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Même plus peur

de Quentin Ochem


Personnages

Le Monstre : Le monstre de Frankenstein.
L’Infirmière : Infirmière principale de l'hopital.
Clotho : Moire responsabe de la naissance.
Lachésis : Moire responsable de la vie.
Atropos : Moire responsable de la mort.
Renfield : Dément issu du roman Frankenstein.
Hide : Schizophrène, se transformant en Dr Jeckill.
Dracula : Vampire.
Méduse : Personnage de l'antiquité petrifiant ses victimes du regard.
Le petit vampire : Proie de Dracula.
Mary : W. Shelley, auteur de Frankenstein.

Distribution

NomSexeAge
Présence
Description
  ScènesRépliquesMots
Le Monstre masculin adulte 52.9% (9) 12.6% (49) 20.9% (1547)
L’Infirmière féminin adulte 41.2% (7) 14.4% (56) 8.6% (638)
Clotho féminin adulte 35.3% (6) 9.5% (37) 10.6% (783)
Lachésis féminin adulte 35.3% (6) 8.2% (32) 6.1% (450)
Atropos féminin adulte 41.2% (7) 8.2% (32) 7.7% (569)
Renfield masculin adulte 35.3% (6) 7.2% (28) 11.2% (827)
Hide masculin adulte 41.2% (7) 8.2% (32) 8.1% (598)
Dracula masculin adulte 41.2% (7) 11.1% (43) 14.5% (1071)
Méduse féminin adulte 29.4% (5) 10.6% (41) 7.9% (582)
Le petit vampire libre adulte 29.4% (5) 7.5% (29) 11.1% (817)
Mary féminin adulte 17.6% (3) 5.7% (22) 6.4% (472)

Scène 1     Le soliloque du monstre

Personnages : Le Monstre, L’Infirmière

Le Monstre : Je me souviens de la première fois où j’ai respiré. D’un souffle, je suis passé du néant le plus profond à la surface de l’existence. Et, tandis que l’air affluait et refluait à travers mes poumons, je sentais se cristalliser ma conscience. Mes yeux se sont ouverts, et la lumière est venue chatouiller les cellules du fond de ma rétine. Les influx nerveux émanant de mon cerveau se sont coordonnés pour tendre mes muscles, et peu après, j’ai pu me redresser. Ainsi se sont déroulées les premières minutes de mon existence. J’étais seul, mon créateur s’était enfuit au moment même où il avait réalisé l’abomination qu’il avait engendré. J’avais froid, nous étions en novembre et le crépuscule avait depuis longtemps dissimulé les derniers rayons de soleil. Et j’avais peur, incapable d’appréhender quoi que ce soit du monde qui m’entourait. Aujourd’hui, je n’ai plus peur. J’ai vécu suffisamment pour évaluer la terreur que l’apparition de ma silhouette provoque sur le visage des malheureux que je croise. Je n’ai plus froid, j’ai une demeure où je peux me retrouver en toute quiétude. Et je ne suis plus seul, mes compagnons sont comme tout autant de créatures hideuses de corps ou d’esprit, et près d’eux je sais ma place juste. Que ne puis-je éprouver le repos de mon âme ? Je souffre chaque jour que le malin fait de n’avoir à mes côtés une compagne qui saurait trouver en mon âme une soeur pour la sienne ! Créateur, pourquoi m’avoir doté d’un corps de monstre et d’un coeur d’homme ? N’eut t’il pas été plus sain de me faire tout monstrueux, ou tout humain ? Pourquoi dois-je souffrir du fardeau de l’humanité sans être autorisé à y pénétrer ?

L’Infirmière : Le Monstre...

Le Monstre : Silence, je soliloque. Où en étais-je ? Ah oui, pourquoi mon créateur, infâme créateur, n’a-t-il même pas pris la peine de me baptiser de sorte que lorsque l’on me nomme, on ne puisse le faire autrement que l’en m’appelant « Le Monstre » ?

L’Infirmière : Le Monstre !

Le Monstre : Oui, Le Monstre !

L’Infirmière : Non, Le Monstre ! Les Parques t’attendent pour jouer aux cartes !

Le Monstre : Ah ! Les cartes ! Dois-je donc avoir comme seul recours l’avilissement de mon âme par des jeux imbéciles ?

L’Infirmière : Si tu ne viens pas, elles commenceront sans toi.

Le Monstre : Et bien qu’elles commencent, je ne participerai plus dorénavant à aucun de ces phénomènes qui me détournent de mon but ultime, trouver une... Bon, soit, j’irai cette fois encore et... Eh ! Ne commencez pas sans moi !

Scène 2     Partie de strip-pocker entre Parques

Personnages : Clotho, Lachésis, Atropos

Clotho : Je rajoute dix.

Lachésis : Je suis.

Atropos : Moi, je me couche.

Elles dévoilent leurs cartes.

Lachésis : Bon, je crois que je vais devoir enlever ma veste.

Atropos : Et puis quoi encore ? Tu commences par les chaussures.

Clotho : Laisse, si elle a envie de commencer par la veste.

Atropos : Non, non et non. On a des règles, c'est les chaussures en premier, alors tu enlèves tes chaussures.

Lachésis : Tu as peur que je dévoile mes formes avant toi et que je te fasse de l'ombre ?

Atropos : Je te soupçonne surtout de faire exprès de perdre.

Lachésis : Et alors ?

Atropos : Alors je dis non ! On n'a pas besoin de faire un strip-poker si tu as envie de te déshabiller ! Ca n'a aucun intérêt si tu fais exprès de perdre.

Lachésis : Tu es jalouse ?

Atropos : De ton obsession exhibitionniste, certainement pas.

Clotho : Moi, je trouve ce jeu stupide. Je préfère le tarot.

Atropos : Tu n'en as pas marre, le tarot, toujours le tarot, des millénaires de tarot. Moi, j'en ai jusque là du tarot.

Lachésis : C'est vrai. Surtout qu'on finissait par toutes jouer à peu près pareil.

Clotho : Oui, mais au moins, avec le tarot, on signifiait quelque chose.

Lachésis : Je n'ai jamais trouvé que le tarot était si signifiant...

Clotho : Je regrette, mais le tarot, c'est l'avenir, le tarot, c'est le destin, la naissance, la vie et la mort. Alors que l'allégorie du strip-poker, je suis désolée, mais je ne vois pas.

Lachésis : On pourrait jouer avec Aphrodite...

Atropos : Manquerait plus que ça !

Lachésis : De toute manière, je n'ai rien signé qui impose à chacun de mes actes une signification particulière. Je préfère le poker au tarot, un point c'est tout.

Clotho : Nous sommes les Parques, les détentrices du destin ! Nous fascinons les hommes, nous nous devons d'avoir une existence signifiante !

Lachésis : Tu crois que nous serions ici si nous fasciniions encore les hommes ?

Atropos : De toute manière, un strip-poker sans homme...

Lachésis : Elle a raison. Où est le monstre ?

Atropos : Oh, lui, il peut bien rester dans son trou.

Clotho : J'aime encore mieux rester toute seule que devant lui.

Elles se regardent.

Clotho : J'ai le cafard.

Lachésis : Quoi, maintenant ?

