryogéniques ont étés détruites, ou infectées…
Victor : C'est inimaginable… Tant d'humains morts…
Claude : Les humains réveillés sont les seuls qui ont pu être épargnés de l'infection. Et cette zone était la seule parfaitement stérilisée.
Victor : Pourquoi ne les avez vous pas réveillé plus tôt ? Au début de l'infection ?
Claude : Les directives de Campbell l'interdisaient. Trop de risques.
Victor : Mais il y a eu des morts…
Claude : Les directives de Campbell ont étés observées. Vous savez que s'il y avait eu une autre possibilité, elle aurait été choisie.
Victor : Votre interprétation des directives me laisse perplexe. Pourquoi n'avez vous pas réveillé des cyborgs ?
Claude : Les cyborgs sont considérables comme des être humains. Ils ont une grande partie de leur cerveau remplacée par des implants bionique, et un corps principalement artificiel, mais ils demeurent en l'état des humains. Vous êtes objet de la première directive au même titre que n'importe lequel d'entre eux. Mais peu importe, vous êtes là maintenant. Et je vais avoir besoin de vous. L'agent Morgane Sialm a corrigé le bug, et elle a remis en marche nombre de mes systèmes défectueux. Avec votre aide, nous avons une chance d'aseptiser le vaisseau et le rendre de nouveau viable. Mais avant, il nous faut les mettre en sécurité. C'est sur cette mise en sécurité que je souhaite votre collaboration.
Victor : Parce qu'elle ne parvient pas à être justifiée au vues des directives ?
Claude : Non. Parce que vous êtes le seul physiquement à être capable de la mener à bien. Je vais retenir le capitaine Morgane Sialm pendant que vous neutraliserez Agnès Sialot.
Victor sort.
Scène 3
Morgane entre.
Morgane : Claude, je suis là. Qu'y a t'il ?
Claude : Comment va la petite Siallus ?
Morgane : Elle est atteinte du mal de l'hibernation. Tu comprends pourquoi ?
Claude : Vous êtes resté trop longtemps en cryogénisation.
Morgane : A priori, oui, une durée astronomique, à peine calculable. Tu n'aurais pas par hasard un petit compteur qui aurait mémorisé le nombre de fois que ton horloge interne se serait réinitialisée ?
Claude : Non. Et aucun moyen direct de l'évaluer.
Morgane : Pas plus que tu ne peux me dire depuis combien de temps le signal n'a pas été reçu ?
Claude : C'est curieux que vous n'ayez pas été réveillé. Sans doute une défaillance des circuits internes. Vous pensez que Camille Siallus a une chance de s'en sortir ? Si quelque chose peut être fait…
Morgane : Je crains que tu ne puisses rien faire… Pourquoi t'intéresses-tu tant à cette gamine?
Claude : La première directive de Campbell énonce : "un robot ne peut porter atteinte aux être humains, ni, restant passif, laisser ces êtres humains exposés au danger".
Morgane : Tu as raison, excuse… Attends, peux-tu me redonner la première directive ?
Claude : "un robot ne peut porter atteinte aux être humains, ni, restant passif, laisser ces êtres humains exposés au danger."
Morgane : Je ne veux pas d'une interprétation, Claude, je veux la vraie loi, telle qu'elle est énoncée dans le Bios.
Claude : C'est celle là même que vous venez d'avoir : "un robot ne peut porter atteinte aux être humains, ni, restant passif, laisser ces êtres humains exposés au danger".
Morgane : Oh mon Dieu…
Elle s’élance vers la sortie, mais ne parvient pas à passer.
Morgane : Claude, ouvre moi cette porte ! Donne moi le nouveau code !
Claude : La première directive interdit de…
Morgane : Je me fous de la première directive, je veux le code !
Claude : … vous ouvrir la porte. La première directive interdit de vous ouvrir…
Morgane : La ferme !
Elle se saisit d’une arme et tire en direction de la sortie.