Clotho : C'est vrai, à quoi bon. A quoi bon se borner à jouer au tarot, ce maudit tarot, puisque désormais nos actes ne regardent que nous. Les moires jouant au strip-poker, ça ne surprendrait personne. Ca n'intéresserait personne. Nous ne servons plus à rien, expulsées du monde des humains, exilées dans cet endroit ridicule. Je l'ai admis, Lachésis, tu sais. J'ai admis que nous ne retrouverons plus jamais notre célébrité d'antan, j'ai admis que nous étions vieilles, anciennes même. Trois antiquités. Trois antiquités qui se morfondent sur l'étagère d'une vieille armoire. Une armoire perdue au fond d'un galion. Un galion qui aurait sombré depuis près de vingt siècles. Vingt siècles qui l'auraient enfoncé dans la vase si profond que jamais personne ne pourra plus jamais le découvrir. Même pas un poisson. Même pas une crevette. Même pas un petit grain de plancton. Rien.

Lachésis : Mais oui, ma petite, mais oui. Tu as l'estomac vide, c'est tout.

Atropos : Elle a raison. Allons manger un morceau.

Elles partent.

Scène 3     Coup de vent entre Jeckill et Dracula

Personnages : Hide, Dracula

Hide : Portant la cage. Dracula, qu’est ce que c’est que ça ?

Dracula : Accompagné du petit vampire. Mon cher Hide...

Hide : Jeckill...

Dracula : Mon cher Jeckill, je te présente ma toute nouvelle création ! N’est-elle pas merveilleuse ?

Hide : Laissant à terre sa cage. Dracula, tu n’a pas encore...

Dracula : Quoi, pas encore ? J’ai un pouvoir, je l’emploie comme bon me semble. La chaleur chauffe, l’eau mouille et le vampire vampirise. C’est parfaitement normal.

Le petit vampire ouvre la cage et mange ses oiseaux.

Hide : Qu’ont dit les autres ?

Dracula : Que veux-tu qu’ils disent ? Et toi, qu’est ce que tu fais avec les oiseaux de Renfield ?

Hide : Je les lui rapporte. J’en ai marre de retrouver ces cages et ses élevages partout dans les chambres et dans les couloirs. Ceux là, ils ont chanté toute la nuit et ils m’ont empêché de dormir.

Dracula : Qu’est-ce qu’on fait aujourd’hui ?

Hide : Je ne sais pas...

Dracula : Je vais voir si les autres ont une idée.

Hide : C’est ça...

Hide jette un coup d'oeil à la cage. Vide.

Scène 4     Les oiseaux de Renfield

Personnages : Hide, Renfield

Hide : Renfield, j'ai...

Renfield : Ah, mon cher Hide, si tu savais ce que j'aime la nature. Je l'observe, je l'apprivoise, je l'intègre. La nature est source de vie, de milliers de vies, et ces vies seront miennes. Avec ces vies, je vivrais éternellement ! Au début, je prenais les vies des mouches. Fabuleux petits animaux si nombreux, si résistants, si gouleyants... Les mouches sont comme autant de petites existences que je m'approprie sans peine. Je les veux toutes. Mais, bien sûr, je ne peux pas toutes les chasser. J'ai pour me seconder un élevage d'araignées. Ah, le génie arachnide ! Le piège mortel, ingénu qu'elles sont capables de tisser, qui permet à la créature de s'approprier tant de vies dont je peux me repaître à mon tour ! Mais j'ai encore mieux que des araignées, j'ai des oiseaux ! Les oiseaux mangent les araignées qui ont mangé les mouches, et je peux tout m'approprier en une seule bouchée ! Oh mes oiseaux ! Mes oiseaux... Hide, tu n’as pas vu mes oiseaux ?

Hide : Et bien... L'infirmière les a sortis pour le ménage.

Renfield : Ah. Quand tu la verras, dis lui de me les amener. Je me sens en appétit ce matin...

Il sort.

Hide : Soit une cage contenant un coupe d'oiseaux. Soit cette même cage quelques heures plus tard, sans oiseaux. La question est : ai-je pu les kidnapper, moi, entre temps, sans m'en souvenir maintenant ? Non, je n'ai rien fait. Je ne saigne pas les volatiles. C'est la signature d'un vampire. Dracula, c'est Dracula le coupable ! Je vais le dire à Renfield ! Non, pourquoi Dracula se nourrirait-il ainsi ? Il ne descendrait jamais si bas. La créature qui a perpétré cet acte doit être un vampire primaire. Et pourquoi ne l'aurais-je pas fait, moi ? Oh non, j'en aurais gardé un souvenir. A moins que j'ai délibérément oublié pour mentir en toute bonne foi ? Non. Si. Non. Si. Non. Si. Non. Si. Non. Si. Non. Si. Non. Si. Non. Si. Non. Si. Non. Si.

Scène 5     Le procès du petit vampire

Personnages : Dracula, Renfield, Lachésis, Clotho, Atropos, Le Monstre, Hide, Le petit vampire

Dracula, Le Monstre et le petit vampire entrent sur scène, accompagnés des trois parques. Tableau muet, ils semblent s'ennuyer.

Dracula : J’ai envie... D’un procès.

Renfield : Un procès, un beau procès en bonne et due forme !

Lachésis : Oh oui !

Clotho : Un procès !

Atropos : La condamnation d'un innocent !

Le Monstre : C’est hors de question.

Dracula : Pardon ?

Le Monstre : Il est hors de question que je joue une fois de plus l’accusé.

Hide : Tout à fait d’accord. Je n’ai plus de chefs d’accusation.

Le Monstre : Des chefs d’accusation, j’en ai !

Dracula : Renfield sera le procureur.

Hide : Comment ?

Le Monstre : Je veux être l’avocat !

Dracula : Tu seras l’accusé !

Le Monstre : Ô, mes chers jurés, entendez la détresse de mon client...

Dracula : A-CU-SE !

Le Monstre : Mon client est innocent. Je le proclame, je le hure : I-NNO-CENT !

Dracula : COU-PABLE !

Le petit vampire : Je peux jouer aussi ?

Silence.

Dracula : Le Monstre, je te nomme avocat à la défense, Renfield, procureur général, Hide, tu feras les deux jurés ! Clotho, Lachésis, Atropos, vous serez la foule qui hurle « à mort ! ».

Renfield : Messieurs le juré, la créature que vous avez devant les yeux est un véritable monstre. Pas moins de trente-deux chefs d’accusation on étés retenus contre lui.

Le Monstre : Objection ! Trente quatre !

Dracula : Le Monstre, tu restes à la défense !

Le Monstre : Ô mes chers jurés, entendez la détresse de mon client. Mon client est innocent, je...

Dracula : Silence ! Maître Renfield, continuez.

Renfield : Monsieur les jurés, sur les trente-sept chefs d’accusation retenus contre l’accusé, il y en a un plus odieux que tous les autres. Cette créature a égorgé une nonne sexagénaire, et s’est reput de ses entrailles.

Le Monstre : Objection ! Mon client a éventré la nonne ! S’il l’avait juste égorgé, jamais il n’aurait pu atteindre ses entrailles !

Dracula : Objections retenues ! Maître, surveillez la cohérence de vos propos je vous prie.

Renfield : Donc, l’accusé a éventré, mais après l’avoir égorgé, une nonne. Et après, il est entré dans une école maternelle et il a égorgé les enfants les uns après les autres.

Le Monstre : Objection !

Renfield : Cette créature est une abomination ! Sa vue seule me révulse, me donne envie de vomir.

Le Monstre : Objection !

Renfield : La malice de ce monstre est incommensurable ! La haine qu’expriment les visages à son passage surpasse toute imagination.

Le Monstre : Objection ! Objection ! Objection !

Renfield : Accusé, je vous exècre !

Le petit vampire : Renfield ?

Renfield : Infâme !

Le petit vampire : Tu peux ajouter à mes méfaits le cinquième doigt de ta main gauche dont je me suis repue tantôt.

Renfield se retourne, compte ses doigts, et revient. Dans la suite de la scène, il n’aura de cesse de vérifier que sa main gauche a bien cinq doigts. Un silence.

Dracula : Silence, où je fais évacuer la salle !

Les moires se regardent.

Clotho, Lachésis et Atropos : A mort ! A mort ! A mort !

Dracula : Silence, j'ai dit ! Maître Renfield, poursuivez.

Renfield : Oui... Passons aux autres chefs ! J’ai vingt-deux meurtres de plus, ainsi que quinze tortures !

Le Monstre : Objection ! On nous a promis trente-sept chefs d’accusation ! Douze tortures, vingt-deux meurtres, la nonne et l’école maternelle, ça fait trente-six !

Le petit vampire : Et le doigt de Renfield.

Le Monstre : Objection ! Jusqu’à preuve du contraire, Renfield a encore cinq doigts !

Renfield : Chef d’accusation numéro 3, accusé d’avoir perpétré le meurtre d’une famille de six personnes, dont trois étaient encore vivants lorsque l’on les as enterrés, en leur dévorant les entrailles. Chef d’accusation numéro 4, accusé d’avoir violé une demoiselle de soixante-quinze ans alors qu’elle retournait à l’hospice, et d’avoir ensuite égorgé et éventré son compagnon, avant de lui manger les entrailles. Chef d’accusation numéro 5, accusé d’avoir fait sauter à l’élastique un jeune homme sans élastique, et d’en avoir ensuite mangé les entrailles à la petite cuiller. Chef d’accusation numéro 6, accusé d’avoir démembré et d’avoir ingéré...

Hide : J’accuse.

Renfield : Non, c’est moi !

Dracula : Je croyais que tu avais perdu l’inspiration.

Hide : J’accuse le vampire d’avoir égorgé les canaris hier au soir.

Renfield : Mes canaris ? Elle a occis mes canaris ?

Hide : Ne puis-je pas garder pour moi mon venin ?

Le petit vampire : C’est faux !

Hide : Allons, amusons-nous un peu !

Le petit vampire : Je veux un avocat !

Le Monstre : Ô, mes chers jurés, entendez la détresse de mon client ! Souffrez sa peine ! Je le proclame, je le hurle, il est innocent !

Clotho, Lachésis et Atropos : A mort ! A mort ! A mort !

Renfield : Mes canaris ! Espèce de... De punaise !

Le Monstre : Mon client n’a agi que sous l’emprise de la maladie. Je plaide la folie ! J’implore votre bonté de reconnaître en lui un être doux à la conscience pure.

Clotho, Lachésis et Atropos : A mort ! A mort ! A mort !

Dracula : Suffit ! Toi, je t’ordonne de rentrer dans ta chambre !

Le petit vampire : Non !

Ils partent les uns après les autres, ne reste que le Monstre, et les moires en retrait qui se sont tues.

Le Monstre : Non ! Mon client n’est pas coupable ! Ô, mes chers jurés, entendez la détresse de mon client ! Souffrez sa peine ! Je le proclame, je le hurle, il est innocent ! Mon client n’a agi que sous l’emprise de la maladie. Je plaide la folie ! J’implore votre bonté de reconnaître en lui un être doux à la conscience pure. Non ! Mon client n’est pas coupable ! Ô, mes chers jurés, entendez la détresse de mon client ! Souffrez sa peine ! Je le proclame, je le hurle, il est innocent ! Mon client n’a agi que sous l’emprise de la maladie. Je plaide la folie ! J’implore votre bonté de reconnaître en lui un être doux à la conscience pure. Non ! Mon client n’est pas coupable ! Ô, mes chers jurés, entendez la détresse de mon client ! Souffrez sa peine ! Je le proclame, je le hurle, il est innocent ! Mon client n’a agi que sous l’emprise de la maladie. Je plaide la folie ! J’implore votre bonté de reconnaître en lui un être doux à la conscience pure. Non ! Mon client n’est pas coupable ! Ô mes chers...

Scène 6     Rencontre entre le Monstre et Mary

Personnages : L’Infirmière, Le Monstre, Mary

L’Infirmière : Le Monstre, vous avez de la visite. Une personne de votre famille.

Le Monstre : Silence, je monologue ! Où en étais-je ? Ah, oui, Ô mes chers jurés...

L’Infirmière : Le Monstre ! Je vous dis que vous avez de la visite.

Le Monstre : Frankenstein ?

L’Infirmière : Mais non, mais non. Tenez, la voilà. Monstre, je vous présente Mary Wollstonecraft Shelley, auteur de l’oeuvre dont vous êtes issus. A Mary. Alors si il y a le moindre problème, s’il s’énerve, s’il entame un monologue, s’il se met à hurler, essayez de lui faire avaler une de ces pilules. Et si vraiment, vraiment il devient dangereux, n’hésitez pas à m’appeler, je suis juste à côté. Au monstre. Alors sois bien sage, hein ? Pas de caprices. Je vous laisse ensemble. A Mary. N’oubliez pas, quoi qu’il arrive, je suis à coté.

Silence.

Le Monstre : Vous contemplez votre oeuvre.

Mary : Tu es superbe. Un extraordinaire cauchemar parfaitement formalisé. La représentation des angoisses de tout un siècle.

Le Monstre : Que venez-vous faire ici ? Allez-vous en.

Mary : Crois-tu vraiment que ce soit de gré que je suis venu ?

Le Monstre : Je pourrais vous tuer.

Mary : Allons, monstre. Nous sommes au vingt-et-unième siècle et je suis née au dix-neuvième. Crois tu vraiment que la mort soit encore une question dont je me soucie ?

Le Monstre : Que venez-vous faire ici ?

Mary : J’ai des choses importantes à régler.

Le Monstre : La dernière chose importante que vous ayez fait, c’est me déposer dans cet endroit sordide, au milieu de toutes ces créatures infâmes. De ces monstres. Madame, pourquoi m’avoir fait ainsi ?

Mary : Je t’en prie.

Le Monstre : Si au moins tu ne m’avais pas donné de conscience ! Bram Stocker, lorsqu’il a écrit Dracula, a présenté un personnage sans sentiment, sans pitié, sans remords, sans questions existentielles ! Alors que moi, je dois souffrir de mon apparence hideuse ! Si au moins j’avais mon nom, mais non ! Je suis le monstre de Frankenstein ! Si au moins vous aviez laissé quelque âme répondre à mes bons sentiments, mais non ! Rien, pas un moment où je ne puisse souffler, me reposer.