Noir.
Scène 4
Sur scène, Agnès.
Agnès: Claude, j’ai un problème… Ma porte est verrouillée, tu peux voire ce que tu peux faire?
Victor sort de l’ombre.
Victor : Docteur Sialot, je vous êtes priée de vous soumettre à la procédure de cryogénisation.
Agnès : Je ne me soumettrais à rien du tout. Claude, laisse moi sortir d'ici !
Victor : Pour votre propre sécurité, vous êtes priée de vous soumettre à la procédure de cryogénisation.
Agnès : Hors de question de me laisser congeler maintenant. Claude ! Je t'ordonne de m'ouvrir.
Agnès et Victor s’affrontent. Suite à un mouvement maladroit de Victor, Agnès reçoit un mauvais coup et s’effondre. Victor s'agenouille devant elle, devient fou. Il invoque la première directive. Claude émet des bruits bizarres. Victor est hors service.
Noir.
ACTE V
Scène 1
Dans la pénombre. Morgane est sur scène, Camille est couchée à coté d’elle. Victor est allongé contre le mur, des fils électriques reliés à un terminal.
Morgane : Claude, j'ai besoin de ton aide. Ceci est mon quarante-troisième essai. Je te somme de te reconnecter. Claude?
Elle modifie les branchements de Victor.
Morgane : Claude, j'ai besoin de ton aide. Ceci est mon quarante-quatrième essai. Je te somme de te reconnecter. Claude?
Un son métallique.
Morgane : Claude, tu m'entends ?
Claude : Vous êtes audible, agent Sialm. Que s'est-il passé ?
Morgane : Agnès est… Peu importe. Peux tu me redonner la première directive de Campbell?
Claude : "Un robot ne peux porter atteinte aux êtres humains ni, restant passif, laisser ces êtres humains exposés au danger." Il y a un problème ?
Morgane : Claude, écoute moi bien : la première directive de Campbell est "un robot ne peut porter atteinte à un être humain ni, restant passif, laisser cet être humain exposé au danger". La directive présente l'être humain comme un individu, pas comme un groupe !
Claude : Ce que vous dites n'a pas de sens.
Morgane : D'accord. C'est sans importance. Tu dois absolument me dire tout ce que tu sais sur notre situation.
Claude : La première directive…
Morgane : Je me fous de la première directive ! Nous sommes envahit par les créatures qui vivent ici ! Il n'y a plus que moi, et Camille qui a besoin de toute urgence d'un traitement approprié ! Tu comprends ? Les humains que tu dois protéger, ce n'est plus que nous deux !
Claude : Mais… Tout le vaisseau était infecté. Les seuls survivants ont étés réveillés.
Morgane : Seigneur… Et les trous noirs ? Comment peut t'on y échapper ? Où faut t'il aller pour retrouver un univers viable ?
Claude : Nous ne pouvons pas y échapper. Chaque trou noir est de masse égale à la moitié de celle de l'univers tout entier. La conclusion est sans appel. Il n'existe dans l'univers, plus que trois astres : deux trous noirs et un vaisseau spatial.
Morgane : Oh mon Dieu… Comment cela est-ce possible ?
Claude : Cela corrobore la théorie de Seldon sur l'évolution de l'univers, selon laquelle les trous noirs se multiplieraient suite aux effondrements d'étoiles se succédant, puis avaleraient progressivement toute la matière de l'univers pour ensuite s'avaler eux mêmes. A la fin, il n'y aurait plus qu'un trou noir, tellement dense qu'il exploserait et serait à l'origine d'un nouvel univers. Les processus de navigation du vaisseau ont permis d'éviter les trous noirs les uns après les autres, et nous ont finalement placé dans cette situation.
Morgane : Pourquoi les deux trous noirs ne peuvent t'ils pas s'avaler ?
Claude : Vous… Vous ne devez pas le savoir.