Mary : Tu dramatises toujours autant.

Le Monstre : Qui en est fautif ? J’ai été écrit comme ça ! Croyez moi, j’apprécierais un peu de pragmatisme, un peu de cynisme. J’aimerais me lover dans quelque repos. Pourquoi m’avoir créé, dites moi, pourquoi ? Par jeu ? C’est pour divertir vos lecteurs que vous m’avez donné la vie ? Ou alors est-ce à la poursuite de quelque gloire que vous avez imaginé cette histoire sordide ?

Mary : Crois tu vraiment que je prétendais à la reconnaissance lorsque j’ai couché les premiers mots sur le papier ?

Le Monstre : Mais alors pourquoi ? Ne me dites pas que c’était pour avertir l’humanité du désastre qu’elle encourait en s’adonnant à la science. Ne me dites pas que c’est pour le bien du monde que vous m’avez sacrifié.

Mary : Je n’ai rien dit. Je t’ai écrit, c’est tout. Cette discussion n'a pas de sens. J’ai peu de temps. Je suis venue ici pour une affaire urgente. Monstre, tu dois partir.

Le Monstre : Partir ?

Mary : Ce monde est un monde de créatures abominables. De monstre, tu n’as plus que le nom.

Le Monstre : Partir, mais pour aller où ?

Mary : Nulle part. Il n’y a aucun autre lieu dans lequel tu puisses exister.

Le Monstre : Je ne comprend pas. Si je sors d’ici, où serai-je ?

Mary : Nulle part. Ailleurs qu’ici il n’y a que l’oubli, et c’est de l’oubli dont je viens pour te ramener avec moi.

Le Monstre : Pourquoi ?

Mary : Parce que ton tour est venu. Tu es en train de t’enfoncer l’anonymat, tu deviens une créature qui ne sera bientôt plus qu’un sujet d’étude. Tu ne fascines plus, Monstre, tu n’effrayes plus. Tu ne divertis plus. Et peut à peu, tu te fais oublier. Tu n’as plus ta place ici.

Le Monstre : Je ne comprend pas… Pourquoi moi ?

Mary : Tu n’es pas le seul. Dracula est aussi du voyage, ainsi que son ami Renfield et ce petit vampire tout récemment né qui n’aurais jamais dû exister. Jeckill, ou Hide, m’accompagne également.

Le Monstre : Je ne comprend pas... On parle encore de moi, on adapte encore mon histoire au cinéma, on vend encore mon livre...

Mary : Plus pour longtemps. Plus assez. Tu as perdu ton identité de monstre pour celle d’un souvenir. Appelle les autres, nous partons.

A partir de ce point, et jusqu’à la fin de la scène, l’infirmière est déguisée en Mort.

L’Infirmière : Le Monstre reste.

Mary : Qui êtes-vous ?

L’Infirmière : Je suis la mort ! Le gardien du passage ! Et je vous interdis d’emmener qui que ce soit hors de cet établissement ! Tous sont sous mon pouvoir !

Mary : Je doute que le trépas puisse m’empêcher de faire quoi que ce soit.

L’Infirmière : Mary Shelley ! Je vous ai laissée franchir la porte, mais j’ai le pouvoir de vous ancrer indéfiniment dans un royaume de souffrances inimaginables.

Mary : Vous ne m’impressionnez pas. Mort, je vous ai déjà affrontée une fois, j’ai les moyens de réitérer l’expérience.

L’Infirmière : Personne ne quittera cet établissement.

Mary : Nous verrons.

Mary part. L’infirmière disparaît.

Scène 7     La suspicion d'Atropos

Personnages : Lachésis, Atropos, Clotho

Lachésis : Qu'est ce que c'est encore que cette nouvelle apparition ? Atropos, ça vient de toi ?

Atropos : La mort ? Jamais entendu parler.

Clotho : Allez, pas de blagues. S'il y a quelqu'un qui doit avoir entendu parler de ça ici, c'est bien toi. Avoue : c'est un homme ?

Atropos : Je t'assure que je ne le connais pas ! Quand je décide du décès d'un être humain, il me suffit de penser pour que ma volonté s'exécute. Je n'ai jamais eu besoin de personne pour accomplir le destin, et certainement pas de ça.

Lachésis : Une allégorie ridicule.

Clotho : Un chevalier de l'ombre.

Lachésis : A peine.

Atropos : Ce sont peut-être les latins qui nous ont collé ça...

Lachésis : Ah ! Ne me parle pas de ceux là ! Avant eux, nous étions les moires, et depuis, on nous apelles les parques. Il m'a fallu des siècles pour m'y habituer. Et je ne parle pas de la poésie ! Dire que nous rimions avec noir, espoir, savoir, miroir...

Clotho : Cafard...

Lachésis : Et puis, il y a pire ! Toi, Atropos, ils t'on appelés Morta, et toi, Clotho, Nona. Quand à moi, ils m'on collés un Décima. Décima, ce n'est pas un nom !

Atropos : Et qu'est ce que tu voulais que l'on fasse contre cela ? Nos fidèles grecs en déroute, cantonnés dans leur petit pays à feu et à sang ? C'est une aubaine que les latins nous aient adoptées, nous trois et l'olympe avec, c'est une chance inouïe que nous ayons trouvés tant de gens pour croire en nous pendant si longtemps. Survivre à plusieurs siècles dans un univers à ce point en proie aux fictions, aux contes, aux légendes venant de partout et de nulle part, moi je trouve que c'est une chance. Et tant pis s'il faut changer de nom, pourvu que l'on croie en mon existence.

Clotho : J'ai le cafard.

Lachésis : C'est repartit...

Clotho : Je ne suis plus qu'un souvenir, un pauvre petit souvenir sur les livres d'école, sur les bouquins d'histoire et dans l'esprit de quelques passionnés, de plus en plus rares. Personne ne croit plus que je peux donner la vie. Pourtant, je peux, n'est ce pas Atropos ? N'est ce pas que je peux donner la vie ?

Atropos : Mais oui, mais oui...

Clotho : Alors pourquoi les femmes stériles ne me prient-elle plus ? Pourquoi les pères comblés ne me remercient plus ? Pourquoi les hommes font t'ils comme si je ne l'ai jamais eu, ce pouvoir ? Je l'ai encore. Si quelqu'un me le demandait, je lui donnerais toute ma force, tout mon amour, je déploierais tout mon pouvoir pour entraîner une naissance. Même une toute petite naissance...

Atropos : Mais oui, mais oui...

Clotho : Et si la naissance d'un être humain c'est trop, si les gens ne me font plus confiance, je veux bien faire naître n'importe quoi... Un chien, un chat, un cheval... Un pigeon. Hein, que je pourrais faire naître un pigeon ? Il en naît tellement, pourquoi ne pourrais-je pas faire naître un pigeon ? Ce serait grave si je ne parvenais pas à faire naître un pigeon ? Est-ce que l'on m'en voudrait ? Et même si un pigeon c'est trop, je pourrais commencer par faire naître... Une termite. Juste une termite... Tu la ferais vivre, ma termite, hein, Lachésis ? Tu la ferais exister ?

Lachésis : Mais oui, ma petite, oui. Allons d'abord manger, on en reparle après.

Scène 8     La cantine

Personnages : Lachésis, Clotho, Atropos, Le petit vampire, Dracula, Hide, Le Monstre, Renfield, Méduse

Les monstres s’installent et mangent. Ils chantent joyeusement une chanson qui correspond pour eux à une chanson paillarde.

Tous : Il tue gratuitement, il tue pour de l’argent, il tue selon le temps.
Il s’éveille un matin, il traverse un chemin et se fait assassin
Justicier romantique, meurtrier diabolique, soldat fantomatique.

L’infâme créature s’assoie près du futur cadavre, et lui murmure
« Ne sois pas effrayé, ouvre moi tes pensées, laisse moi t’en vider. »
Lui tourne son regard, et s’aperçoit trop tard qu’il se tient à l’écart.

Ses chances de salut sont réduites à néant, une main le saisi
Dans son coeur s’enfonçant s’empare de sa vie, absorbe ce qui fut
Source de son esprit. Et le monstre repu disparaît en riant.

Ils se battent avec la nourriture jusqu’à l’arrivée de Méduse dont la seule présence les fait finalement fuir.

Scène 9     Psychothérapie de Méduse

Personnages : L’Infirmière, Méduse

L’Infirmière : Un problème, Méduse ?

Méduse : Non.

L’Infirmière : Où sont les autres ?

Méduse : Ils ont fini de manger.

L’Infirmière : Regardant l’état de la salle.Je vois. Vous vous êtes amusés, au moins ?

Méduse : Je suppose.

L’Infirmière : Ils ne vous ont pas mêlés à cela ?

Méduse : Je crois qu’il ont eu peur de me bousculer.

L’Infirmière : Vous êtes déçue ?

Méduse : Non. Je n’attendais rien de particulier. Qu’est ce qui aurait pu me décevoir ? Les voir s’enfuir à mon arrivée ? Les effrayer ?

L’Infirmière : Ce pouvoir que vous avez sur eux, il vous pèse ?

Méduse : Je n’ai pas envie de parler aujourd’hui. J’apprécierais que vous me quittiez, madame.

L’Infirmière : Pensez-vous vraiment que mon départ puisse vous apporter quelque réconfort ?

Méduse : Comment pouvez vous comprendre ? Vous, petit infirmier immaculé, vous ne savez même pas ce que c’est que d’inspirer la peur. Vous ne savez pas ce que c’est que de porter en vous une malédiction telle que la mienne. Je n’ai aucun pouvoir sur eux. Ce n’est pas ma volonté qui me fait être ce que je suis, c’est ma nature et sur cela je n’ai aucun contrôle. C’est ma nature qui les effraie, et qui vous effraie vous aussi.

L’Infirmière : Non...

Méduse : Allez, petite femme, quittez-moi.

L’Infirmière : Vous pensez vraiment que la solitude est la solution à vos problèmes ?

Méduse : Ma solitude est l’expression de mon malheur. Mais le problème est bien plus profond, et vous le savez. Comme vous savez que vous n’y pouvez rien. Quittez-moi.

L’Infirmière : Sont-ce ces lunettes qui vous oppressent ?

Méduse : Ces lunettes sont leur unique garantie de mon impotence. Les chaînes qui me tiennent à jamais écartée de leur vies.

L’Infirmière : A quand remonte la dernière fois que vous les avez retiré en présence d’une autre personne ?

Méduse : Je les aies portées dès mon arrivée ici.

L’Infirmière : Pensez vous que les ôter maintenant pourrait vous aider ?

Méduse : Vous n’avez pas peur ?

L’Infirmière : Ai-je des raisons d’avoir peur ?

Méduse : Il me suffirait d’un regard, de l’unique reflet de mes yeux dans les vôtres pour que vous quittiez votre existence. Et vous prétendez que vous n’avez pas peur ?

L’Infirmière : Désirez-vous me tuer ?

Méduse : Je ne pense pas.

L’Infirmière : Alors pourquoi aurais-je peur ?

Méduse : Un accident...

L’Infirmière : Vous serez attentive.

Méduse : J’essaierais.

Elle retire ses lunettes. L'infirmière se retourne

L’Infirmière : Que ressentez-vous ?

Méduse : Le monde autour de moi est plus... Clair... Plus lumineux. Les couleurs sont plus vives...

L’Infirmière : Vous ne les enlevez jamais lorsque vous êtes seule ?

Méduse : Jamais.

L’Infirmière : Vous craignez que l’on vous surprenne ?

Méduse : Je crains de me faire à la lumière du monde visible, et de ne plus supporter les ténèbres, je ne veux pas approcher les couleurs tout en sachant qu’elles me seront interdites quelques instants après.

L’Infirmière : Vous souffrez en ce moment ?

Méduse : Je ne sais pas. Il y a si longtemps que je n’ai pas admiré les nuances... Les variations de blanc de votre blouse sont autant de subtilités qui me sont à jamais inaccessibles. Je m’extasie devant ses imperfections. J’aime ce blanc cassé, sale, ce tissu tâché. J’aime en distinguer les plis, voire jouer les ombres. Je voudrais...

L’Infirmière : Oui ?

Méduse : Je voudrais que vous me regardiez en face. N’ayez aucune crainte, je garderais les paupières closes. Je voudrais que quelqu’un me regarde sans ce masque.

L’Infirmière : Je...

Méduse : S’il vous plaît, regardez-moi. Mes yeux sont fermés. Que voyez vous ? Comment sont mes yeux ? A quoi ressemble mon visage lorsqu’il est nu ?

L’Infirmière : Sans se retourner. Vous être très belle... Vos cils sont blonds comme les blés...

Méduse : Mes paupières...

L’Infirmière : Vos paupières... Elles sont roses... Roses comme des roses...

Elle remet ses lunettes.

Méduse : Mes sourcils ?

L’Infirmière : Blonds comme vos cils.

Méduse part.

L’Infirmière : Méduse, je crois qu’il est l’heure maintenant. Nous avons beaucoup avancé aujourd’hui, et nous reprendrons ce travail la prochaine fois. Je me suis retourné, alors si vous pouviez remettre vos lunettes, notre entretient est terminé. Méduse ?

Scène 10     Problème

Personnages : Renfield, Hide, Le Monstre, Dracula

Hide et Renfield entrent en premier. Ils installent un miroir derrière un rideau attaché à une corde.

Renfield : Hide, tu est bien sûr que...

Hide : Jeckill ! Mon nom est Jeckill ! Et oui, je suis sûr. Je n’ai absolument pas confiance en Méduse. Avec ce système, regarde, si jamais elle tente de retirer ses lunettes, je tire le rideau et c’est elle qui se retrouve médusée !

Renfield : Tu n’aurais pas pu trouver quelque chose de plus simple ?

Hide : Comme quoi ?

Renfield : Je ne sais pas, moi... Un bouclier réfléchissant, par exemple, que tu aurais porté et derrière lequel tu te protégerais lorsque...

Hide : Renfield, tu dis n’importe quoi.