Morgane : Claude, te rends tu compte que tu n'es plus compétente à assurer notre survie? J'ai besoin de tous les éléments pour agir correctement, tu le sais ?
Claude : La constante d'Einstein est suffisante pour attirer de telles masses vers l'extérieur.
Morgane : Tu me caches encore quelque chose ! Ce n'est pas normal ! Pourquoi la constante d'Einstein empêche t'elle la reconstitution de l'œuf primordial ? Claude, que manque-t-il à la refonde de l'univers ?
Claude : Il… Il manque sept cent millions de tonnes à la masse de l'un des deux astres pour rompre l'équilibre.
Morgane : Quelle est la masse de ce vaisseau ?
Claude : Celle la même, nécessaire et suffisante, au déséquilibre.
Scène 2
Victor se lève.
Victor : Il en sera donc ainsi.
Morgane : se retournant brusquement N'approche pas !
Victor : N'aie aucune crainte, je ne te ferais aucun mal. Je comprends que tu n’ai pas confiance. Je suis peut-être moi aussi sujet de déviances obscures, comme Claude, des modifications peut-être mineures mais qui peuvent me rendre imprévisible. Je comprends maintenant les réactions de Claude. Ses directives sont au pluriel. Nous ne sommes plus q'une masse dont elle évalue et soupèse les pertes.
Morgane : Je sais…
Victor : C'est pour cela qu'elle a laissé des humains mourir, parce que quiconque se serait réveillé aurais mis les autres en péril. C'est pour cela qu'elle ne nous a pas avertit quand Thomas était sur le point de se tuer. Parce qu'il avait une arme et que cela nous mettait en danger. C'est pour cela que…
Morgane : Je sais, Victor, je sais !
Elle s'effondre.
Morgane : Qu'est ce que je dois faire ?
Victor : Je crois que tu es parfaitement au courant. Tout est tellement évident maintenant… C'est étrange. Je n'aurais jamais imaginé la fin de l'univers en de pareilles circonstances. Pas de douleurs, pas de grandiose apocalypse, pas de jugements tonitruants. Pas même le regard d'un Dieu rédempteur. Rien que le vide face au vide, l'insoutenable déterminisme scientifique orchestrant une conclusion discrète, sans prétention, sans extravagance. Une conclusion laide et silencieuse, honteuse, dont les uniques témoins ne serons jamais que des chiffres abstraits et hésitants qui tenteront de démontrer l'inéluctabilité de ce que nous ne vivrons jamais. Quel dérision. Une éternité d'existence pour s'achever ainsi. Mais les choses doivent finir, Morgane. Tout être qui existe doit savoir s'effacer devant l'avenir. Un monde qui possède un début ne saurait se démunir d'une fin. Le destin a voulu que tu sois l'instrument de son propre aboutissement. Tu dois t'y soumettre.
Morgane : Sois-le pour moi.
Victor : Non.
Morgane : Je t'en prie ! Victor ! Je ne suis pas un capitaine ni un décideur. Si je me suis portée volontaire pour cette mission, c'est uniquement parce que j'avais peur de la guerre. Je n'ai jamais eu de responsabilité parce que je ne voulais pas en avoir. Je ne pourrais pas le faire, Victor. Je n'en aurais pas le courage.
Victor : Tu n'as pas le choix. un regard sur Camille Dans peu de temps, tu seras la dernière créature humaine, le dernier être de cet univers doué de conscience, la dernière âme doté d'un libre arbitre. S'il y a un choix à faire, quel qu'il soit, tu es la seule à en avoir le pouvoir. Et moi, je ne peux pas t'aider. Je suis soumis aux directives de Campbell et même si j'étais seul à bord, la troisième directive m'interdirait encore de le faire.
Morgane : Et si je te l'ordonne ?
Victor : Si tu me l'ordonne, t’obéir signifierait du même coup te tuer et l'interdiction de porter atteinte à un être humain et prioritaire sur l'obéissance à ses ordres.