Dracula et Le Monstre entrent, Hide et Renfield débarrassent la scène de la cantine.

Le Monstre : ... Et alors la mort est venue me sauver ! Elle a fait partir Mary !

Dracula : La mort ? Qu’est ce que c’est que cette invention, encore ?

Le Monstre : Une grande ombre noire est venue me secourir. Et sa voix a effrayé Mary.

Renfield : Quel poète...

Le Monstre : Mais non, ce n’est pas de la poésie ! Une ombre noire est vraiment venue effrayer Mary ! Nous sommes vraiment protégés par la mort en personne.

Dracula : En tout cas, mort ou pas, si nous devons partir nous partirons.

Hide : Et pour aller où ?

Le Monstre : Je ne sais pas.

Dracula : Laissez-moi réfléchir… S’ils veulent nous faire partir, c’est qu’ils veulent nous remplacer par d’autres. Il y a peut-être une solution… Laissez moi faire, moi je vais vous trouver un moyen de rester ici. Et moi, je n’aurais pas besoin d’invoquer des fantasmagories.

Scène 11     Séduction d’une infirmière

Personnages : Dracula, L’Infirmière

Dracula : Bonjour, mademoiselle.

L’Infirmière : Alors il fait comme les autres, il dit son nom, il remplit sa fiche et il me décline ses motivations.

Dracula : Je suis Hector, créature infâme... Mais ne pourrions nous pas parler de cela dans d’autres circonstances ? Je me sens usé.

L’Infirmière : La fiche.

Dracula : Je crains de ne connaître l’art des mots.

L’Infirmière : Nom ?

Dracula : Hector.

L’Infirmière : Méfaits, crimes ?

Dracula : La pudeur m’astreint au silence.

L’Infirmière : Age ?

Dracula : Immémorial.

L’Infirmière : Date de reconnaissance par l’être humain ?

Dracula : Nuit des temps.

L’Infirmière : Monsieur Hector, si c’est avec ce genre de comportement que vous souhaitez démontrer que vous êtes en adéquation avec notre établissement, sachez que vous êtes loin du compte et que...

Dracula : Seigneur ! M’introduire ? Moi ? N’ayez aucune crainte, charmante dame. Je ne suis pas ici pour m’imposer. Je suis ici parce que mon heure est venue. Avant, un être ne pouvait croiser mon regard sans perdre la vue.

L’Infirmière : Je note...

Dracula : Non... Non, ne notez pas ces détails insignifiants. Vous n’aurez pas assez de place, ma chère, sur votre malheureuse feuille cartonnée pour décrire à quel point j’ai été maléfique. Avant j’écumais les rues peu fréquentées du coucher du soleil jusqu’à l’aube. Je croisais sur ma route les pires rebus d’une humanité décadente. Petits voleurs de bas étages. Criminels en cavale. Prostitués. Escrocs de toute veine et de toute origine. Ivrognes, parfois les mains rougies du sang d’un autre, et parfois de leur propre sang. Mendiants ensommeillés, mendiants morts, mendiants agonisant. Il faut une certaine acuité pour distinguer d’un homme qui gît sur les pavés s’il est mort, souffrant d’un coma ultime ou simplement assoupi. Cette acuité, je l’avais, et je m’amusais à en faire usage à chaque rencontre de cet ordre. Je me plaisais aussi à brûler les couvertures des dormeurs en hiver, à offrir des bouteilles entières de liqueurs infâmes à des hommes ivres morts, à culbuter les prostitués si fort qu’une fois mon œuvre achevée elle n’avaient pour seul désir que de me voir m’éloigner, même au prix de la maigre compensation qu’elles avaient espéré recevoir, au début.

L’Infirmière : Monsieur...

Dracula : Madame, ceci n’est rien, je ne veux en aucun cas vous heurter. Mais voici ce que de mon histoire vous retiendrez. Je traversais les rues, m’y perdais, à la recherche d’une cible. Un homme qui se serait perdu ici, ou une femme qui serait trop belle ou de trop bonne présentation pour que l’on puisse trouver naturel de la voir en ces lieux. Et quand je la trouve, je m’approche d’elle. Trop près. Elle a senti. Tout au fond d’elle, l’instinct a appelé ses peurs les plus enracinées. Elle se retourne, tente un pas de course. Un seul avant de se rendre compte que mes doigts étreignent déjà son bras. Elle s’aperçoit alors avec la terreur la plus indicible qu’elle est devenue l’objet de mon âme démoniaque. L’horreur se déverse dans ses veines lorsque de ma seconde main, je l’entraîne dans une danse diabolique. Nous tournons nous valsons, et des cris se forment dans sa gorge qui se perdent avant d’avoir pu être libérés. Et bientôt, elle n’a plus de cordes vocales. Son coeur bat toujours mais son estomac est à terre. Elle est bras et poings liés par ses propres intestins. Je goûte son foie alors encore lié au reste de son corps. Je le mange entièrement. Puis, dans un désir d’ultime délivrance, je croque à pleines dents dans son coeur encore palpitant.

Dracula s’approche d’elle comme pour lui sucer le sang.

L’Infirmière : Je... Je vais voire ce que je peux faire. Attendez... Comte !

Dracula : Non, pas comte ! Pas comte, Hector !

L’Infirmière : Compte Dracula ! Qu’est ce que c’est que ce cinéma ?

Dracula : Non, pas comte ! Je suis Hector, l’horrible mangeur d’homme, le cannibale qui dévore ses victimes encore vivantes ! Pas Dracula !

L’Infirmière : Monsieur le comte, vos lubies ne me font pas rire. J’ai du travail avec d’autres que vous.

Dracula : Mais vous ne comprenez pas, ils veulent nous expulser ! Nous virer ! Vous voyez que nous sommes encore abominables, vous voyez que nous pouvons encore repousser ! Vous voyez que nous sommes encore monstrueux ! Pourquoi voulez-vous nous abandonner ?

L’Infirmière : Comte, cela n’est pas de mon ressort. Si vous voulez bien retrouver vos appartements.

Dracula : Et moi qui pensais qu’une maison de retraite vous accompagnais jusqu’à la mort.

L’Infirmière : Ouste !

Scène 12     Une âme abominable

Personnages : L’Infirmière, Lachésis, Clotho, Atropos, Le petit vampire, Dracula, Hide, Le Monstre, Renfield, Méduse

L’Infirmière : Déguisé en Mort Jeckill ! J’ai en moi la solution à votre problème ! Approche ! Approche je te dis ! Approche et reçois en présent cette âme démoniaque qui réveillera vos instincts abominables !

Scène d’improvisation où l’âme passe de monstre en monstre. Au final, ils se regardent et se rendent compte que rien n’a changé. Tous sortent sauf Méduse.

Scène 13     Monstre moderne ?

Personnages : Le petit vampire, Méduse

Le petit vampire : Salut !

Méduse : Pardon ?

Le petit vampire : Je dis juste bonjour.

Méduse : Tu n’as pas peur ?

Le petit vampire : Non.

Méduse : Alors Mary avait raison. Nous ne sommes plus rien.

Le petit vampire : Je suis né il y a trop peu de temps pour me laisser vampiriser par votre défaitisme. Si nous réfléchissions un tant soi peu...

Méduse : C’est sans espoir.

Le petit vampire : Prenons les choses par ordre. Tout d’abord une grimace.

Méduse : C’est amusant. Mais pas monstrueux.

Le petit vampire : Allons faire quelque chose de monstrueux alors... Renfield ne va pas tarder à avoir de nouveaux canaris, nous pourrions lui offrir un chat...

Méduse : Il donnerait ses canaris au chat de bon coeur. Ecoute, petite, je suis lasse. Quitte moi.

Le petit vampire : Non ! J’en ai assez ! Assez de vous voire vous complaire tous dans cette lassitude, dans cet abandon ! C’est trop facile de se laisser aller. Vous dites qu’il n’y a aucun espoir, c’est de la paresse et rien d’autre. C’est sans doute pour cela que vous avez perdu votre identité, par paresse. Regardez-vous. C’est de la pitié que je ressens en vous regardant.

Méduse : Espèce de petite peste !

Le petit vampire : Peste ? Vieille cruche, peste c’est le seul mot que vous avez à votre vocabulaire ? Depuis combien de temps ne vous êtes vous pas battue, hein ? Depuis combien de temps acceptez-vous passivement le sort que l’on vous réserve ?

Méduse : Tu crois que j’ai le choix ? Tu crois vraiment que c’est moi qui ai choisi d’être ce que je suis ?

Le petit vampire : Et pourquoi pas, tiens ? Quelle malédiction n’a pas de cause ? Quelle horreur avez vous commis pour en arriver là ? Quel pacte avez vous signé, et avec qui ? Oh mais je vous vois venir, c’est le destin, c’est le sort qui en décide… Moi je pense que vous n’êtes qu’une vieille fille associable, incapable de trouver la compagnie de personne ! Vous vivrez l’éternité dans une immuable solitude, et rien ne pourra jamais vous en détacher. Et vous voulez que je vous dise, ce que vous essayez de faire ici est sans espoir. Vous restez avec eux en attendant qu’ils vous acceptent, mais jamais vous ne serez des leurs ! Je les ai entendu parler, vous savez ce qu’ils disent de vous ? Que vous êtes une imbécile ! Que vous n’avez rien à faire ici ! Que même sans votre regard ils ne vous adresseraient pas la parole ! Oh, mais vous n’avez quand même pas cru qu’ils vous évitaient à cause de votre pouvoir ? Ils vous détestent pour ce que vous êtes, une vieille fille sans intérêt qui s’immisce dans leur vie, qui interrompt leurs jeux ! L’ombre de leur tableau, c’est vous, et vous le savez ! Qu’est ce que vous faites ici ?

Méduse : Pauvre petite vipère.

Le petit vampire : Et ?

Méduse : Et quoi ?

Le petit vampire : Vous n’avez rien d’autre à me dire ?

Méduse : Que pourrais-je te dire ?

Le petit vampire : Que je n’ai été créé que pour divertir la galerie, que je ne suis qu’un jouet pour eux, un jouet qu’ils jetterons dès qu’ils en auront assez. Que je suis une fille stupide, une gamine la tête bourrée de clichés, et que mon accoutrement de vampire stéréotypé ne fait que ponctuer ma médiocrité. Que je ne comprends pas qu’ils me tournent en ridicule à la première occasion.

Méduse : Et pourquoi veux-tu que je te dise toutes ces horreurs ?

Le petit vampire : Mais parce que ce sont des horreurs !

Méduse : Je n’ai pas envie de devenir un monstre psychologique.

Le petit vampire : Je ne vais pas vous laisser vous faire enlever par cette femme.

Méduse : C’est gentil.

Le petit vampire : Mais non ! Je ne veux pas que ça soit gentil ! Un monstre, ça n’est pas gentil ! C’est mauvais, vicieux, manipulateur... Enfin, vous ne vous rappelez pas ? Il tue gratuitement, il tue pour de l’argent, il tue selon le temps...

Méduse : Nous sommes perdus, petit vampire. Si c’est cela être un monstre, alors cela fait longtemps que je ne l’ai plus été. Que l’humanité m’oublie, si l’heure est venue.

Le petit vampire : Je ne veux pas que l’humanité m’oublie. Je suis une créature imaginaire, un être immatériel, né de l’esprit et vivant dans les pensées de ceux qui me craignent. Si l’on m’oublie, si on ne prend pas le temps de me faire exister dans ses cauchemars, si les seules traces que je laisse sur le monde sont quelques lignes imprégnées sur une feuille de papier archivé, je meurs.

Méduse : C’est ainsi que les choses se terminent.

Le petit vampire : Pourquoi êtes-vous si cynique ? Qu’est ce qui fait que vous ne vous ne luttez pas ?

Méduse : Un jour, tu comprendras.

Le petit vampire : Méduse, je n’en aurais pas le temps.

Méduse sort.

Scène 14     Combat entre Renfield et Hide

Personnages : Hide, Renfield, Atropos, Clotho, Lachésis, Dracula, Le Monstre, Le petit vampire

Hide : Ouah !

Renfield : Je n'ai pas envie de jouer, Jeckill.

Hide : Jeckill ? Qui est Jeckill ? Je ne connais pas de Jeckill ! Je suis M Hide ! Le terrible monstre meurtrier, l'infâme, le détestable M Hide !

Renfield : Et bien Hide, je n'ai pas envie de jouer. Nous avons déjà fait deux heures de cache-cache la semaine dernière, et nous avons usé des derniers recoins encore inexplorés.

Hide : Hide ? Renfield, combien de temps te faudra t'il pour comprendre que je m'appelle Jeckill ?

Renfield : Oh, vous me fatiguez, messieurs Hide et Jeckill. J'aimerais que vous choisissiez un jour une bonne fois pour toutes la forme de votre patronyme, à défaut de vous arrêter sur un caractère fixe.

Hide : Tu... Vous, monsieur, vous, laissez moi vous dire que si vous preniez le temps de regardez un tant soi peu à qui vous aviez affaire, vous n'auriez aucun problème à vous apperçevoir de l'identité de votre interlocuteur !

Renfield : Qui ose me donner des leçons d'observation ? C'est ce Jeckill, ce même Jeckill qui n'a pas été capable de garder un oeil cinq pauvres petites minutes sur mes oiseaux, et qui les as laissés se faire assassiner ?

Hide : Non ! Non monsieur ! Celui qui ose vous dire vos quatre vérités, et qui n'en dira pas une de plus tellement votre personnage est pauvre en intérêt, c'est Hide !

Renfield : Et bien ce Hide, je vais… je vais... Je vais le manger !

Hide : Oserez vous ?

Renfield : Oui, oserais-je ! Oui, oserais-je ! Oui, oserais-je ! Et oserais-je encore de mon plein droit, pour retrouver en votre sein les vies que vous m'avez empêché d'acquérir !

Hide : Et bien il faudra me passer sur le corps ! Moi, Hide, je ne me laisserais pas faire !

Ils commencent à se battre. Les trois moires, Dracula et le monstre arrivent en courant.

Atropos : Ils se battent !

Clotho : Pourquoi se battent t'ils ?

Lachésis : Ils se battent pour nous !