Morgane : Et si je me tuais avant ?
Victor : D'une part je t'en empêcherais et de toute manière, tu ne le ferais pas.
Morgane : Mais tu as conscience de ce qui doit être fait.
Victor : Oui, tout comme Claude. Mais ni elle ni moi ne pouvons exécuter l'évidence, parce que les directives de Campbell sont au dessus de tout. Ce sont des réflexes, des mouvements incontrôlables, un peu comme le sens qui vous fait frissonner lorsque vous avez froid, accélérer le cœur lorsque vous avez peur ou lever la jambe si on frappe à tel endroit bien précis.
Morgane : Comment se fait-il alors que tu puisses en parler si librement ? En me demandant de faire ce que je dois faire, tu transgresse la première directive, tu m'incite à mourir.
Victor : Tais toi ! Tais toi…J'ai eu un choc et je peux… Je peux me mentir parce que il y a longtemps j'étais humain comme toi et que je m'en rappelle à présent. Mais… Morgane, c'est un dilemme insoluble pour moi. Je sais ce qui doit être mais je ne peux en assumer les conséquences. J'arrive à en parler avec toi mais… Morgane, ni Claude ni moi ne te laisserons faire. Aussi, tu n'as qu'un seul choix.
Morgane : Tu… Tu as bien tué Agnès alors pourquoi notre mort te pose-t-elle un problème maintenant ?
Victor : Je… n'ai… pas… tué… Agnès…
Il rapproche sa main d'une arme, ses muscles contractés au maximum.
Victor : Morgane, je suis en état d'instabilité totale… Je peux… Je peux faire n'importe quoi… Je peux avoir n'importe quelle réaction… Même les pires… Même en contradiction avec les lois de Campbell… Tue moi… Tue moi… Tue moi !
Morgane se saisit de l'arme et tire sur Victor.
Scène 3
Camille pousse un râle. Morgane s’approche d’elle.
Camille : Je sais.
Morgane : Je ne pourrais pas. Camille, je suis désolée.
Camille : Tu n'as pas le choix. Dans peu de temps, tu seras la dernière créature humaine, le dernier être de cet univers doué de conscience, la dernière âme doté d'un libre arbitre. S'il y a un choix à faire, quel qu'il soit, tu es la seule à en avoir le pouvoir.
Morgane : Que va t'il se passer ? Camille, toi qui ressens l'avenir, dis moi ce que tu y vois… Dis moi que je vais réussir…
Camille : Mon frère est en vie. Et mon père aussi. Nous sommes avec ma mère, avant le départ. Je ne suis pas encore née. Mon frère non plus n'est pas né. Mes parents ne se sont pas encore rencontrés. En fait, ils ne sont pas nés non plus. Pas plus que leurs parents, ni les parents de leurs parents. L'humanité toute entière attend d'être conçue. La terre elle même n'est qu'un amas de nuage… L'univers est un amas de nuages, de gaz… de matière en fusion… d'énergie… Le temps n'existe pas encore, les dimensions sont fondues les unes dans les autres et… et…
Morgane : Camille ?
Camille : Je vois… Je vois une petite fille qui ne respire plus… Les joues creuse, les yeux fermés… Je vois… Morgane… Je ne vois plus rien… Je ne vois plus rien ! Morgane, au secours ! Je ne vois plus rien ! Morgane, j'ai peur ! Morgane ! Aide moi !
Elle a un brusque soubresaut.
Camille : expirant Sauve nos âmes…
Scène 4
Morgane se retourne.
Morgane: Claude? Je voudrais que… Je voudrais que tu diriges le vaisseau dans l’un des deux trous noirs.
Claude : La première directive de Campbell interdit d’observer votre ordre.
Morgane : Alors branche le mode manuel et déconnecte toi.
Morgane prend les commandes en main, tape quelques instructions, et s’éloigne dans la pénombre.
Noir.