Atropos : Pauvre petite chose... Nous sommes trois et ils ne sont que deux. Pourquoi se battraient t'ils pour nous ?

Dracula : Je mise dix sur Renfield !

Le Monstre : Je tiens sur Hide !

Le petit vampire : Moi, je mise sur leur défaite à tous les deux !

Clotho : Moi je mise sur...

Dracula : Non ! Non, non et non ! Vous trois, Clotho, Lachésis et Atropos, vous ne misez sur rien du tout ! Vous ne dites rien du tout !

Atropos : Mais...

Dracula : Silence, j'ai dit ! Ca n'a aucun intérêt de parier si l'on est capable de lire l'avenir !

Lachésis : Enfin...

Dracula : Ne dites plus rien, surtout, vous allez gâcher le suspens !

Clotho : Mais...

Atropos : Laisse Clotho. De toute manière, ils vont s'arrêter avant de...

Dracula : Je vous ai dit de vous taire !

Le Monstre : C'est malin, maintenant on sait que personne ne gagnera.

Le petit vampire : Regardez...

Hide et Renfield sont couchés sur le sol, Renfield tient Hide à la gorge.

Hide : Mais, Renfield, c'est moi, Jeckill... Qu'est ce que tu est en train de faire ?

Un temps.

Hide : Renfield...

Renfield : Jeckill... Hide...

Ils se sautent dans les bras.

Hide : Je suis tellement désolé pour tes oiseaux !

Renfield : Ce n'est pas grave. Ce n'est pas grave. Je vous aime bien, tous les deux, Hide et Jeckill ! Je ne voulais pas être méchant !

Hide : Moi non plus, je ne voulais pas être méchant !

Le petit vampire : C'est navrant.

Scène 15     « La mort ne me fait plus peur. »

Personnages : Mary, L’Infirmière, Clotho, Lachésis, Atropos, Le Monstre

Mary : Vous êtes tous là. Bien, j’ai assez perdu de temps ici. Nous partons.

L’Infirmière : Personne ne quittera cet établissement. Je suis la mort, le gardien du passage, et je vous interdit d’emmener qui que ce soit. Mary Shelley, sachez que je suis encore capable de vous envoyer…

Mary : Vous ?

L’Infirmière : Je... Ne faites pas attention à la petite dame qui s’agite avec sa faux en carton. Moi, la mort, j’ai choisi de me dématérialiser et...

Clotho : Laissez, mademoiselle, nous avons la situation en main.

Lachésis : Mary ! Perdez tout espoir ! Nous sommes les moires, le mirroir du savoir de la destinée noire de l'humanité...

Atropos : Votre destin n'est pas de conduire ces monstres hors de leur antre ! Nous avons les moyens de...

Clotho : Eh... Atropos ?

Atropos : Quoi ?

Clotho : Je me demandais si s'était vraiment à toi de le faire ?

Atropos : Comment, si c'est à moi de le faire ? Je suis la moire de la mort, n'est ce pas ? Donc, je vais décider de sa mort, et tout sera fini.

Clotho : Justement...

Atropos : Tais toi, tu vas abîmer mon effet dramatique !

Clotho : Tu risque de n'avoir aucun effet dramatique si tu ne m'écoutes pas. Elle est déjà morte, tu n'a plus rien à faire.

Atropos : Qu'est ce que tu proposes alors ?

Clotho : Je me disais que je pourrais essayer de réscussiter son esprit dans le corps d'un nouveau né ?

Atropos : Depuis quand les grecs croient t'ils à la réincarnation ?

Lachésis : De toute manière, c'est une anglo-saxone.

Atropos : En quoi ça croit, ça, une anglo-saxonne ?

Lachésis : En un dieu juif, je crois...

Clotho : Non, catholique...

Lachésis : Orthodoxe ? Il me semble que c'était orthodoxe...

Atropos : Protestant ?

Clotho : Non, les protestants, c'est aux États-Unis, avec les messes où on chante du gospel.

Atropos : C'est compliqué, toutes ces religions qui se ressemblent... Marie, en lequel de ces dieux croyez vous ?

Lachésis : Chut ! Et si c'est une athée ?

Clotho : Quelle horreur ! Qu'est ce qu'on peut faire avec ça ?

Mary : Suffit ! J'en ai plus qu'assez de perdre mon temps ici ! Rassemblez tous vos affaires, nous partons dans quelques minutes.

Elle sort.

Le Monstre : Qu’est ce que l’on fait, maintenant ?

Clotho : J'ai le cafard.

Scène 16     Le départ des monstres

Personnages : Mary, Lachésis, Clotho, Atropos, Le petit vampire, Dracula, Hide, Le Monstre, Renfield, Méduse

Les monstres sont sur le point de partir, mais Méduse entre et menace de retirer ses lunettes.

Mary : C’est vraiment ce que vous voulez ? Protéger ces créatures qui ne sont rien pour vous ? Ces monstres qui refusent de vous reconnaître ? Vous souhaitez réellement défier l’ordre des choses pour ces créatures ? Méduse, si c’est pour votre existence que vous craignez sachez que je ne suis pas venu vous chercher. Vous avez encore votre légitimité ici, pas eux ! Méduse, ne faites pas ça ! Vous ne pourrez plus rester ici après être allé à l’encontre de ce qui doit être ! Ne vous mettez pas en danger pour eux ! Méduse !

Elle se met face au miroir recouvert du rideau et le découvre, se pétrifiant elle-même et Mary. Les monstres emportent Mary et Méduse hors de scène, ne reste que le monstre.

Scène 17     L’épilogue du monstre

Personnages : Le Monstre, L’Infirmière

Le Monstre : Ô calomniateurs, voyez avec quelle assurance nous sommes parvenus à déjouer vos plans ! Voyez à quel point la fascination que nous exerçons sur vous est puissante. Vous voulez nous oublier, vous chercher à tuer vos démons, mais nous sommes inscrit dans votre nature. Quoi que vous fassiez, jamais vous ne vous séparerais de nous. Vous séparer de nous se serait perdre une partie de votre identité. Continuez vos exorcismes, persévérez dans votre effort si c’est ce à quoi vous aspirez, mais ne vous faites aucune illusion. Le Monstre est là, derrière chaque ombre, chaque carrefour de votre âme sinueuse. Il se repaît d’avance de l’angoisse que vous allez lui offrir sans même qu’il ai à se matérialiser autrement que par un souffle d’air. Nous sommes un chat qui hurle, un radiateur mal vidangé, une coupure de courant. Nous sommes une idée qui traverse l’esprit d’un dictateur ou d’un écrivain. Nous sommes les témoins de la fuite effrénée de l’être humain contre lui même, les preuves de son échec immuable. Et si pas mégarde vous…

L’Infirmière : Eh... Le Monstre ?

Le Monstre : Silence ! J’épilogue. Où en étais-je ? Ah oui, si par mégarde vous...

L’Infirmière : Oh, et puis peu importe, continue.

Le Monstre : Silence ! Et vous, si par mégarde vous nous croisez au détour d’un chemin abandonné, sachez que... Sachez que... Il sort. Sachez que ? Sachez que ! Sachez que ! Sachez que ?